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Que lire après « Calvin et Hobbes » de Bill Watterson ?

Que lire après « Calvin et Hobbes » de Bill Watterson ?

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Calvin et Hobbes est un comic strip américain — c’est-à-dire une bande dessinée publiée quotidiennement dans la presse, en quelques cases — créé par Bill Watterson et publié du 18 novembre 1985 au 31 décembre 1995. La série met en scène Calvin, un garçon de six ans dont l’imagination ne connaît aucun frein, et Hobbes, son tigre en peluche qui prend vie dès que les adultes ont le dos tourné. Calvin transforme un carton en machine à voyager dans le temps, construit des bonshommes de neige macabres, mène la vie impossible à Rosaline sa baby-sitter, se projette dans l’espace sous l’identité de Spiff le spationaute — et entre deux catastrophes domestiques, engage avec Hobbes des discussions sur la liberté, l’environnement ou le sens de la vie.

En dix ans et 3 160 planches, Watterson a mêlé le comique, la poésie et la réflexion avec une aisance que peu d’auteurs de BD ont approchée. Diffusée dans plus de 2 400 journaux à travers le monde, traduite en une quarantaine de langues et vendue à plus de 30 millions d’albums (dont plus de deux millions et demi en France, chez Hors Collection), la série est devenue une référence majeure de la bande dessinée. Bill Watterson a reçu le Grand Prix du Festival d’Angoulême en 2014, distinction notable pour un auteur qui a toujours refusé toute forme de produits dérivés et préféré laisser son œuvre parler d’elle-même.

Si vous êtes à la recherche de lectures dans le même esprit — ou si vous en avez soupé des descentes en luge avec un tigre sarcastique — voici quelques recommandations. Les bandes dessinées présentées ci-dessous correspondent globalement à la même tranche d’âge que Calvin et Hobbes, c’est-à-dire accessible dès 6 à 9 ans selon les titres, mais appréciable bien au-delà.


1. Wallace l’intrépide (Will Henry, 2015)

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Bienvenue à Port-Douillet, petit village côtier inspiré de Jamestown, dans le Rhode Island, où Will Henry a grandi. Wallace, six ans, y vit avec son père, pêcheur facétieux toujours prêt à entrer dans le jeu de son fils (quand Maman demande de saler l’allée en hiver, Papa explique à Wallace que c’est pour assaisonner la tarte à la boue) ; sa mère, passionnée de plantes et dont les lasagnes relèvent davantage de l’expérience scientifique que de la gastronomie ; et Sterling, son petit frère, un enfant semi-sauvage dont personne ne semble vraiment comprendre le fonctionnement. Les journées de Wallace tournent autour de l’école, du bus scolaire (où les discussions entre gamins valent leur pesant de cacahuètes), de l’exploration de la baie et des bêtises partagées avec ses amis : Spud, garçon méfiant et toujours vaguement inquiet, et Amélia, qui ne recule devant rien et certainement pas devant les conventions.

Will Henry cite ouvertement Calvin et Hobbes et Cul de Sac parmi ses influences. Son ambition déclarée : recréer un monde dans lequel les enfants collectionnent encore des insectes, font voler des cerfs-volants et mangent des glaces à l’envers. Le dessin, simple sans être minimaliste, repose sur un trait épais et des aquarelles aux tons doux. Le strip a été nommé aux Eisner Awards (les « Oscars » de la BD américaine) dans les catégories meilleure publication humoristique et meilleure publication pour enfants (9-12 ans), et paraît dans plus d’une centaine de journaux. En France, l’album est publié chez Jungle (2018), traduit par Camille Berne-Smith.

Tranche d’âge conseillée : la nomination aux Eisner Awards situe la série dans la catégorie 9-12 ans. L’éditeur français la classe en BD jeunesse, accessible dès 7-8 ans pour les bons lecteur·ices.


