Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après « Blast » de Manu Larcenet ?

Que lire après « Blast » de Manu Larcenet ?

Blast est une série de bande dessinée de Manu Larcenet publiée par Dargaud entre 2009 et 2014, en quatre tomes. Elle met en scène Polza Mancini, écrivain obèse de 38 ans qui, après la mort de son père, quitte tout pour errer sur les routes de France, en quête d’un état de grâce fugace qu’il nomme le « blast ». Interrogé par deux policiers au sujet d’une agression, il déroule le fil de sa vie à la marge dans un noir et blanc brutal, traversé d’éclats de couleur hallucinés.

Série couronnée par le prix des libraires de bande dessinée 2010 et le Grand Prix RTL de la bande dessinée, Blast s’est imposée comme l’un des romans graphiques les plus puissants de la bande dessinée contemporaine. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Le Rapport de Brodeck (Manu Larcenet, 2015-2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Adaptation en diptyque du roman de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck transpose dans un village de montagne allemand, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un drame collectif glaçant. Brodeck, rescapé des camps, est chargé par ses voisins de rédiger un rapport sur le meurtre d’un étranger — « l’Anderer » — qu’ils ont eux-mêmes commis. Comme dans Blast, la figure du paria est au cœur du récit : l’Anderer, tel un miroir, renvoie aux villageois l’image de leur propre lâcheté.

Larcenet y déploie un noir et blanc encore plus ciselé que dans Blast, avec des pages muettes d’une intensité saisissante où la nature, hivernale et menaçante, écrase les silhouettes humaines. La maîtrise du clair-obscur et le poids des silences rattachent directement cet album à l’atmosphère oppressante de la série précédente. On y retrouve les mêmes obsessions : le rejet de la différence, la violence tapie sous la surface du quotidien et la solitude de celui qui refuse de se taire.


2. La Route (Manu Larcenet, 2024)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Manu Larcenet s’empare ici du roman post-apocalyptique de Cormac McCarthy, prix Pulitzer 2007, et le traduit en images avec une fidélité totale doublée d’une radicalité graphique sans concession. Un père et son fils traversent une Amérique dévastée, recouverte de cendres, où les derniers survivants oscillent entre désespoir et barbarie. Les dialogues se réduisent à l’essentiel ; le silence et la désolation occupent presque tout l’espace.

Si Blast scrutait l’effondrement intérieur d’un homme, La Route pousse cette logique à l’échelle d’un monde entier. Le trait charbonneux de Larcenet, ses pages muettes d’une poésie âpre et son travail sur les textures de cendre prolongent l’esthétique développée dans Blast et Le Rapport de Brodeck. La relation père-fils, tendre et désespérée, fait écho à la figure paternelle absente qui hantait Polza Mancini. Un album monumental qui clôt — provisoirement ? — le versant le plus sombre de la carrière de Larcenet.


3. Le Patient (Timothé Le Boucher, 2019)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Pierre Grimaud, seul survivant du massacre de sa famille — dit « massacre de la rue des Corneilles » —, se réveille après six ans de coma. Amnésique et désorienté, il est pris en charge par la psychologue Anna Kieffer, qui tente de reconstituer les circonstances du drame. Entre eux se noue une relation trouble, faite de séduction et de manipulation, tandis que la figure d’un mystérieux « homme en noir » hante les souvenirs du jeune homme.

Comme Blast, Le Patient repose sur un dispositif d’interrogatoire qui structure l’ensemble de la narration : la vérité se dérobe sans cesse, filtrée par un récit subjectif et potentiellement mensonger. Timothé Le Boucher manie l’ambiguïté morale avec une science narrative redoutable, dans un style en ligne claire qui contraste avec la noirceur du propos. Les thèmes de la mémoire fracturée, de l’identité incertaine et de la violence enfouie font de ce thriller psychologique de 290 pages un écho contemporain aux ressorts narratifs de la série de Larcenet.


4. Moi, ce que j’aime, c’est les monstres (Emil Ferris, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les vampires et les créatures de la nuit ; elle se voit elle-même en loup-garou — car dans son monde, mieux vaut être un monstre qu’une femme. Lorsque sa voisine Anka Silverberg, rescapée de la Shoah, est retrouvée morte, Karen mène l’enquête. Son enquête met au jour les secrets de son quartier, de sa famille et de l’Amérique ségrégationniste.

Entièrement réalisé au stylo-bille sur des pages de cahier à spirale, ce roman graphique sidère par sa densité visuelle et narrative. Emil Ferris y mêle enquête, drame familial et témoignage historique dans un style qui convoque aussi bien Robert Crumb que les pulps d’horreur. Le lien avec Blast se tisse à travers la figure de l’inadapté·e, la noirceur du regard porté sur la société et la façon dont le dessin, loin d’illustrer simplement le récit, en devient la substance même. Une lecture qui laisse des traces durables.


