Créée en 1959 par le dessinateur belge Jean Roba, Boule et Bill est une série de bande dessinée jeunesse humoristique née dans les pages du Journal de Spirou, l’hebdomadaire BD belge qui a aussi vu naître Gaston Lagaffe et les Schtroumpfs. La série met en scène Boule, un garçon d’environ sept ans vêtu de sa salopette bleue, et Bill, son cocker anglais au pelage roux, dans leur quotidien familial — parties de jeu dans le jardin, chamailleries avec Caroline la tortue, balades en 2CV rouge avec des parents qui oscillent entre indulgence et exaspération. Avec plus de 25 millions d’exemplaires vendus et plusieurs adaptations en dessins animés et en films, Boule et Bill fait partie de ces séries que l’on retrouve dans presque toutes les médiathèques de France et de Belgique.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine : des BD qui conjuguent humour, vie de famille et quotidien vu à hauteur d’enfant. Toutes s’adressent à une tranche d’âge comparable — grosso modo de 6 à 10 ans — et la plupart amusent tout autant les adultes qui les lisent par-dessus l’épaule.
1. Cédric (Raoul Cauvin et Laudec, 1986)

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Cédric Dupont a huit ans, un bulletin scolaire médiocre et une obsession : Chen, une camarade de classe à qui il n’arrive jamais à déclarer sa flamme. Chaque tentative tourne court — un ballon perdu, une phrase avalée, un rival qui s’interpose. Ce rival, c’est Nicolas d’Aulnay des Charentes du Ventou (oui, tout ça), fils de diplomate, riche et premier de la classe. Heureusement, Cédric peut compter sur Christian, son meilleur ami à lunettes, et surtout sur Pépé — son grand-père maternel, veuf et retraité, qui vit sous le même toit que la famille et prend un plaisir évident à saper l’autorité de son gendre. Ce gendre, Robert, vendeur de tapis de son état, est d’ailleurs systématiquement désigné par Pépé comme « le vendeur de carpettes ».
Née elle aussi dans le Journal de Spirou, la série est l’œuvre du scénariste Raoul Cauvin — à qui l’on doit aussi Les Tuniques bleues, une autre série populaire sur la guerre de Sécession — et du dessinateur Laudec. Ce qui distingue Cédric de beaucoup de BD jeunesse, c’est la cohabitation de trois générations sous un même toit : les gags naissent autant de la cour de récréation que des tensions domestiques entre Pépé et Robert, que Marie-Rose, la mère de Cédric, tente de contenir sans grand succès. La série, adaptée en dessin animé diffusé sur Canal J puis France 3, dépasse les huit millions d’exemplaires vendus.
Tranche d’âge conseillée : généralement à partir de 6-7 ans. Les éditions Dupuis classent la série en « jeunesse » et le dessin animé vise les enfants dès 6 ans. Certains libraires et médiathèques la recommandent jusqu’à 12 ans.
2. Jojo (André Geerts, 1983)

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Jonathan Semaine — dit « Jojo » — est un petit garçon blond d’environ huit ans, toujours coiffé d’une casquette verte trop grande pour sa tête. Il vit chez sa grand-mère Léontine, à la campagne, et passe ses journées avec Gros-Louis, son meilleur ami, fils du pâtissier du village (et qui porte bien son nom). Son père René, plombier, est veuf et n’a pas encore refait sa vie — un élément que la série aborde progressivement. On comprend au fil des albums pourquoi Jojo ne vit pas avec son père, et ces révélations donnent aux histoires un ancrage sentimental rare dans la BD jeunesse : derrière les parties de foot et les punitions évitées de justesse, il y a un enfant qui compose avec l’absence d’une mère.
Apparu dans le Journal de Spirou en 1983, Jojo est entièrement l’œuvre d’André Geerts, qui en assure à la fois le scénario et le dessin. Son trait rond, souvent comparé à celui de Sempé — le dessinateur du Petit Nicolas —, donne aux personnages des visages très lisibles : on voit tout de suite si Jojo est vexé, penaud ou au bord du fou rire. Un album peut raconter aussi bien une partie de pêche qui tourne au fiasco qu’une visite à l’hôpital quand la grand-mère tombe malade, et la transition entre les deux registres se fait sans effort. Geerts est décédé prématurément en 2010 en laissant 18 albums, aujourd’hui rassemblés en quatre intégrales (recueils regroupant plusieurs tomes) chez Dupuis.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 7 ans environ. Les éditions Dupuis la classent « tous publics », et les thèmes abordés — deuil, famille recomposée, solitude — la rendent tout aussi parlante pour les adultes.
3. Cubitus (Dupa, 1968)

