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Que lire après « La Bombe » d'Alcante, Bollée et Denis Rodier ?

Que lire après « La Bombe » d’Alcante, Bollée et Rodier ?

Publié en mars 2020 chez Glénat, La Bombe est un roman graphique de près de 450 pages en noir et blanc, scénarisé par Didier Alcante et Laurent-Frédéric Bollée et dessiné par Denis Rodier.

L’album retrace la genèse de la première bombe atomique américaine, du Projet Manhattan jusqu’au bombardement d’Hiroshima le 6 août 1945, avec pour fil conducteur la voix de l’uranium lui-même.

Salué par la critique et vendu à plus de 150 000 exemplaires en France, traduit dans dix-huit pays, il s’est imposé comme une référence incontournable sur le sujet. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques bandes dessinées du même acabit.


1. Gen aux pieds nus (Keiji Nakazawa, 1973)

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Là où La Bombe raconte la conception de l’arme atomique du côté des décideurs et des scientifiques, Gen aux pieds nus adopte le regard d’un enfant qui en subit les conséquences. Ce manga autobiographique en dix volumes suit Gen, alter ego de Keiji Nakazawa, un garçon de six ans qui survit au bombardement d’Hiroshima et perd son père, sa sœur aînée et son petit frère, piégés sous les décombres de leur maison en flammes.

Publié au Japon entre 1973 et 1985, c’est le premier manga à aborder frontalement la tragédie d’Hiroshima sur une base autobiographique. De l’horreur de l’explosion à la lente reconstruction de la ville, de l’ostracisation des survivants (hibakusha) aux effets dévastateurs des radiations, Nakazawa dresse une fresque à la fois intime et historique, qui couvre la période de 1945 à 1953. Art Spiegelman, auteur de Maus, en a signé la préface et a salué son « abrupte et totale sincérité ».


2. Tsar Bomba : Les paradoxes d’Andreï Sakharov (Fabien Grolleau, Cyril Elophe, 2025)

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La Bombe racontait la course américaine vers l’arme nucléaire ; Tsar Bomba en dévoile le pendant soviétique. Ce roman graphique publié chez Glénat retrace le parcours d’Andreï Sakharov, physicien de génie recruté par le Kremlin pour développer la bombe à hydrogène la plus destructrice jamais conçue — un engin 3 800 fois plus puissant que Little Boy, dont l’onde de choc fit trois fois le tour de la planète.

Fabien Grolleau structure le récit autour du paradoxe central du personnage : héros de la nation soviétique devenu, à 47 ans, dissident et futur prix Nobel de la paix en 1975. Trois interludes oniriques, où Sakharov affronte en cauchemar les conséquences de ses travaux, ponctuent la narration et en accentuent la charge émotionnelle. Le dessin en ligne claire de Cyril Elophe, nourri de l’esthétique des affiches de propagande soviétique, confère à l’album une atmosphère austère, à la mesure de la terreur qu’il dépeint.


3. Quand souffle le vent (Raymond Briggs, 1982)

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Si La Bombe expose les mécanismes politiques et scientifiques de la course nucléaire, Quand souffle le vent en montre l’envers absurde et cruel à l’échelle d’un foyer. Raymond Briggs, illustrateur britannique jusqu’alors connu pour ses albums jeunesse, met en scène James et Hilda Bloggs, un couple de retraités qui tente de survivre à une attaque atomique dans leur cottage de la campagne anglaise, armés des consignes dérisoires de leur gouvernement.

Le contraste entre la naïveté des personnages — inspirés des propres parents de Briggs — et l’horreur de la situation produit un mélange de comédie et de tragédie d’une rare intensité. Les couleurs, vives au début du récit, s’assombrissent page après page à mesure que les radiations font leur effet sur les corps et sur le monde. Rééditée en France par Tanibis en 2024, cette bande dessinée née en pleine guerre froide n’a rien perdu de sa puissance ni de sa pertinence, et a été sélectionnée pour le Prix du Patrimoine au festival d’Angoulême.


4. Au nom de la bombe : Histoires secrètes des essais nucléaires français (Albert Drandov, Franckie Alarcon, 2010)

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La Bombe s’arrête en 1945. Au nom de la bombe prend le relais et déplace le regard vers la France, où l’État a mené 210 essais nucléaires entre 1960 et 1996, dans le Sahara algérien puis en Polynésie. Cette BD-enquête du journaliste Albert Drandov, mise en images par Franckie Alarcon, rassemble les témoignages d’appelés, d’engagés, de civils et d’habitants polynésiens exposés aux radiations — souvent à leur insu.