5. La Terre des fils (Gipi, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans un futur indéterminé, après un cataclysme dont on ignore la nature, un père élève ses deux fils adolescents au bord d’un lac, dans un dénuement total. Il leur enseigne un vocabulaire minimal et refuse de leur parler du monde d’avant. Lorsqu’il meurt, les deux jeunes — analphabètes — se lancent dans une quête pour trouver quelqu’un capable de déchiffrer le cahier où leur père consignait ses pensées.

Le parallèle avec Blast tient à la rudesse du lien filial et à l’incommunicabilité entre les êtres. Gipi, comme Larcenet, travaille en noir et blanc avec un trait hachuré, nerveux, qui refuse toute complaisance graphique. Le récit aborde la transmission — ou son échec —, le langage comme outil de pouvoir et la violence comme mode de survie. Dans un registre post-apocalyptique proche de La Route de McCarthy, La Terre des fils interroge ce qui reste de l’humain quand la civilisation s’effondre. Un album sec et âpre, qui ne lâche pas son lecteur·ice.


6. Sabrina (Nick Drnaso, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Une jeune femme disparaît. Son compagnon Teddy, effondré, se réfugie chez Calvin, un ami d’enfance employé par l’armée de l’air américaine. Puis une vidéo du meurtre de Sabrina circule sur Internet. Aussitôt, les théories du complot se déchaînent, le harcèlement en ligne s’abat sur les proches, et la vérité se noie sous les flots de désinformation.

Nick Drnaso dessine dans un style volontairement atone — visages lisses, couleurs ternes, décors standardisés — qui traduit l’engourdissement affectif de ses personnages et l’uniformité d’une Amérique anesthésiée. Première bande dessinée nommée au Man Booker Prize, Sabrina partage avec Blast un regard sans complaisance sur l’isolement et le délitement du lien social.

Là où Larcenet décrivait la marge géographique et psychique de la France profonde, Drnaso cartographie celle d’une société hyperconnectée où la solitude n’a jamais été aussi totale. Le malaise qui s’installe dès les premières pages ne se dissipe pas.


7. L’Homme gribouillé (Serge Lehman & Frederik Peeters, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Betty Couvreur, quarantenaire en crise, découvre que sa mère Maud, célèbre autrice de livres pour enfants, subit depuis des années le chantage d’un personnage inquiétant : Max Corbeau. Avec sa fille Clara, Betty se lance sur la piste d’un secret de famille qui remonte à la nuit des temps, entre Paris noyé sous les pluies diluviennes et les forêts du Doubs.

Serge Lehman et Frederik Peeters tissent un thriller fantastique nourri de mythes européens — Golem, figures païennes, légendes enfouies — où le surnaturel s’infiltre dans le quotidien sans prévenir. Le noir et blanc somptueux de Peeters, avec ses nuances de gris et ses cadrages cinématographiques, rappelle la maîtrise graphique de Larcenet dans Blast. On retrouve ici la même montée en puissance du récit, la même capacité à faire cohabiter le trivial et l’effroi. La question de la filiation — centrale dans Blast — irrigue toute la narration, portée par trois générations de femmes confrontées à un héritage monstrueux.


8. Proies faciles (Miguelanxo Prado, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Espagne, 2014. En l’espace de quelques jours, plusieurs cadavres sont découverts à travers la Galice. Les victimes travaillent toutes dans le secteur bancaire. L’inspectrice Tabares et son adjoint Sotillo tentent de remonter le fil d’une série de meurtres qui semble orchestrée comme un acte de justice populaire, en réponse aux ravages des placements toxiques sur les petits épargnants.

Miguelanxo Prado signe un polar social en noir et blanc au réalisme tranchant, où les visages burinés des personnages trahissent autant la fatigue que la colère. Si Blast décortiquait la marginalité d’un individu broyé par le système, Proies faciles élargit cette colère à l’échelle collective : celle d’une société spoliée par la finance, où les vrais coupables échappent à toute sanction. Le dessin au crayon et au lavis de Prado, dans ses teintes grises et froides, installe une atmosphère de résignation et de rage contenue qui n’est pas sans rappeler l’amertume sourde qui traverse l’ensemble de la tétralogie de Larcenet.


9. Le Grand Vide (Léa Murawiec, 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans une mégapole fictive, la survie de chaque individu dépend de sa « Présence » — c’est-à-dire du nombre de personnes qui pensent à lui. Si l’on vous oublie, vous mourez. Manel Naher, jeune libraire discrète, voit son existence menacée lorsqu’une chanteuse célèbre qui porte le même nom accapare toute l’attention. Acculée, elle hésite entre la course à la notoriété et la fuite vers le « Grand Vide » qui entoure la ville.

Léa Murawiec construit une dystopie acérée sur le besoin d’exister aux yeux des autres, nourrie par la logique des réseaux sociaux poussée à son point de rupture. Réalisé à l’encre de Chine en bichromie (bleu, rouge, noir), l’album frappe par son énergie graphique et son sens du rythme. Le lien avec Blast se situe dans la tension entre l’individu et la masse : Polza Mancini fuyait la société pour se perdre dans la nature ; Manel Naher fuit la ville pour se perdre dans le vide. Deux figures de la marge, deux refus viscéraux du conformisme.

error: Contenu protégé