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Que lire après « Carbone & Silicium » de Mathieu Bablet ?

Que lire après « Carbone & Silicium » de Mathieu Bablet ?

Paru en 2020 aux éditions Ankama (Label 619), Carbone & Silicium est un roman graphique de science-fiction écrit, dessiné et mis en couleur par Mathieu Bablet. Le récit suit deux androïdes prototypes, Carbone et Silicium, créés pour prendre soin d’une humanité vieillissante, qui traversent trois siècles d’une planète en déliquescence.

Récompensé par le Prix BD Fnac / France Inter 2021, l’album embrasse intelligence artificielle, effondrement écologique, identité et mémoire dans une fresque aussi solaire que mélancolique. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Shangri-La (Mathieu Bablet, 2016)

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Dans un futur lointain, l’humanité s’est réfugiée dans une station spatiale régie par la multinationale Tianzhu, qui soumet ses habitants à un consumérisme effréné. En marge de ce système, des rebelles tentent de résister tandis que des scientifiques nourrissent l’ambition démiurgique de recréer la vie sur Titan. Bablet y déploie une critique acerbe du capitalisme et du transhumanisme à travers le sort des animoïdes, espèces anthropomorphes réduites en servitude.

Prédécesseur direct de Carbone & Silicium, Shangri-La en partage la colonne vertébrale thématique : la faillite de l’humanité face à ses propres excès, l’impuissance des révoltes et la beauté paradoxale d’un monde condamné. Le dessin de Bablet — ses perspectives architecturales vertigineuses, ses plans spatiaux silencieux — atteint ici une puissance qui préfigure la maturité de son album suivant. Un prolongement naturel pour qui veut remonter aux racines de l’univers de Bablet.


2. Frontier (Guillaume Singelin, 2023)

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La Terre a épuisé ses ressources. L’humanité s’est tournée vers l’espace, « la Frontière », nouveau terrain de jeu pour les multinationales. Dans cette ruée vers l’or cosmique, trois destins se croisent : Ji-Soo, scientifique idéaliste ; Camina, mercenaire au grand cœur ; et Alex, mineur qui n’a jamais connu la Terre. Singelin tisse à travers leur trio une satire sociale sur l’exploitation des travailleurs, la destruction écologique et le capitalisme débridé.

Avec son trait volontairement enfantin et ses couleurs pastel, Frontier crée une dissonance saisissante avec la dureté de son propos — un décalage qui rappelle la tension visuelle propre à Bablet. Publié au Label 619 comme Carbone & Silicium, cet album en partage la fibre militante et l’ampleur narrative. Mais là où Bablet baigne dans la mélancolie, Singelin insuffle un espoir ténu, celui de la solidarité et de l’amitié face au pire.


3. Kosmograd (Bonaventure, 2023)

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Kosmograd est l’une des dernières cités-refuges d’une Terre ravagée par les catastrophes climatiques. Tandis qu’une tempête monumentale approche, la transnationale Kosmo concentre tous ses efforts sur un ascenseur orbital destiné à transporter les élites vers l’espace. Au pied de cette mégastructure, dans les bas-fonds d’une ville stratifiée, trois amies — Zoya, Paouk et Ev’ — tombent sur des données cryptées susceptibles de mettre au jour le plus grand mensonge de cette fin du monde.

Ce thriller de science-fiction signé Bonaventure résonne avec les préoccupations de Carbone & Silicium : la fuite des élites face à l’effondrement, l’abandon des populations les plus vulnérables et la mainmise des corporations sur le destin collectif. Le trait nerveux de l’auteur, ses compositions verticales et sa palette de tons pastel mêlés de néons fatigués installent une atmosphère de fin du monde à la fois glaciale et urgente. Un one-shot mené tambour battant.


4. Eden Corp (Alain Bismut, Abel Ferry, Christopher Sebela & Marc Laming, 2024)

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Sur une Terre surpeuplée et livrée à la violence, la famille Oximenko survit grâce à de petits larcins. Lorsqu’une famille voisine remporte la loterie d’Eden Corp — méga-corporation qui achemine des millions de colons vers une planète habitable —, Gabe y voit leur chance. Il usurpe leur identité pour embarquer à bord du vaisseau Constellation avec sa femme Morgan et leur fille Kali. Mais le réveil de cryosommeil réserve une vérité glaçante : le rêve d’un nouveau monde se mue en cauchemar.

