Donjon est une série de bande dessinée créée en 1998 par Lewis Trondheim et Joann Sfar, publiée aux éditions Delcourt. Parodie d’heroic fantasy à plusieurs niveaux de lecture, elle s’inspire de l’univers du jeu de rôle Donjons et Dragons et se décline en huit sous-séries — de Potron-Minet à Crépuscule — pour un total de plus de soixante albums.
La série met en scène des personnages animaliers sur le monde de Terra Amata, où humour décapant, enjeux politiques et grands sentiments cohabitent avec une liberté de ton rare. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Gloutons & Dragons (Ryoko Kui, 2014)

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Autre donjon, autre logique. Dans ce seinen manga publié chez Casterman, un groupe d’aventuriers à court de provisions décide de cuisiner les monstres qu’il croise dans un labyrinthe souterrain. Derrière ce postulat culinaire en apparence loufoque, Ryoko Kui bâtit un univers d’heroic fantasy solide, peuplé de créatures dont l’écologie est pensée avec une rigueur presque scientifique. La série, qui compte quatorze tomes, a reçu le prix Seiun au Japon.
Si Donjon tourne en dérision les codes du genre avec un humour très français, Gloutons & Dragons opère un décalage comparable par le biais de la gastronomie. Le ton reste léger, mais le récit gagne en gravité à mesure que l’intrigue progresse, jusqu’à un dénouement ambitieux. Adaptée en série animée par le studio Trigger en 2024, cette « gastronomic fantasy » a suscité chez son éditeur Enterbrain un engouement inédit depuis le phénomène Thermae Romae.
2. Ralph Azham (Lewis Trondheim, 2011)

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Paria de son village malgré ses pouvoirs surnaturels, Ralph Azham est un anti-héros en droite ligne d’Herbert de Vaucanson. Lewis Trondheim y déploie, en solitaire, une saga d’heroic fantasy en douze tomes chez Dupuis, prépubliée dans le magazine Spirou. L’univers repose sur un mécanisme original : à intervalles réguliers, la conjonction de deux lunes confère à certains élus — les « bleuis » — des pouvoirs imprévisibles. Celui de Ralph ? Deviner le nombre d’enfants de chaque personne qu’il croise. Pas idéal pour repousser une horde de barbares.
On retrouve la patte Trondheim — personnages animaliers, dialogues cinglants, sens du rythme — mais dans un registre plus intime et plus sombre que Donjon. Le scénariste y aborde la question du pouvoir, de la solitude et de la trahison avec une sincérité désarmante. La série monte en puissance au fil des tomes et constitue un prolongement naturel pour qui apprécie le versant le plus âpre de l’auteur.
3. Le Donjon de Naheulbeuk (John Lang & Marion Poinsot, 2005)

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Adaptée de la célèbre saga audio créée par John Lang en 2001, cette BD met en scène une compagnie d’aventuriers incompétents lancés dans un donjon à la recherche d’une statuette sacrée. Le Ranger ne sait pas diriger, le Nain ne pense qu’à sa hache, l’Elfe chante faux et l’Ogre mange tout ce qui bouge. La parodie des codes du jeu de rôle est directe, assumée et jubilatoire, portée par les dialogues hilarants de John Lang et le dessin expressif de Marion Poinsot.
Là où Donjon joue la carte de la déconstruction subtile et narrative, Le Donjon de Naheulbeuk assume un burlesque sans filet, plus proche du sketch que de l’épopée. La série, forte de vingt-cinq tomes publiés chez Clair de Lune, a aussi été déclinée en romans, en jeu vidéo et en jeu de plateau. Un incontournable pour les nostalgiques de la Terre de Fangh.
4. Yorgi le nain (Mary Pumpkins, 2012)

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Yorgi est un nain de 121 ans — un adolescent à l’échelle de son peuple — qui partage son temps entre massacrer des gobelins, boire de la bière et tenter de comprendre la différence entre les hommes et les femmes. Mary Pumpkins livre ici un album de gags en une planche, ancré dans un univers d’heroic fantasy parodique truffé de références au jeu de rôle et aux MMORPG comme World of Warcraft.
Le ton rappelle celui des premiers Donjon par son irrévérence et son goût du non-sens, dans un format plus court et plus direct. Le dessin, proche du style de Boulet, accompagne avec dynamisme ces péripéties absurdes. Si Donjon construit sa parodie sur la durée d’une saga fleuve, Yorgi le nain concentre la sienne en gags percutants et autonomes, idéaux pour une lecture sans prise de tête entre deux tomes de Trondheim et Sfar.
5. De Cape et de Crocs (Alain Ayroles & Jean-Luc Masbou, 1995)