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Cubitus est un gros chien blanc, débonnaire et doué de parole, dont le nom est emprunté à un os de l’avant-bras — logique, pour un cabot. Il partage sa vie avec Sémaphore, un marin moustachu à la retraite propriétaire d’un side-car brinquebalant baptisé « Titine », et se chamaille quotidiennement avec Sénéchal, le chat noir et blanc du voisin, qui est tantôt son pire ennemi, tantôt son compagnon de route.
La série est née par hasard : en 1968, Greg — le rédacteur en chef du Journal de Tintin, concurrent direct du Journal de Spirou — demande au jeune dessinateur Dupa de créer un personnage pour combler une page restée vide avant l’impression. Dupa dessine une grosse boule de poils blancs avec des pattes et le baptise du premier nom d’os qui lui vient à l’esprit. Ce qui différencie Cubitus de Boule et Bill, c’est que les animaux parlent aux humains (et réciproquement) et que l’humour repose beaucoup sur les jeux de mots et les parodies : Cubitus se glisse tour à tour dans la peau de D’Artagnan, de Napoléon ou d’Eliot Ness, et détourne joyeusement l’Histoire et le cinéma au passage. La série originale compte 39 albums publiés au Lombard ; elle a été reprise après la disparition de Dupa en 2000 sous le titre Les Nouvelles Aventures de Cubitus et adaptée en 104 épisodes d’animation.
Tranche d’âge conseillée : tout public, à partir de 6-7 ans. Le vocabulaire, plus riche que dans d’autres séries jeunesse (calembours, références historiques), peut constituer un bon défi pour les jeunes lecteur·ices.
4. Ariol (Emmanuel Guibert et Marc Boutavant, 1999)

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Ariol est un petit âne bleu à lunettes. Son meilleur copain, Ramono, est un cochon. Sa maîtresse d’école, Mme Bégossian, est une poule. Son père travaille dans un bureau et sa mère le réveille le matin — bref, tout est familier, sauf que tous les personnages sont des animaux. Ariol est secrètement amoureux de Pétula, une jolie petite vache avec des taches de rousseur, et voue un culte sans bornes au Chevalier Cheval, un super-héros fictif dont il collectionne les cartes et dont il regarde les aventures à la télévision.
Publiée dans le magazine J’aime lire (mensuel de Bayard destiné aux 7-10 ans) depuis sa création, la série est écrite par Emmanuel Guibert — Grand Prix du Festival d’Angoulême 2020, la plus haute distinction de la bande dessinée francophone — et dessinée par Marc Boutavant, également créateur de Mouk, un album jeunesse sur un ours qui voyage à vélo. Là où d’autres BD jeunesse enchaînent les péripéties, Ariol s’attarde sur des micro-événements du quotidien : dix pages sur un genou écorché, un épisode entier sur la difficulté de se lever un matin d’hiver, un autre sur l’ennui d’un trajet en voiture. Guibert, qui puise dans ses propres souvenirs d’enfance, raconte ce que ça fait d’avoir honte d’une réponse en classe, de ne pas oser adresser la parole à quelqu’un qu’on aime bien, ou d’attendre interminablement chez le médecin. La série dépasse les deux millions d’albums vendus et a été adaptée en dessin animé.
Tranche d’âge conseillée : 7-10 ans selon Bayard Jeunesse, la tranche d’âge cible du magazine J’aime lire.
5. Pico Bogue (Dominique Roques et Alexis Dormal, 2008)

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Picolino Bogue — dit « Pico » — est un garçon d’une dizaine d’années à l’épaisse tignasse rousse constamment en bataille. Avec sa petite sœur Ana Ana, il mène la vie dure à ses parents et grands-parents à coups de réparties tranchantes et de questions déstabilisantes. Exemple typique : quand Pico demande pourquoi, si les enfants sont innocents, les adultes les punissent quand même, Ana Ana répond que c’est parce que les adultes ont le temps de faire du mal. Les parents encaissent.
La série est l’œuvre d’un duo familial : Dominique Roques (la mère) écrit les scénarios, Alexis Dormal (le fils) dessine. Les échanges entre Pico, Ana Ana et leurs parents ont quelque chose de vécu — la façon dont un enfant insiste sur une question jusqu’à ce que l’adulte craque, ou dont un frère et une sœur se liguent puis se retournent l’un contre l’autre en l’espace de trois cases. La BD est souvent rapprochée de Mafalda (la fillette argentine de Quino qui commentait la politique avec un sérieux d’adulte) ou de Calvin et Hobbes (le garçon américain de Bill Watterson qui philosophait avec son tigre en peluche) : même façon de placer dans la bouche d’un enfant des raisonnements qui déstabilisent les adultes. Publiée chez Dargaud, la série compte 17 albums et a donné naissance à un spin-off pour les plus jeunes, Ana Ana, centré sur la petite sœur et ses doudous. Si Boule et Bill fait rire par les situations, Pico Bogue fait rire — et réfléchir — par les mots.
Tranche d’âge conseillée : 9 ans et plus selon Dargaud. L’humour, souvent fondé sur le langage et le raisonnement logique, gagne à être lu par des enfants qui maîtrisent déjà bien la lecture.
6. Tom-Tom et Nana (Jacqueline Cohen et Bernadette Després, 1977)