Les récits s’enchaînent de façon chronologique et révèlent l’ampleur des mensonges d’État : soldats irradiés privés d’information médicale, populations locales laissées dans l’ignorance, enfants polynésiens touchés par des taux anormaux de cancers et de malformations. Le trait fin de Franckie Alarcon campe les personnages avec justesse et dynamise une matière historique dense. Nommé pour le prix France Info de la BD-reportage et réédité en version augmentée chez Steinkis en 2021, l’album constitue un réquisitoire sobre et édifiant contre la face cachée de la grandeur atomique française.


5. Le Vigilant : immersion à bord d’un sous-marin nucléaire (Raynal Pellicer, Titwane, 2024)

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Après la genèse de la bombe retracée dans La Bombe, Le Vigilant en montre la doctrine d’emploi contemporaine : la dissuasion nucléaire. Ce reportage dessiné de 192 pages relate les douze jours passés par le journaliste Raynal Pellicer à bord d’un SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) de la Marine nationale, basé à l’Île Longue dans la rade de Brest et doté de seize missiles à têtes nucléaires multiples.

L’illustrateur Titwane, à partir des photographies et vidéos prises à bord, restitue avec précision le quotidien des 110 membres d’équipage : exercices de combat, simulation de tir nucléaire, alerte incendie, vie confinée sans lumière du jour ni repère temporel. Les entretiens avec les sous-mariniers — du commandant à l’atomicien, de l’analyste surnommé « Oreilles d’Or » au simple matelot — composent un récit à la fois documentaire et profondément humain, où transparaît le poids silencieux d’une responsabilité qui ne tolère aucune défaillance.


6. Tchernobyl : La chute d’Atomgrad (Matyáš Namai, 2024)

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La Bombe met en lumière les failles humaines et politiques derrière la création de l’arme atomique. Tchernobyl : La chute d’Atomgrad prolonge cette réflexion et s’attache à la plus grave catastrophe nucléaire civile de l’histoire. L’auteur tchèque Matyáš Namai — à qui l’on doit aussi une adaptation de 1984 de George Orwell — recontextualise la situation : pression politique du régime soviétique, négligences dans la construction de la centrale, bureaucratie et corruption endémique.

Le récit suit une mosaïque de personnages — ingénieurs, pompiers, médecins, militaires, familles de Pripiat — confrontés à l’explosion du réacteur n°4 le 26 avril 1986. Une palette restreinte de bleus, de jaunes et de verts confère à l’album une atmosphère froide et irradiée, en rupture délibérée avec les codes graphiques habituels. Du procès de 1987 à la construction du nouveau sarcophage, Namai dresse un réquisitoire implacable contre un système dont l’arrogance a condamné des milliers de vies.


7. Fukushima : Chronique d’un accident sans fin (Bertrand Galic, Roger Vidal, 2021)

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Comme La Bombe construisait un thriller autour du Projet Manhattan, Fukushima adopte la forme d’un huis clos qui ne desserre jamais son étau, centré sur les cinq premiers jours de la catastrophe du 11 mars 2011. Le scénariste Bertrand Galic s’appuie sur les auditions rendues publiques de Masao Yoshida, directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, pour reconstituer l’enchaînement des événements : séisme de magnitude 9, tsunami dévastateur, perte du refroidissement des réacteurs, explosions successives.

Dans un bâtiment saturé de radiations et plongé dans l’obscurité, Yoshida et ses équipes prennent des décisions vitales — quitte à désobéir à leur hiérarchie — pour tenter d’éviter une catastrophe encore plus dévastatrice. Le dessin réaliste et nerveux de Roger Vidal amplifie la tension de ce compte à rebours. Un dossier documentaire en fin d’album vient compléter ce récit qui, à l’instar de la mini-série Tchernobyl de HBO, parvient à rendre palpable l’horreur d’un accident nucléaire.


8. Naoto, le gardien de Fukushima (Ewen Blain, Fabien Grolleau, 2021)

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Si La Bombe donne la parole aux décideurs et aux scientifiques, Naoto la restitue à un homme ordinaire. Publié chez Steinkis, ce roman graphique retrace l’histoire vraie de Naoto Matsumura, fermier de la région de Fukushima qui, après l’évacuation de 2011, refuse d’abandonner ses bêtes et retourne vivre seul en pleine zone interdite. Surnommé « l’homme le plus irradié du Japon », il devient par la force des circonstances un porte-parole contre le nucléaire.

Fabien Grolleau — également scénariste de Tsar Bomba — entrelace le récit de légendes japonaises : le poisson-chat géant Namazu qui fait trembler la terre, le dragon Ryûjin qui déchaîne les océans. Ces récits mythologiques, d’abord destinés à rassurer le neveu de Naoto, finissent par incarner la colère de la nature face à la destruction causée par l’homme. Les couleurs vives et le trait poétique d’Ewen Blain contrastent avec la gravité du sujet, dans un album où l’intime et le politique se répondent avec justesse.

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