2. Cul de Sac (Richard Thompson, 2004)

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La famille Otterloop habite une petite banlieue pavillonnaire américaine nommée Cul-de-Sac. Alice, quatre ans, y fréquente l’Académie du havre joyeux (sa maternelle), où elle exerce une autorité naturelle que ses camarades et son institutrice subissent à parts égales. Son frère aîné Petey est son contraire exact : garçon anxieux, replié sur lui-même, qui collectionne les angoisses comme d’autres collectionnent les images. Autour d’eux : des parents débordés, un cochon d’Inde de classe nommé Mr Danders (qui a ses propres aventures, souvent involontaires, en dehors de sa cage), des trajets en voiture interminables et des crises de fin de journée mémorables. On rit parce que le cadre est d’une banalité absolue — courses au supermarché, repas de famille, peinture à doigts — et que les enfants le transforment en terrain d’aventure ou de drame, selon l’humeur.

Bill Watterson lui-même a préfacé le premier volume de l’intégrale américaine, écrivant qu’il pensait que les meilleurs strips appartenaient au passé et qu’il n’avait jamais été aussi heureux de se tromper. Art Spiegelman, auteur de Maus (BD autobiographique sur la Shoah, récompensée d’un prix Pulitzer), a signé la préface du premier tome de l’édition française. Diagnostiqué de la maladie de Parkinson en 2009, Richard Thompson a dû cesser de dessiner en 2012. Il s’est éteint en 2016 à 58 ans, ne laissant que huit années de strips — récompensées par un Harvey Award et un Eisner Award. En France, la série est disponible en trois volumes chez Urban Comics (collection Urban Strips, à partir de 2016).

Tranche d’âge conseillée : l’éditeur français indique un public ado/adulte. En pratique, les enfants dès 8-9 ans y trouveront leur compte, mais les dialogues gagnent en profondeur à mesure que le·la lecteur·ice grandit.


3. Pico Bogue (Dominique Roques et Alexis Dormal, 2008)

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Picolino Bogue, dit Pico, est un garçon d’une dizaine d’années doté d’une tignasse rousse en bataille permanente et d’une capacité à retourner n’importe quel argument d’adulte contre son auteur. Quand ses parents lui disent qu’il faut manger de tout, il demande si ça inclut le dessert. Quand on lui reproche de ne pas ranger sa chambre, il interroge le concept même de propriété. Sa petite sœur Ana Ana, blonde en marinière, alterne entre des colères féroces et des élans de tendresse imprévus. Ensemble, ils mettent à rude épreuve la patience de leurs parents — un père salarié et une mère au foyer qui oscillent entre le rire et le désespoir, parfois dans la même case.

La série est née d’une collaboration peu banale entre une mère et son fils : Dominique Roques écrit les scénarios, Alexis Dormal dessine et met en couleurs. Roques, née en 1948 à Casablanca, a grandi en lisant Mafalda, les Peanuts et Sempé ; elle n’a commencé à écrire de la BD qu’à 57 ans, quand le talent de dessinateur de son fils lui a donné l’envie de mettre des mots dans les bulles. Les planches, réalisées à l’aquarelle dans un gaufrier libre (c’est-à-dire sans bordures de cases rigides), laissent une grande liberté aux personnages : Pico gesticule, Ana Ana boude de tout son corps, les parents lèvent les yeux au ciel — tout se lit sur les visages et les postures avant même qu’on ait atteint les dialogues. La série compte aujourd’hui 17 tomes chez Dargaud, auxquels s’ajoutent la série dérivée Ana Ana (26 tomes pour les plus jeunes, où la fillette vit des aventures avec ses peluches) et des hors-séries consacrés à l’étymologie, grande passion de Pico.

Tranche d’âge conseillée : l’éditeur Dargaud indique 9 ans et plus. Les enfants rient des situations, les adultes reconnaissent leurs propres tracas quotidiens dans les répliques des parents.


