Kid Paddle est une série de bande dessinée humoristique belge créée par Midam (de son vrai nom Michel Ledent) en 1993 dans les pages du magazine Spirou, avant d’être publiée en albums chez Dupuis à partir de 1996. Elle met en scène un garçon d’une dizaine d’années, accro aux jeux vidéo, aux films d’horreur et aux salles d’arcade, qui confond sans arrêt le monde réel avec ses univers de jeu — il suffit d’une corvée de jardinage pour qu’il s’imagine en train de combattre une invasion de monstres extraterrestres. Entouré de ses copains Big Bang (bricoleur de génie) et Horace (naïf parmi les naïfs), de sa sœur Carole (première de sa classe désespérément raisonnable) et de son père fonctionnaire impassible, Kid est le héros de gags en une planche qui fonctionnent sur deux niveaux : les enfants rient des situations, les adultes y reconnaissent leurs propres gamins. Estampillée « Tous publics » par Dupuis, la série est généralement recommandée à partir de 9 ans par les libraires, même si son humour volontairement « gore » (on parle de monstres en plastique et de ketchup, pas de Saw) séduit aussi les adultes.
Si vous êtes à la recherche de BD du même genre, voici cinq séries qui partagent le même terrain de jeu : humour, absurde assumé, références aux jeux vidéo ou à la pop culture, et un ton qui ne prend pas les enfants pour des idiots. Toutes s’adressent à des lecteur·ices de tranches d’âge comparables à celles de Kid Paddle.
1. Game Over (Adam, Augustin, Bercovici, Midam, Thiriet, 2004)

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Né en 2003 dans les pages du Kid Paddle Magazine avant de paraître en album chez Dupuis dès 2004, Game Over est une série dérivée de Kid Paddle. Au lieu de suivre Kid dans son quotidien, on plonge directement à l’intérieur de son jeu vidéo préféré. Le héros s’appelle le Petit Barbare — c’est l’avatar que Kid contrôle à l’écran. Sa mission : traverser des niveaux truffés de pièges, affronter les Blorks (des créatures difformes, baveuses et cruelles, sortes de monstres de donjon à mi-chemin entre le gobelin et le blob) et sauver une Princesse blonde qui, par sa stupidité ou son orgueil, complique souvent les choses autant que les ennemis eux-mêmes. Chaque planche se termine par la mort du héros, de la Princesse, ou des deux. On appuie sur Start, on recommence — et on meurt autrement la page suivante. Le principe pourrait tourner en rond, mais il tient sur plus de vingt tomes parce que les manières de perdre se renouvellent sans cesse : piège mécanique, créature embusquée, objet magique mal compris, Princesse qui provoque la catastrophe par vanité — les combinaisons sont quasi infinies.
La série est entièrement muette : pas de bulles, pas de dialogues, rien que du dessin. Conséquence directe : elle est accessible même aux enfants qui ne savent pas encore lire, tout en exigeant des plus grands une vraie attention aux détails — certaines chutes ne se comprennent qu’en repérant un piège dissimulé dans le décor ou un objet récupéré trois cases plus tôt. Midam co-dessine avec Adam (Adam Devreux) et s’entoure de nombreux scénaristes. Fait assez rare en BD : les internautes sont aussi invités à proposer des scénarios via le site gameoverforever.com, et les meilleurs sont effectivement publiés.
Tranche d’âge conseillée : la série est classée « Tous publics » par Dupuis. Les sites spécialisés la recommandent à partir de 6-7 ans grâce à l’absence de texte, tandis que d’autres indiquent 9 ans et plus en raison du côté gore burlesque des mises à mort. On reste dans le registre du dessin animé — les personnages se font écraser, découper ou dévorer de façon cartoonesque, sans réalisme graphique — mais l’appréciation varie selon les familles.
2. Grrreeny (Midam, 2012)