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Dans l’Europe du XVIIᵉ siècle, un renard gascon et un loup espagnol se lancent dans une chasse au trésor qui les mènera de Venise à la Lune. Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou signent en douze tomes chez Delcourt une série d’aventure pétrie de références littéraires et théâtrales — de Molière à la commedia dell’arte — portée par des dialogues d’une élégance redoutable et une mise en scène virtuose.
Comme Donjon, De Cape et de Crocs met en scène des animaux anthropomorphes, mais dans un registre tout autre : la fougue du récit de cape et d’épée y remplace la parodie d’heroic fantasy. Les deux séries partagent toutefois un même goût pour les personnages hauts en couleur, les retournements de situation et un humour qui respecte l’intelligence de son lectorat. Souvent citée parmi les meilleures BD franco-belges des années 2000, la série n’a pas pris une ride.
6. Bone (Jeff Smith, 1991)

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Trois cousins — Fone Bone, Phoney Bone et Smiley Bone — se retrouvent perdus dans une vallée peuplée de dragons, de rats-garous et d’humains au destin millénaire. Jeff Smith y mêle un style cartoon hérité de Carl Barks et de Charles Schulz à une trame épique digne de Tolkien, sur plus de 1 300 pages intégralement réalisées par ses soins entre 1991 et 2004.
La parenté avec Donjon est frappante : mêmes personnages décalés face à des enjeux colossaux, même montée en puissance d’un récit qui bascule de la comédie vers l’épopée. Bone a reçu le prix de la meilleure BD étrangère au festival d’Angoulême en 1996, ainsi que de nombreux Eisner et Harvey Awards aux États-Unis. La traduction française, publiée chez Delcourt, est d’ailleurs signée en partie par Alain Ayroles, futur auteur de De Cape et de Crocs et des Indes fourbes.
7. Zombillénium (Arthur de Pins, 2010)

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Zombillénium est un parc d’attractions où seuls travaillent des monstres authentiques : vampires, loups-garous, momies et démons. Francis von Bloodt, vampire et directeur, gère cette entreprise infernale comme un patron ordinaire, entre audits financiers, conflits de personnel et restructurations. L’irruption d’Aurélien, un humain transformé malgré lui, va bousculer ce fragile équilibre.
Arthur de Pins y traite du monde du travail et de ses absurdités à travers le prisme du fantastique, avec un humour noir impeccable. Comme Donjon, la série tire sa force du décalage entre un cadre surnaturel et des préoccupations très terre-à-terre : gestion de planning, inspections du travail, négociations syndicales. Le dessin vectoriel très reconnaissable de l’auteur, ses couleurs vives et sa galerie de personnages attachants ont assuré à cette série publiée chez Dupuis un succès mérité. Elle compte six tomes et a été adaptée en film d’animation en 2017.
8. Les Indes fourbes (Alain Ayroles & Juanjo Guarnido, 2019)

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Don Pablos de Ségovie, fripouille notoire, narre ses péripéties dans l’Amérique du Siècle d’or espagnol. Tour à tour misérable et richissime, ce vaurien traverse la Cordillère des Andes et la jungle amazonienne à la recherche de l’Eldorado. Alain Ayroles signe un scénario picaresque d’une construction redoutable, servi par les aquarelles somptueuses de Juanjo Guarnido, le dessinateur de Blacksad.
Cet album de 160 pages au grand format, publié chez Delcourt, se dévore d’une traite, porté par un sens du récit et de la mise en abyme qui n’est pas sans rappeler les meilleurs moments narratifs de Donjon. Le texte s’inspire librement de El Buscón de Quevedo, classique du roman picaresque espagnol, et le transpose dans un Nouveau Monde grouillant de périls et de merveilles. Les amateurs·ices d’Alain Ayroles retrouveront ici la même verve et le même goût du rebondissement que dans De Cape et de Crocs. L’album a reçu, entre autres, le Prix Landerneau et le Prix des Libraires de BD en 2020.
9. Le Chat du Rabbin (Joann Sfar, 2002)

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Au début du XXᵉ siècle, à Alger, un chat acquiert la parole après avoir dévoré un perroquet. Il exige alors de faire sa bar-mitsva et se met à questionner les fondements du judaïsme avec une impertinence réjouissante. Son maître, un vieux rabbin dévoué à sa fille Zlabya, tente de composer avec cet animal trop philosophe pour être honnête.
Joann Sfar, co-créateur de Donjon, déploie ici un registre plus personnel et plus contemplatif, nourri de son héritage familial séfarade. On y retrouve pourtant la même liberté de ton, le même refus du dogmatisme et la même tendresse pour des personnages imparfaits. Le dessin aquarellé de Sfar, plus libre et plus sensuel que dans Donjon, épouse à merveille cette Algérie du début du siècle dernier. La série, forte de treize tomes chez Dargaud, a été adaptée en film d’animation en 2011. Un titre indispensable pour mieux comprendre l’univers intérieur de l’un des deux pères de Donjon.