4. Yotsuba & ! (Kiyohiko Azuma, 2003)

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Koiwai Yotsuba a cinq ans, des couettes vertes et une énergie qui épuise tous les adultes dans un rayon de cent mètres. Adoptée par son père lors d’un voyage à l’étranger, elle vient d’emménager avec lui dans un quartier résidentiel japonais. Pour Yotsuba, absolument tout est une découverte : les balançoires (qu’elle ne sait pas utiliser), les climatiseurs (qui la stupéfient), les cigales (qu’elle chasse avec un filet), le réchauffement climatique (qui l’inquiète profondément), le concept même de sonnette (qu’elle considère comme un jouet). Chaque chapitre porte le titre « Yotsuba et… » suivi de l’objet de sa fascination du jour, et l’on suit littéralement sa vie au fil des jours d’un même été. Ses voisines — Ena, Fuuka et Asagi, trois sœurs aux caractères très différents — ainsi que Jumbo, l’ami du père qui mesure plus de deux mètres et dont Yotsuba se demande sincèrement si l’un de ses ancêtres n’était pas une girafe, forment un petit monde que la fillette met régulièrement sens dessus dessous.

Le manga, publié dans le magazine Dengeki Daioh, a dépassé les neuf millions d’exemplaires vendus au Japon et a remporté le Grand Prix Osamu Tezuka en 2016 (la plus haute distinction pour un manga, du nom du créateur d’Astro Boy). Kiyohiko Azuma, déjà connu pour Azumanga Daioh, a refusé toute adaptation en dessin animé, estimant que l’histoire perdrait au passage ce qui fait sa force : le rythme lent d’une journée ordinaire transformée en événement par le seul regard d’une enfant. La version française est publiée chez Kurokawa (15 tomes parus, traduction d’Ève Chauviré). C’est probablement l’un des rares mangas que l’on peut offrir les yeux fermés à un·e enfant.

Tranche d’âge conseillée : le manga est techniquement classé seinen au Japon (destiné à un lectorat adolescent/adulte) en raison du magazine dans lequel il est prépublié, mais son contenu est adapté à tous les âges. De nombreux lecteur·ices le recommandent à partir de 8 ans.


5. Snoopy & les Peanuts (Charles M. Schulz, 1950)

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Impossible de parler de Calvin et Hobbes sans évoquer la série qui a ouvert la voie. Charlie Brown est un garçon maladroit et malchanceux, persuadé que le monde entier lui en veut — et les faits semblent lui donner raison. Chaque automne, Lucy lui promet de tenir le ballon de football pour qu’il puisse le botter ; chaque automne, elle le retire au dernier moment et Charlie Brown s’effondre sur le dos. C’est le même principe de répétition cruelle qui structure toute la série : Charlie Brown ne gagnera jamais un match de baseball, son cerf-volant finira toujours dans l’arbre mangeur de cerfs-volants, et la petite fille aux cheveux roux dont il est amoureux ne saura jamais qu’il existe. Lucy tient par ailleurs un stand de « conseils psychiatriques » à cinq cents la séance. Linus, son frère, penseur précoce inséparable de sa couverture fétiche, attend chaque année la Grande Citrouille (un équivalent automnal du Père Noël auquel personne d’autre ne croit). Schroeder est un pianiste obsédé par Beethoven. Et Snoopy, le beagle de Charlie Brown, se prend tour à tour pour un as de l’aviation en guerre contre le Baron Rouge, pour un étudiant blasé (sous le nom de « Joe Cool ») ou pour un écrivain incompris tapant éternellement sur sa machine à écrire, perché sur le toit de sa niche.

Charles M. Schulz a dessiné 17 897 strips sans aucune assistance, quotidiennement, d’octobre 1950 jusqu’à sa mort en février 2000. Cinquante ans sans interruption. Aucun adulte n’apparaît jamais dans la série : on vit exclusivement à hauteur d’enfant, dans un monde où les problèmes des grands — la solitude, l’échec, la quête de sens — sont exprimés par des gamins de huit ans. La série a été publiée dans plus de 2 500 journaux, traduite en plus de 20 langues, et lue par environ 355 millions de personnes. En France, l’intégrale est disponible chez Dargaud en 26 volumes, reproduisant l’édition américaine de Fantagraphics. Là où Calvin et Hobbes célèbre la puissance de l’imagination enfantine, les Peanuts en explorent le versant mélancolique : ce que ça fait d’être un enfant qui ne comprend pas pourquoi le monde est si compliqué.