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Toujours signé Midam, Grrreeny met en scène un jeune tigre dont le pelage est devenu vert après une baignade involontaire dans un lac contaminé par la radioactivité (un peu comme Hulk, mais en félin et en moins colérique). Devenu malgré lui le tigre le plus repérable de la jungle, Grrreeny décide de se battre pour l’environnement — tri sélectif, lutte contre la déforestation, protection des espèces menacées — accompagné de ses compagnons : Lili l’antilope, Malloum le vieux singe, Chaka le chacal, Charles-Henri l’ours, entre autres. Le personnage a d’abord été créé en 2007, puis est devenu la mascotte du magazine jeunesse Wapiti (un mensuel consacré à la nature et aux animaux), avant de se voir consacrer sa propre série BD chez Mad Fabrik (reprise par Glénat) à partir de 2012, pour un total de quatre albums.
Le format est celui du gag en une planche, comme dans Kid Paddle. D’un côté, les gags véhiculent des messages écologiques concrets (pollution, braconnage, réchauffement climatique) ; de l’autre, Midam reste fidèle à son ton volontiers trash : les braconniers finissent régulièrement en mauvaise posture et l’industriel véreux M. Wrong multiplie les projets toxiques sans le moindre scrupule. Le premier tome a d’ailleurs reçu le Prix du Livre Environnement 2012, Mention Jeunesse, de la Fondation Veolia.
Tranche d’âge conseillée : classée « BD Jeunesse » chez Glénat, la série est généralement recommandée à partir de 7 ans, ce qui la rend accessible à un public légèrement plus jeune que Kid Paddle. Les retours de parents la situent dans une fourchette de 7 à 12 ans.
3. The Lapins Crétins (Thitaume & Romain Pujol, 2012)

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Avant d’envahir la bande dessinée, les Lapins Crétins ont d’abord semé la pagaille dans l’univers du jeu vidéo : ces petites créatures blanches aux yeux exorbités, incapables d’articuler autre chose que « Bwaaaaaah ! », sont apparues pour la première fois dans Rayman contre les Lapins Crétins d’Ubisoft en 2006, avant de voler la vedette au héros principal et de devenir une franchise à part entière. En 2012, le scénariste Thitaume (qui a fait ses débuts en écrivant des gags pour Game Over) et le dessinateur Romain Pujol les adaptent en BD chez Les Deux Royaumes, puis Glénat. Thomas Priou reprend le dessin à partir du tome 10.
Les lapins débarquent dans le monde des humains et saccagent tout ce qu’ils touchent. Pas par méchanceté — par bêtise pure et dure. Ils s’emparent d’un souffleur de feuilles, tentent de s’en servir comme propulseur dans le métro, et provoquent un courant d’air qui soulève la jupe d’une passante en surface. Ils infiltrent un musée, un restaurant, un cours de cuisine, un match de foot, et chaque situation dégénère de manière prévisible dans le chaos, imprévisible dans les détails. Les gags sont majoritairement visuels, avec très peu de texte, ce qui rapproche la série du format de Game Over. Vendue à plus d’un million d’exemplaires, elle ne vise rien d’autre que le rire immédiat — et c’est ce qui la rend si efficace auprès des plus jeunes.
Tranche d’âge conseillée : classés en « BD Jeunesse » / « BD Humour » chez Glénat, les Lapins Crétins sont accessibles dès 5-6 ans grâce à l’absence quasi totale de dialogue. Cela dit, nombre de gags reposent sur des parodies ou des références culturelles (cinéma, histoire, art) qui parlent davantage aux 7-12 ans — et aux adultes.
4. Captain Biceps (Zep & Tébo, 2004)

