Publiée chez Glénat à partir de 2018, Il faut flinguer Ramirez est une série de bande dessinée écrite et dessinée par Nicolas Petrimaux. Elle met en scène Jacques Ramirez, réparateur d’aspirateurs muet chez Robotop, dans la ville fictive de Falcon City, en Arizona. Sa vie bascule lorsque deux membres d’un cartel mexicain croient reconnaître en lui un tueur à gages légendaire.
Nourrie de références aux films d’action et aux séries B des années 1980, la série est appréciée pour son découpage cinématographique, son humour décalé, ses fausses publicités et son sens du rythme. Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé le dernier tome, voici quelques suggestions du même acabit.
1. PTSD (Guillaume Singelin, 2019)

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Jun, ancienne tireuse d’élite revenue borgne d’une guerre sans nom, survit dans les rues d’une mégapole asiatique fictive. Brisée par le syndrome de stress post-traumatique, elle se réfugie dans les médicaments tandis que des gangs exploitent les vétérans abandonnés par l’État. Avec PTSD, Guillaume Singelin livre un récit à la fois brutal et profondément humain, porté par un découpage nerveux et des scènes d’action d’une fluidité remarquable.
Paru chez Ankama sous le Label 619, cet album partage avec Il faut flinguer Ramirez un goût prononcé pour les anti-héros cabossés et une mise en scène très cinématographique. Là où Petrimaux convoque Tarantino et les buddy movies, Singelin s’inscrit dans la lignée de Ghost in the Shell et des films hong-kongais. Le résultat est une bande dessinée coup de poing, aussi spectaculaire dans ses silences contemplatifs que dans ses éruptions de violence.
2. Mutafukaz (Run, 2006)

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À Dark Meat City, cité californienne fictive gangrenée par la violence et la misère, Angelino et Vinz sont deux losers ordinaires. Leur quotidien déraille après un banal accident de scooter : hallucinations, hommes en noir et conspiration extraterrestre entraînent le duo dans une spirale incontrôlable. Série fondatrice du Label 619, Mutafukaz puise dans la science-fiction des années 1950, le hip-hop, le catch et la culture populaire latino pour forger un cocktail sombre, paranoïaque et résolument fun.
L’influence de Run sur toute une génération d’auteurs — dont Petrimaux lui-même — est indéniable. On retrouve dans Ramirez cette même énergie de série B décomplexée, ce mélange d’humour acide et de brutalité graphique, ainsi qu’un ancrage fort dans l’imagerie américaine revisitée par un regard européen. Mutafukaz a d’ailleurs été adapté en long métrage d’animation, preuve de la puissance visuelle de l’univers conçu par Run.
3. The Kong Crew (Éric Hérenguel, 2019)

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1947. Quatorze ans après sa victoire sur l’armée américaine, King Kong règne sur Manhattan, devenue zone interdite. La faune et la flore y mutent à grande vitesse, des dinosaures arpentent les avenues et un escadron de pilotes d’élite — la Kong Crew — surveille l’île depuis les airs. Éric Hérenguel bâtit sur cette uchronie jubilatoire un récit d’aventure débridé, hommage assumé aux serials et aux pulps de l’âge d’or américain.
Paru chez Ankama en couleur après une première édition en comics noir et blanc aux éditions Caurette, The Kong Crew partage avec Ramirez un même plaisir du récit feuilletonesque truffé de personnages hauts en couleur et de rebondissements à chaque page. L’encrage semi-réaliste d’Hérenguel, nerveux et dynamique, sert une narration où l’action ne faiblit jamais — un moteur que les amateurs de la série de Petrimaux reconnaîtront sans peine.
4. Reckless (Ed Brubaker, Sean Phillips et Jacob Phillips, 2020)

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Los Angeles, années 1980. Ethan Reckless, ancien militant radical reconverti en homme à tout faire, résout les problèmes d’autrui depuis l’arrière-boutique d’un vieux cinéma de quartier. Lorsqu’une ex-petite amie en fuite le contacte, son passé d’infiltré pour le FBI resurgit avec fracas. Chaque volume de Reckless fonctionne comme un roman noir autonome, ancré dans la Californie reaganienne et ses bas-fonds.
Le duo Brubaker-Phillips, déjà responsable de Criminal, Fatale et Kill or Be Killed, maîtrise l’art du polar en bande dessinée comme personne. Le trait expressif de Sean Phillips, sublimé par les couleurs crépusculaires de son fils Jacob, instille une atmosphère poisseuse que les lecteur·ices de Ramirez apprécieront : même goût pour les anti-héros au passé trouble, même sens du tempo narratif, même hommage affectueux à la culture pulp américaine des décennies passées.
5. Tyler Cross (Fabien Nury et Brüno, 2013)

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Années 1950, Texas. Tyler Cross, gangster froid et taiseux, échoue dans le bled paumé de Black Rock avec 17 kilos d’héroïne volée à la mafia, un fusil à pompe et 20 dollars en poche. La ville, tenue par le clan Pragg, va vite regretter de lui avoir cherché des ennuis. Fabien Nury et Brüno signent un polar noir aride et jubilatoire, condensé de cinquante ans de cinéma de gangsters américain.
Le dessin expressionniste de Brüno, en ligne claire stylisée et couleurs aplaties, donne à l’ensemble une allure de film des frères Coen transposé en cases. Les amoureux de Ramirez retrouveront ici un protagoniste laconique et redoutable, des dialogues ciselés et une narration sans temps mort. Les deux séries partagent ce même plaisir de la mécanique de genre bien huilée, où chaque rebondissement tombe avec la précision d’un coup de feu.
6. Tokyo Ghost (Rick Remender et Sean Murphy, 2015)

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2089, archipel de Los Angeles. L’humanité est asservie à la technologie et au divertissement permanent. Led Dent et Debbie Decay, couple d’agents au service d’un consortium tout-puissant, reçoivent une mission qui les conduit au dernier pays sans technologie sur Terre : les Jardins Préservés de Tokyo. Derrière l’emballage de science-fiction dystopique se cache une histoire d’amour déchirante sur l’addiction et la perte de soi.
Le trait virtuose de Sean Murphy — d’une énergie et d’une expressivité rares — fait de chaque planche un spectacle visuel. Rick Remender y ajoute un propos acéré sur l’hyperconnexion et la décrépitude d’une civilisation noyée sous le flux d’informations. Les lecteur·ices de Ramirez qui apprécient les univers saturés de pop culture, la démesure graphique et les récits nerveux trouveront dans Tokyo Ghost une dystopie taillée à la machette, aussi percutante que mélancolique.
7. La couleur des choses (Martin Panchaud, 2022)

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Simon, adolescent anglais de 14 ans, mise les économies familiales sur un cheval lors du Royal Ascot et remporte plus de 16 millions de livres. Mais à son retour, sa mère est dans le coma et son père a disparu. Incapable d’encaisser ses gains car mineur, il se lance à la recherche de son père dans une Angleterre qui tient du polar, de la comédie noire et du récit initiatique.
L’originalité de La couleur des choses réside dans sa forme : dessiné en vue plongeante sans perspective, le livre représente tous ses personnages par de simples cercles de couleur et ses décors par des schémas proches de l’infographie. Couronné du Fauve d’or à Angoulême en 2023, ce roman graphique de Martin Panchaud, publié chez Çà et là, constitue un contrepoint formel saisissant à Ramirez. Là où Petrimaux excelle dans le découpage cinématographique classique, Panchaud dynamite les codes graphiques de la bande dessinée — mais les deux partagent un sens aiguisé du suspense et un humour corrosif.