Tranche d’âge conseillée : comme pour Calvin et Hobbes, la série se lit à tout âge. Les enfants de 8-9 ans apprécient les gags et les personnages ; les adultes y entendent autre chose, de plus amer. Certaines références culturelles américaines (Beethoven, le Baron Rouge, le baseball) peuvent nécessiter quelques explications pour les plus jeunes.


6. Lucie et sa licorne (Dana Simpson, 2012)

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Lucie n’a pas beaucoup d’amis à l’école. Sa vie bascule le jour où elle lance une pierre dans un lac et libère une licorne prisonnière de son propre reflet. Car Rosemarie de Céleste Museau — Rose pour les intimes — est une licorne si éprise de sa propre beauté qu’elle s’est retrouvée hypnotisée par son image dans l’eau. En guise de remerciement, Rosemarie accorde un vœu à Lucie, qui choisit la seule chose raisonnable : avoir une licorne pour meilleure amie. Commence alors un duo fondé sur un contraste permanent : Lucie est terre-à-terre, Rosemarie est convaincue d’être la plus belle créature de l’univers (et ne se prive pas de le rappeler). Ensemble, elles affrontent la rentrée scolaire, les camarades pénibles, les gobelins, les devoirs de vacances et les camps d’été — le tout rythmé par les commentaires vaniteux de Rosemarie, qui télécharge des applis avec sa corne Wi-Fi et publie des articles dans des revues universitaires entre deux séances de baby-sitting.

Le strip, initialement publié sous le titre Heavenly Nostrils puis rebaptisé Phoebe and Her Unicorn, est diffusé dans environ 200 journaux après que Dana Simpson a remporté le concours Comic Strip Superstar en 2009. Le Philtre de Platitude, sortilège qui rend Rosemarie invisible aux yeux des passants, est l’une des trouvailles les plus astucieuses de la série : il explique pourquoi personne ne s’étonne de voir une licorne au supermarché, et permet à l’histoire de se concentrer sur l’amitié entre les deux personnages sans avoir à gérer la panique générale. En France, la série est publiée par les éditions 404 (à partir de 2017), traduite par Chloé Seyrès, et compte une dizaine de tomes.

Tranche d’âge conseillée : l’éditeur français indique dès 8 ans. Les critiques situent le cœur de cible entre 8 et 12 ans. Au-delà, l’humour reste plaisant mais les thèmes sont clairement pensés pour un jeune public.


7. Hilda (Luke Pearson, 2010)

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Hilda est une petite fille aux cheveux bleus qui vit d’abord avec sa mère dans une maison isolée au milieu de montagnes et de forêts d’inspiration scandinave, avant de déménager — à contrecœur — dans la ville de Trollbourg. Ses journées ? Croquer des trolls de pierre dans son carnet à dessins, négocier avec des elfes invisibles mais procéduriers (pour les voir, il faut signer un formulaire minuscule), amadouer un géant silencieux qui apparaît à minuit, rejoindre les scouts de Trollbourg et sillonner les grands espaces en compagnie de Brindille, son renard-cerf — un animal mi-renard mi-daim, blanc avec de petits bois, qui se comporte comme un chien fidèle. Le monde d’Hilda est peuplé de créatures issues du folklore nordique — trolls, nisses (des esprits domestiques qui vivent dans les murs des maisons), elfes tatillons — et le fantastique y est traité comme un fait banal. Hilda apprend à cohabiter avec les créatures magiques comme d’autres apprennent à cohabiter avec leurs voisins — sauf que ses voisins peuvent mesurer dix mètres de haut et se transformer en pierre au lever du soleil.

Luke Pearson, auteur britannique, a d’abord publié la série chez Nobrow Press avant que Casterman ne reprenne l’édition française à partir de 2014 (traduction de Basile Béguerie). La série compte six tomes dans l’arc principal, auxquels s’ajoute Hilda et Twig (2025), un nouvel arc centré sur la relation entre Hilda et Brindille. Primée au Salon de Montreuil (le principal salon du livre jeunesse en France) en 2014, la BD a été adaptée en série animée sur Netflix (trois saisons et un film), avec la participation de Pearson lui-même. L’univers rappelle celui des Moomins de Tove Jansson ou les films d’Hayao Miyazaki (Mon voisin Totoro, Kiki la petite sorcière) : un cadre où le merveilleux coexiste avec le quotidien, où l’on peut croiser un géant en allant acheter du pain.

