Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après « Druuna » de Paolo Eleuteri Serpieri ?

Que lire après « Druuna » de Paolo Eleuteri Serpieri ?

Druuna est une série de bande dessinée de science-fiction érotique créée par l’Italien Paolo Eleuteri Serpieri, dont le premier tome, Morbus Gravis, paraît en 1985.

Dans un futur post-apocalyptique, un virus dévastateur transforme les humains en créatures difformes. Au cœur de cet univers ravagé par la maladie, la violence et le désir, la jeune Druuna — aussi intrépide que sensuelle — traverse des réalités instables entre chair et cauchemar.

Traduite en vingt langues et écoulée à plus d’un million d’exemplaires, la série est une référence majeure de la bande dessinée adulte européenne. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques bandes dessinées du même acabit.


1. Sixella (Janevsky, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Secourue par Iris, un robot anthropomorphe, l’exploratrice Sixella reprend connaissance sur une planète inconnue, au milieu des débris de son vaisseau. Seuls survivants du crash, la cosmonaute et son serviteur s’enfoncent dans un monde peuplé de lianes et de tentacules aux vertus aphrodisiaques. Sous ses atours de conte spatial, le récit déploie un érotisme onirique nourri de l’héritage de Paul Gillon et de sa Survivante.

Les amateurs·ices de Druuna retrouveront ici une parenté évidente : une héroïne solitaire confrontée à un environnement organique et hostile, une tension constante entre sensualité et survie. Le trait de Janevsky, dominé par des teintes de bleu, de rose et de noir, compose une atmosphère éthérée qui contraste avec l’hyperréalisme charnel de Serpieri. Mais les deux albums partagent ce même attrait pour la science-fiction charnelle et les paysages étrangers où le corps féminin finit par se confondre avec la matière vivante.


2. Android City (James Lemay, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Margot Killjoy, détective privée au caractère bien trempé, arpente les bas-fonds d’une métropole futuriste. On lui confie la traque d’une androïde dernière génération, échappée du bordel où elle servait de poupée de plaisir. L’enquête conduit Margot dans les strates les plus sordides d’Android City, où la frontière entre humain et machine s’estompe avec une ambiguïté digne de Philip K. Dick.

Lemay emprunte au film noir autant qu’à Blade Runner : néons, whisky, silhouettes voluptueuses. Son graphisme numérique aux couleurs saturées met en scène des corps féminins hypertrophiés, dans une veine ouvertement pornographique. Si Druuna mêlait horreur organique et érotisme dans un cadre post-apocalyptique, Android City transpose cette même tension entre chair et technologie dans un polar cyberpunk. Le récit, bref mais efficace, s’achève sur un retournement qui interroge la nature même de l’identité — un questionnement que les lecteurs·ices de Serpieri connaissent bien.


3. B.O. comme un dieu (Ugo Bienvenu, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

B.O. est un robot sexuel, dernier de son espèce, conçu pour satisfaire les femmes de toutes les galaxies habitées. Depuis huit siècles, cet être de métal sillonne l’espace, saute de système en système et remplit sa mission sans faillir. Mais une question taraude son intelligence artificielle : quel est le sens de cette existence débridée ?

Publié dans la collection BD Cul des Requins Marteaux, ce récit signé Ugo Bienvenu — déjà remarqué pour Préférence Système, Grand Prix de la critique ACBD 2019 — croise science-fiction et pornographie avec une intelligence rare. Le dessin au trait fin et les couleurs froides de l’espace confèrent à l’ensemble une élégance clinique qui tranche avec les scènes explicites. Comme Druuna, cette bande dessinée place un corps instrumentalisé au centre d’un questionnement existentiel. Là où Serpieri interrogeait la survie dans un monde en décomposition, Bienvenu sonde la solitude d’une machine programmée pour le plaisir des autres.


4. RanXerox (Stefano Tamburini & Tanino Liberatore, 1981)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

RanXerox est un androïde colossal, assemblé à partir des pièces d’un photocopieur, qui sévit dans une projection futuriste ultra-violente de l’Italie. Éperdument attaché à Lubna, une adolescente insupportable et perpétuellement droguée, il enchaîne massacres et performances pour la satisfaire. Prépublié dans L’Écho des savanes, le premier tome a fait l’effet d’une déflagration en 1981, tant par la brutalité du propos que par la beauté glaciale des images de Liberatore.

Le style hyper-réaliste de Liberatore — qu’on a comparé à Michel-Ange — donne aux scènes de carnage une dimension picturale troublante. Prix de la presse à Angoulême en 1983, RanXerox partage avec Druuna une esthétique de la démesure corporelle et un goût prononcé pour les dystopies poisseuses. Là où Serpieri sublimait la sensualité dans l’horreur biologique, Tamburini et Liberatore poussent la violence punk jusqu’à l’absurde, dans un monde où la chair — humaine ou synthétique — n’est qu’un matériau jetable.