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Que se passerait-il si le super-héros le plus fort du monde était aussi le plus bête ? C’est la question — pas très philosophique — que pose Captain Biceps. Prépubliée dans le magazine Tchô ! à partir de 2003, cette série est née de la collaboration entre Zep (créateur de Titeuf) au scénario et Tébo (auteur de Samson et Néon) au dessin. Captain Biceps est un colosse en collants rouges et jaunes, tout en muscles et dépourvu de cervelle, qui résout chaque problème par la force brute — y compris ceux qui ne s’y prêtent pas du tout. Chaque planche l’oppose à un adversaire : tantôt un super-vilain inventé pour l’occasion (le Renifleur Fou, le docteur Nuisible, Squale-Man), tantôt une parodie transparente de figures connues — Hulk, Batman, Spider-Man, Wonder Woman, et plus récemment Thanos ou les Gardiens de la Galaxie.
La mise en page imite la présentation des comics américains de super-héros : chaque planche affiche un logo, un titre pompeux (« Captain Biceps contre Untel ») et un slogan volontairement ridicule. Mais là où les comics prennent leurs héros au sérieux, ici la conclusion est systématiquement absurde — Captain Biceps triomphe par un coup de poing tellement disproportionné que la victoire en devient grotesque, ou se fait battre par quelque chose d’inattendu (sa propre mère, par exemple). La série compte sept tomes publiés chez Glénat entre 2004 et 2019, et a été adaptée en dessin animé (78 épisodes) diffusé sur France 3 et France 4 à partir de 2010.
Tranche d’âge conseillée : classée en « BD Jeunesse » dans la collection Tchô ! de Glénat, la série convient à partir de 7-8 ans. Toutefois, le plaisir de lecture augmente avec la connaissance des super-héros parodiés : un·e lecteur·ice qui a vu des films Marvel ou lu des comics repérera davantage de clins d’œil, ce qui rend la série particulièrement appréciée à partir de 9-10 ans.
5. Titeuf (Zep, 1993)

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Créé en 1992 par Zep (Philippe Chappuis, dessinateur suisse) sur un carnet de croquis alors qu’il dessinait des souvenirs d’enfance, Titeuf fait ses débuts dans un fanzine genevois avant d’être repéré par les Éditions Glénat, qui publient le premier album, Dieu, le sexe et les bretelles, en 1993. Reconnaissable à sa mèche blonde dressée sur le crâne, le personnage est devenu l’un des plus gros succès de la BD francophone : plus de vingt millions d’exemplaires vendus, des traductions dans plus de vingt-cinq langues, une série animée (quatre saisons diffusées entre 2001 et 2017), un film en 2011, et des produits dérivés jusque dans les rayons de lunettes pour enfants.
Titeuf a une dizaine d’années, un vocabulaire bien à lui (« tchô », « c’est pô juste », « le zizi »), une bande de copains — Manu (son meilleur ami), Hugo (la brute au grand cœur), François (l’intello), Jean-Claude (qui zozote et sert de souffre-douleur) — et un amour non réciproque pour Nadia, la plus jolie fille de l’école. Le cadre ressemble à celui de beaucoup de BD scolaires, mais Zep s’en distingue en n’évitant aucun sujet : la sexualité (vue avec les yeux d’un enfant qui ne comprend pas tout et comble les trous par l’imagination), le divorce, la mort, le racisme, le handicap, l’homosexualité, le harcèlement. Quand Titeuf apprend qu’un camarade a un cancer, il essaie de comprendre la maladie avec ses mots à lui et finit par poser les questions que les adultes n’osent pas formuler. C’est ce regard d’en bas, naïf mais frontal, qui rend les sujets graves à la fois accessibles et drôles, sans jamais les réduire à une blague. Ce mélange a d’ailleurs valu à la série des critiques de parents estimant que certains thèmes (surtout ceux liés à la sexualité) ou certaines expressions familières étaient inappropriés pour de jeunes lecteur·ices. Le débat a notamment été couvert par le magazine Lire, qui a consacré sa couverture au thème « Pour ou contre Titeuf ».
Tranche d’âge conseillée : la série a reçu l’Alph-Art jeunesse 9-12 ans au festival d’Angoulême 1996 pour le tome 4. Zep indique que ses plus jeunes lecteur·ices en dédicace ont environ 7 ans. Dans les faits, les libraires recommandent la série à partir de 8-9 ans. Selon la sensibilité de chaque famille, les tout premiers tomes (plus centrés sur les gags de cour de récré) se prêtent mieux à une lecture précoce que les tomes ultérieurs, qui abordent des thèmes plus complexes.