Tranche d’âge conseillée : Casterman classe la série en BD jeunesse, avec un niveau CE2-CM1 suggéré pour l’usage pédagogique. Hilda et Twig est accessible dès 6 ans ; les albums principaux conviennent plutôt aux 8 ans et plus. Les adultes qui ont aimé la série Netflix retrouveront le même univers, en plus épuré.


8. Mafalda (Quino, 1964)

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Mafalda a environ six ans, vit à Buenos Aires dans une famille de la classe moyenne argentine, et pose sur le monde des questions que la plupart des adultes préfèrent esquiver. Elle déteste la soupe (sujet de conflit permanent avec sa mère), regarde les informations télévisées avec consternation, s’inquiète de la bombe atomique, demande à son père pourquoi il ne fait rien pour changer le monde, et s’étonne que les grandes personnes aient fait de la Terre un endroit aussi mal géré. Créée par le dessinateur argentin Joaquín Salvador Lavado, dit Quino, elle est apparue dans la presse argentine en 1964. Le contexte compte pour comprendre la série : l’Argentine traverse alors des décennies d’instabilité politique, entre coups d’État militaires et brèves parenthèses démocratiques, et le monde vit en pleine guerre froide — un face-à-face entre les États-Unis et l’Union soviétique qui fait planer la menace d’une guerre nucléaire. C’est dans ce climat que Mafalda commente l’actualité avec une lucidité déconcertante pour une enfant de son âge. La série s’arrête en 1973, peu avant que l’Argentine ne bascule dans la dictature militaire (1976-1983) ; Quino, jugé subversif, sera contraint à l’exil.

Autour de Mafalda gravitent des personnages qui incarnent chacun une facette de la société argentine : Felipe, éternel indécis tiraillé entre grands principes et procrastination ; Manolito, fils d’épicier, pour qui tout se ramène au commerce et au tiroir-caisse (il est le seul enfant de sa classe à ne pas aimer les Beatles) ; Susanita, qui planifie déjà son mariage et ses futurs enfants avec une minutie obsessionnelle ; Miguelito, garçon naïf et conservateur sans le savoir, qui répète les opinions de son grand-père sans les comprendre ; Liberté, une gamine minuscule aux convictions de gauche héritées de ses parents (sa mère traduit Jean-Paul Sartre, et la famille est si modeste qu’elle simule un grand appartement en criant d’une pièce à l’autre) ; Guille, le petit frère de Mafalda, inséparable de sa tétine ; et Bureaucratie, la tortue de la famille — dont la lenteur parle d’elle-même. L’écrivain italien Umberto Eco, auteur du roman Le Nom de la rose, a qualifié Mafalda de « contestataire » et d’« héroïne engagée qui refuse le monde tel qu’il est ». La série a été traduite en une trentaine de langues et les sujets qu’elle abordait — course aux armements, inégalités, condition des femmes, absurdité bureaucratique — restent d’actualité des décennies plus tard.

En France, les albums sont disponibles chez Glénat, qui a publié une intégrale pour les 50 ans de la série. Quino a reçu la Légion d’honneur en 2014 et s’est éteint en septembre 2020 à l’âge de 88 ans — la veille du 56ᵉ anniversaire de la première publication de Mafalda, coïncidence que la fillette aurait sans doute commentée avec une remarque acide sur le sens du timing.

Tranche d’âge conseillée : Glénat propose une collection La petite philo de Mafalda à partir de 8 ans, spécialement adaptée aux jeunes lecteur·ices. Les albums classiques sont généralement recommandés à partir de 10-13 ans : l’humour de Quino est limpide, mais certaines allusions à la politique argentine des années 1960-1970 gagnent à être accompagnées d’un minimum de contexte historique.