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Tom-Tom Dubouchon, 9 ans, et sa petite sœur Nana, 7 ans, sont les enfants d’Adrien et Yvonne Dubouchon, propriétaires du restaurant À la bonne fourchette. Leur occupation principale : inventer des bêtises. Tom-Tom est le cerveau, Nana la complice enthousiaste, et le résultat est toujours le même : le restaurant est sens dessus dessous, le père cuisinier pique une colère, la mère tente de limiter les dégâts, Marie-Lou la grande sœur lève les yeux au ciel, et les clients réguliers assistent au désastre avec un mélange de consternation et d’habitude.
La série a paru dès le premier numéro du magazine J’aime lire en 1977. Depuis, elle a été lue par des millions d’enfants : 15 millions d’exemplaires vendus, 34 albums, une adaptation en dessin animé diffusée à partir de 1997. Les scénarios de Jacqueline Cohen (puis d’Évelyne Reberg) et le dessin de Bernadette Després — disparue en novembre 2024, récompensée d’un Fauve d’honneur (prix spécial du jury) au Festival d’Angoulême en 2019 — reposent sur un mécanisme limpide : les deux enfants partent d’une idée en apparence anodine (préparer un gâteau, organiser une fête, aider au service) et l’escalade des catastrophes fait le reste. Le trait de Després, volontairement proche du dessin d’enfant, colle parfaitement au chaos ambiant. Et si les enfants aiment tant cette BD, c’est sans doute parce qu’elle leur donne l’impression rassurante que d’autres font des bêtises encore plus grosses que les leurs.
Tranche d’âge conseillée : 7-10 ans, la tranche d’âge historique de J’aime lire. Les enfants de 6 ans y accèdent aussi sans difficulté grâce au rythme rapide des planches et à un texte court.
7. Chi, une vie de chat (Konami Kanata, 2004)

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Chi est un chaton femelle gris et blanc tigré de noir qui, lors d’une promenade avec sa mère, s’égare et se retrouve seul dans un parc. Recueilli par le petit Yohei, un garçon de trois ans, et par sa famille — les Yamada —, le chaton découvre progressivement son nouvel environnement : le vétérinaire, les croquettes, la litière, la chaleur du soleil derrière les vitres, le confort des pantoufles de papa… et les terrifiants chiens du quartier. Problème : l’immeuble des Yamada interdit les animaux de compagnie, ce qui oblige la famille à cacher Chi et donne lieu à toute une série de quiproquos.
Il s’agit d’un manga (bande dessinée japonaise) de Konami Kanata, publié au Japon entre 2004 et 2015. En France, Glénat l’a édité dans sa collection Kids, entièrement en couleurs et en sens de lecture occidental (de gauche à droite, contrairement à la plupart des mangas), ce qui le rend immédiatement accessible aux enfants qui n’ont jamais ouvert de manga. La série en 12 tomes est constituée de courtes saynètes de quelques pages chacune, toutes vues à travers les yeux de Chi : le chaton ne comprend pas ce que les humains lui disent, interprète tout de travers et réagit avec une logique féline irrésistible — fuir un aspirateur comme s’il s’agissait d’un prédateur, ou s’endormir dans la casserole la plus confortable de la cuisine. Si vous ou votre enfant avez un chat à la maison, le taux de reconnaissance sera très élevé.
Tranche d’âge conseillée : la collection Glénat Kids vise un lectorat jeunesse large, et la série est couramment recommandée à partir de 7 ans. Certains sites spécialisés (comme Lirado) la situent dans la tranche 9-12 ans, mais les plus jeunes l’apprécient tout autant — les dialogues sont courts et les dessins très expressifs.
8. Garfield (Jim Davis, 1978)

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Garfield est un gros chat orange à rayures noires dont le programme quotidien se résume en trois mots : manger, dormir, recommencer. Son maître, Jon Arbuckle, célibataire dont les tentatives de drague se soldent systématiquement par un échec, partage son foyer avec Odie, un chien affectueux mais spectaculairement bête que Garfield prend un malin plaisir à pousser hors de la table. Les lasagnes sont sacrées, les lundis sont maudits, et la sieste n’est pas négociable.
Il s’agit d’un comic strip américain — c’est-à-dire une bande dessinée en format court, trois cases horizontales par gag, comme Snoopy ou Calvin et Hobbes, conçue à l’origine pour être publiée chaque jour dans les journaux. La première planche paraît le 19 juin 1978 dans 41 quotidiens américains. Aujourd’hui, Garfield est publié dans plus de 2 500 journaux répartis dans 111 pays, ce qui en fait l’un des comic strips les plus diffusés au monde. En France, les albums sont édités chez Dargaud. L’humour repose sur la dynamique entre les trois personnages : Garfield, cynique et paresseux, commente intérieurement les faiblesses de Jon (qui passe ses samedis soir à se couper les ongles d’orteils ou à jouer de l’accordéon seul dans son salon) et les balourdises d’Odie (qui remue la queue quoi qu’il arrive). Pas de grandes aventures, pas de suspense : le plaisir est dans la répétition, la variation et le sarcasme — ce qui explique que la série fonctionne aussi bien depuis près de cinquante ans.
Tranche d’âge conseillée : tout public, généralement recommandé à partir de 6-7 ans. Dargaud propose aussi des albums « premières lectures » adaptés dès 3 ans, tandis que la série classique se lit à tout âge.