5. Sky Doll (Alessandro Barbucci & Barbara Canepa, 2000)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Noa est une poupée synthétique dont la vie dépend d’une clé qu’il faut remonter toutes les trente-trois heures. Dans une dystopie théocratique dirigée par la papesse Ludovique, elle est réduite au statut d’objet de plaisir. Mais Noa n’est pas un androïde ordinaire : elle est capable de rêver. Sa fuite à bord d’un vaisseau piloté par deux émissaires de l’Église déclenche une quête identitaire à travers les planètes.

Le duo italo-espagnol Barbucci et Canepa, issu de l’univers Disney, a conçu un récit qui mêle critique du pouvoir religieux, sensualité et science-fiction colorée. Le graphisme, d’une élégance lumineuse, donne à Noa une expressivité qui la rapproche de Druuna dans sa vulnérabilité apparente et sa force souterraine. Les deux héroïnes sont des corps convoités qui luttent pour leur autonomie dans des mondes corrompus. Là où Serpieri privilégiait le réalisme anatomique, Barbucci opte pour un style plus stylisé, mais la résonance thématique entre les deux séries demeure frappante.


6. Requiem, chevalier vampire (Pat Mills & Olivier Ledroit, 2000)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Un soldat allemand, Heinrich Augsburg, meurt sur le front de l’Est en 1944. Au lieu du néant, il se retrouve projeté sur Résurrection, une planète où tout est inversé : les terres sont des mers, le temps recule, et les pires criminels de l’Histoire renaissent en vampires. Adoubé sous le nom de Requiem, Heinrich découvre une société féodale dominée par Dracula, où la barbarie règne sans limites.

Les planches d’Olivier Ledroit, entièrement peintes avant numérisation, atteignent un degré de sophistication visuelle hors norme. Chaque page ressemble à un tableau gothique saturé de pourpre et d’or. Le scénario de Pat Mills, nourri de références historiques et mythologiques, bâtit un enfer baroque aussi cruel que celui de Druuna. Les deux séries partagent une même fascination pour la décadence des corps et des civilisations, une violence graphique assumée et des univers dystopiques où l’humanité se décompose — au sens propre comme au sens figuré.


7. Djinn (Jean Dufaux & Ana Miralles, 2001)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

En 1912, Jade, favorite du sultan Murati, reçoit l’ordre de séduire un diplomate anglais à travers sa femme. Des décennies plus tard, Kim Nelson, petite-fille de Jade, débarque à Istanbul pour remonter la trace de son aïeule et d’un trésor disparu. La série, qui compte treize tomes répartis en trois cycles (Turquie, Afrique, Inde), entrelace ces deux récits sur fond de colonialisme et de luttes de pouvoir.

Ana Miralles signe des planches d’une sensualité remarquable, rehaussées par des couleurs directes aux tonalités chaudes. Les corps féminins, dessinés avec une finesse anatomique qui rappelle Serpieri, incarnent ici un pouvoir érotique utilisé comme arme politique. Si Druuna confrontait sa protagoniste à un péril biologique, Djinn situe le danger dans les intrigues de harem et les rapports de domination entre empires. Les deux séries se rejoignent toutefois sur un point central : la femme y est à la fois objet de désir et sujet de sa propre destinée.


8. Barbarella (Jean-Claude Forest, 1962)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Apparue dans les pages de V Magazine au printemps 1962, Barbarella est la première grande bande dessinée française destinée à un lectorat adulte. Libre, espiègle et sans tabou, l’héroïne de Jean-Claude Forest erre de planète en planète et choisit elle-même ses partenaires — y compris un robot. La publication en album chez Éric Losfeld provoque un scandale et tombe sous le coup de la censure. L’adaptation cinématographique de Roger Vadim avec Jane Fonda, en 1968, achève de consacrer le personnage.

Barbarella est l’ancêtre directe de Druuna. Forest a ouvert la voie d’une bande dessinée où la femme accède au rang d’héroïne sexuée et autonome, dans un cadre de science-fiction débridé. Serpieri a hérité de ce mélange d’érotisme et d’imaginaire spatial, en y ajoutant une dimension organique et sombre que Forest n’avait pas. Si Barbarella incarne l’insouciance des sixties et la joie de la libération sexuelle, Druuna en représente le versant crépusculaire — mais les deux héroïnes partagent cette même souveraineté sur leur corps et leur destin.

error: Contenu protégé