Gaston est une série de bande dessinée humoristique créée par André Franquin en 1957, publiée dans le Journal de Spirou puis éditée en albums chez Dupuis.
Elle met en scène Gaston Lagaffe, employé de bureau rêveur et inventif, dont les gaffes — explosions, inventions ratées, contrats sabotés — perturbent sans relâche la rédaction du journal.
La série compte plus de 900 gags et compte parmi les piliers de la BD franco-belge. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Gaston – Le retour de Lagaffe (Delaf, 2023)

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Après trente ans d’absence, Gaston Lagaffe revient sous la plume du Québécois Delaf (Marc Delafontaine), déjà connu pour la série Les Nombrils. Le dessinateur, admirateur de Franquin depuis l’enfance, a étudié de près le trait nerveux du maître belge pour s’en imprégner avec un soin méticuleux. Le résultat restitue fidèlement toute la galerie de personnages — Prunelle, Mademoiselle Jeanne, De Mesmaeker, le chat, la mouette — et retrouve la mécanique du gag en une planche.
L’album reprend le format classique de la série, avec ses chutes souvent explosives et son comique de répétition éprouvé. Delaf y glisse des références aux anciens albums et une bonne dose d’autodérision sur sa propre position de « repreneur ». C’est la prolongation la plus naturelle après les albums de Franquin, à la fois respectueuse de l’esprit d’origine et suffisamment personnelle pour ne pas se réduire à un simple pastiche. Deuxième BD la plus vendue en France en 2023.
2. Idées noires (André Franquin, 1981)

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Conçues durant une période de dépression, les Idées noires révèlent une tout autre facette de Franquin. Publiées d’abord dans Le Trombone illustré puis dans Fluide glacial entre 1977 et 1983, ces courtes histoires en noir et blanc manient un humour férocement désespéré. Le dessinateur y abandonne les couleurs et les personnages récurrents pour des silhouettes anonymes, cernées d’encre de Chine, dans des saynètes de une à quatre planches.
Les cibles sont précises : militaires, chasseurs, religieux, industriels du nucléaire, partisans de la peine de mort. Franquin y dénonce la bêtise et la cruauté humaines avec un cynisme mordant, mais ses gags restent des gags — la chute provoque le rire autant que le malaise. Pour qui a aimé les éclairs d’esprit contestataire de Gaston (antimilitarisme, écologie), Idées noires représente leur version la plus radicale, sans concession ni filet de sécurité. Quatre décennies plus tard, les thèmes n’ont rien perdu de leur pertinence.
3. Open space, pandémie, télétravail et autres contrariétés (James, 2021)

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Ancien cadre dans une agence de communication, James (Laurent Percelay) connaît les absurdités de la vie de bureau pour les avoir vécues dix ans durant. Ses gags, prépubliés dans l’hebdomadaire économique Challenges entre 2017 et 2021, croquent le quotidien des salariés avec un humour acide et bien renseigné : réunions creuses, jargon managérial, rapports hiérarchiques absurdes, réformes gouvernementales ubuesques.
Les personnages, affublés de têtes d’animaux à la manière d’un bestiaire satirique, rappellent l’esprit de The Office de Ricky Gervais autant que celui de Caméra café. La seconde moitié de l’album bascule dans la chronique de la pandémie — visioconférences chaotiques, masques, distanciation sociale, couvre-feu — avec une justesse qui fait autant sourire que grincer des dents. Les 158 strips forment un journal de bord involontaire de la France confinée. Les lecteur·ices de Gaston retrouveront ici la satire du monde du travail poussée dans ses retranchements les plus contemporains.
4. L’Ours Barnabé (Philippe Coudray, 1989)

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Depuis 1980, Philippe Coudray met en scène Barnabé, un ours placide qui vit dans sa montagne et résout chaque problème par une logique imparable et déconcertante. Chaque gag tient en une page, souvent en six cases, avec très peu de texte. Le dessin, épuré et limpide, sert un humour fondé sur les paradoxes visuels, les jeux géométriques et les retournements de sens. La série compte aujourd’hui plus de mille gags et une vingtaine d’albums.
Couronnée du Prix des écoles au Festival d’Angoulême en 2011, elle figure dans les listes de référence de l’Éducation nationale, ce qui ne doit pas tromper : les adultes y trouvent autant leur compte que les enfants, grâce aux multiples niveaux de lecture. Barnabé partage avec Gaston une forme de sagesse paresseuse, un refus tranquille de la complication et un talent certain pour résoudre les situations par des voies que personne n’avait envisagées.
5. Faut pas prendre les cons pour des gens (Emmanuel Reuzé, 2019)

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Publiée chez Fluide glacial, cette série pousse l’absurde jusqu’à ses dernières conséquences. Emmanuel Reuzé y met en scène des saynètes de une à trois pages où les travers de la société — précarité, racisme ordinaire, ubérisation, surpopulation carcérale — sont amplifiés jusqu’au ridicule le plus grinçant. Le ton, souvent comparé à celui des Monty Python ou du film Brazil de Terry Gilliam, ne ménage aucun sujet ni aucune corporation.
Le dessin, volontairement répétitif d’une case à l’autre (seuls les dialogues changent), renforce l’effet mécanique de l’absurde et ajoute une couche de dérision supplémentaire. Le premier tirage de 12 000 exemplaires s’est épuisé en quelques jours, et la série dépasse aujourd’hui les 250 000 ventes cumulées sur cinq tomes. C’est l’humour noir de Franquin transposé dans la France contemporaine : même goût pour la satire sociale, même refus de la bêtise, mais avec un cynisme plus frontal et un ancrage direct dans l’actualité.
6. Tu mourras moins bête (Marion Montaigne, 2011)

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Née sur un blog en 2008, cette série de vulgarisation scientifique met en scène le Professeur Moustache, qui répond à des questions saugrenues envoyées par de faux lecteurs : peut-on fabriquer un sabre laser ? Que se passe-t-il si l’on tombe dans un trou noir ? Marion Montaigne démonte les aberrations du cinéma et de la télévision avec rigueur scientifique et un humour volontiers trash, truffé de références à la pop culture.
Le trait, volontairement rapide et expressif, n’empêche pas la précision du propos — chaque épisode s’appuie sur des sources vérifiées. La série, adaptée en dessin animé sur Arte et récompensée du Prix du public à Angoulême en 2013, est souvent comparée aux travaux de Reiser ou de Bretécher. Si Gaston détournait la technologie à des fins absurdes, le Professeur Moustache fait l’inverse : il soumet l’absurde du réel au filtre de la science.
7. Docteur Slump (Akira Toriyama, 1980)

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Avant Dragon Ball, Akira Toriyama a créé cette série burlesque dans le Weekly Shōnen Jump, consacrée au professeur Senbei Norimaki et à Aralé, son androïde à l’apparence d’une adolescente dotée d’une force surhumaine et d’une naïveté sans bornes. Au village Pingouin, les gags s’enchaînent sans logique narrative, portés par un sens du nonsense et du gag visuel que Toriyama maîtrise avec une énergie communicative. La série, couronnée du prix Shōgakukan en 1982, reste un pilier du manga comique.
La parenté avec Gaston ne saute pas aux yeux au premier abord, mais elle est réelle : même goût pour les inventions qui dérapent, même personnage de savant dépassé par ses créations, même jubilation dans le chaos. Toriyama brise le quatrième mur, parodie Superman, se dessine lui-même en oiseau et mêle science-fiction débridée et humour scatologique. Un antidote souverain à la morosité, à lire comme on lirait Gaston : par petites doses jubilatoires.