Porté par le dessin réaliste de Marc Laming et le scénario de Christopher Sebela (d’après une idée originale de Bismut et Ferry), cet album publié chez Les Humanoïdes Associés aborde l’effondrement environnemental et la cupidité des corporations avec un ton de thriller spatial sans répit. Comme dans Carbone & Silicium, la promesse d’un avenir meilleur se heurte à la brutalité d’un système conçu pour broyer les individus.


5. Ce que nous sommes (Zep, 2022)

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En 2113, grâce au projet DataBrain, une élite fortunée vit avec un second cerveau numérique qui permet de télécharger des connaissances, de parler douze langues et de goûter des expériences sensorielles virtuelles. Constant, héritier privilégié de cette première génération « augmentée », perd brutalement l’accès à son implant après un piratage. Amnésique, il échoue chez Hazel, une jeune femme qui vit de l’autre côté de la barrière, loin des augmentés.

Zep — surtout connu pour Titeuf — signe ici un récit d’anticipation qui questionne la dépendance technologique et la fracture sociale qu’elle engendre. La formule qui traverse l’album — « On voulait faire un humain augmenté, on a créé l’humain assisté » — fait directement écho aux interrogations de Carbone & Silicium sur l’identité et la conscience à l’ère du numérique. Le trait réaliste de Zep et ses teintes froides posent un futur crédible et inquiétant.


6. Le syndrome de l’iceberg (Paul Rey, 2023)

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Hiver 2055. Ezra, développeur de jeux vidéo installé dans la Silicon Valley, apprend la disparition de son frère Yan et rentre à Marseille. Son enquête le conduit jusqu’au docteur Daoud, psychiatre de Yan, qui évoque un mal étrange : « le syndrome de l’iceberg », un repli sur soi irréversible provoqué par les Assistants Personnels Intelligents. Ces voix artificielles, intégrées dans chaque objet du quotidien, ont fini par remplacer tout besoin de lien humain chez certains individus.

Paul Rey signe un thriller d’anticipation d’une sobriété remarquable, baigné dans des teintes mauves et lilas qui enveloppent personnages et décors d’une étrangeté douce. Là où Carbone & Silicium observe l’humanité se déliter sur trois siècles, Le syndrome de l’iceberg resserre la focale sur un drame intime et familial : la dissolution progressive des liens sociaux au contact d’une technologie trop complaisante. Un récit terriblement crédible à l’heure de ChatGPT.


7. Flux (Jop, 2025)

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Sur la planète [P-412], Tildä Nö arpente des terres arides pour le compte d’une compagnie minière. La jeune chercheuse rêve en secret de poursuivre les travaux écologiques de sa grand-mère. Au cours d’une mission, elle croise San Williams, vieux poète en exil. Une tempête diluvienne transforme le paysage désertique en marécages luxuriants — et métamorphose leurs corps : Tildä rajeunit, San se change en batracien ailé. Un périple initiatique débute alors, entre science et poésie.

Publié chez Ankama comme Carbone & Silicium, Flux partage avec l’album de Bablet une réflexion sur l’exploitation des ressources naturelles par les corporations et le rapport de l’humanité à son environnement. Mais Jop emprunte un registre plus onirique, teinté de conte et de métamorphose, où la nature reprend ses droits de façon littérale. Le trait stylisé et les couleurs intenses de l’auteur confèrent à l’ensemble une étrangeté contemplative qui prolonge, sur un autre mode, la dimension poétique de Bablet.


8. Dans l’indifférence générale (Roberto Grossi, 2025)

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« Il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. » Cette citation en ouverture donne le ton. Roberto Grossi y retrace l’histoire du dérèglement climatique à travers un récit qui mêle données scientifiques, repères historiques et souvenirs personnels. L’auteur italien part de ses photos d’enfance — la mer de Glace en 1979 — pour mesurer l’ampleur de ce qui a disparu en quelques décennies. Gaz à effet de serre, extinction des espèces, surconsommation : le constat est implacable, porté par des planches souvent muettes, en diptyques percutants.

Si Carbone & Silicium projette l’effondrement écologique dans la fiction sur trois siècles, Dans l’indifférence générale ancre ce même effondrement dans le réel, le documenté, le chiffré. Les deux livres partagent une même lucidité amère face à l’inertie collective. Le passage de l’un à l’autre fonctionne comme un aller-retour entre anticipation et état des lieux.

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