Publiée entre 2005 et 2010 chez Gallimard, Aya de Yopougon est une série de bande dessinée en six tomes scénarisée par Marguerite Abouet et dessinée par Clément Oubrerie. Elle dépeint le quotidien d’Aya et de ses proches dans le quartier populaire de Yopougon, à Abidjan, durant les années 1970, période faste de la Côte d’Ivoire.
Saluée par la critique et couronnée du prix du premier album au Festival d’Angoulême en 2006, la série s’est écoulée à plus de 500 000 exemplaires et a été adaptée en film d’animation en 2013. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Akissi de Paris (Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, 2024)

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Prolongement direct de l’univers d’Aya de Yopougon, Akissi de Paris suit la petite sœur spirituelle d’Aya, déjà héroïne de la série jeunesse Akissi (onze tomes). Ici, la jeune fille de douze ans quitte la Côte d’Ivoire pour faire sa rentrée dans un collège parisien aux côtés de son frère Fofana. Entre nouveaux codes sociaux, amitiés à bâtir et nostalgie du pays, Akissi se heurte à un choc culturel qu’elle surmonte avec l’aplomb et la malice qu’on lui connaît.
Marguerite Abouet puise une fois de plus dans ses propres souvenirs — elle a elle-même quitté Abidjan à douze ans pour la région parisienne — et retrouve le ton à la fois comique et tendre qui a fait le succès d’Aya de Yopougon. Le dessin de Mathieu Sapin, enjoué et expressif, assure une continuité graphique fluide avec l’univers de Clément Oubrerie. Pour qui a aimé la gouaille abidjanaise d’Aya, ce premier tome constitue la suite la plus naturelle.
2. La vie de Pahé (Pahé, 2006)

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Sous le vrai nom de Patrick Essono, Pahé est un caricaturiste et auteur gabonais né à Bitam, au nord du Gabon. Dans cette bande dessinée autobiographique en deux tomes publiés chez Paquet, il retrace son enfance au sein d’une famille très nombreuse — son père avait plus de dix épouses — puis son départ pour la France, où il découvre la neige, la télévision et les supermarchés avec un regard à la fois médusé et narquois.
Le ton est cru, l’humour bien senti, et la tendresse affleure au détour de chaque page. Pahé manie l’autodérision avec un sens aigu du récit, et son trait caricatural, hérité de ses années de dessin de presse, sert à merveille le rythme enlevé de ses anecdotes. Comme Aya de Yopougon, La vie de Pahé raconte l’Afrique loin des clichés misérabilistes, avec verve et sincérité, et porte un regard incisif sur les décalages entre la vie en Afrique centrale et celle en Europe.
3. Djarabane (Adjim Danngar, 2023)

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« Djarabane » signifie « que faire » en langue sara. Dans ce roman graphique publié chez Delcourt, l’auteur tchadien Adjim Danngar met en scène Kandji, un garçon de sept ans qui grandit à Sarh en 1984, alors que le Tchad traverse l’une des périodes les plus violentes de son histoire, sous le régime de Hissène Habré. Ébloui par une peinture aux couleurs chatoyantes accrochée dans le salon familial, l’enfant se fait la promesse de devenir peintre.
Le récit, entre autofiction et chronique sociale, se déploie en un noir et blanc nerveux, ponctué d’éclats de couleur réservés aux seules peintures qui nourrissent les rêves de Kandji. Là où Aya de Yopougon capte l’insouciance d’une jeunesse ivoirienne dans un contexte économique favorable, Djarabane saisit la force des aspirations enfantines dans un climat de précarité politique. Les deux récits partagent cette capacité à restituer un quotidien africain à hauteur d’enfant, avec une énergie contagieuse.
4. Petit pays (Marzena Sowa et Sylvain Savoia, 2024)

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Adaptation en bande dessinée du roman éponyme de Gaël Faye, prix Goncourt des lycéens 2016, cet album paru chez Dupuis dans la collection Aire Libre retrace l’enfance de Gaby, dix ans, à Bujumbura, capitale du Burundi. Fils d’un père français et d’une mère rwandaise, Gaby voit son quotidien insouciant fracassé par la montée des tensions ethniques, le divorce de ses parents et, bientôt, le génocide des Tutsi au Rwanda voisin.
Marzena Sowa et Sylvain Savoia, déjà auteurs de la remarquable série Marzi sur l’enfance en Pologne communiste, transposent le texte de Faye avec une justesse saisissante. Le trait semi-réaliste de Savoia et la narration limpide de Sowa font de ce récit initiatique une lecture bouleversante. Comme dans Aya de Yopougon, c’est le regard d’un enfant qui sert de filtre pour raconter un continent et une époque, et c’est la perte de l’innocence qui donne au récit toute sa gravité.
5. Les Cahiers d’Esther (Riad Sattouf, 2016)

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Prépubliée dans L’Obs puis éditée en album chez Allary Éditions, cette série en neuf tomes suit Esther de ses dix ans à ses dix-huit ans, à raison d’un volume par année scolaire. Chaque planche retranscrit une anecdote réelle confiée à Riad Sattouf par une adolescente dont le prénom a été changé. Écoles, amitiés, réseaux sociaux, premiers émois, attentats, confinement : Esther traverse la décennie 2010 avec un franc-parler redoutable.
La parenté avec Aya de Yopougon tient au dispositif narratif : une voix féminine raconte son époque à travers le prisme de sa vie quotidienne, entre humour et lucidité. Là où Aya décrit la Côte d’Ivoire des années 1970, Esther dresse un portrait sans filtre de la jeunesse française contemporaine. Les deux séries partagent un même goût pour l’observation sociale fine et un sens du dialogue qui donne à leurs personnages une présence immédiate. La série, vendue à plus de deux millions d’exemplaires, a été adaptée en dessin animé sur Canal+.
6. Famille nombreuse (Chadia Chaïbi-Loueslati, 2017)

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Dans ce roman graphique autobiographique publié chez Marabout, Chadia Chaïbi-Loueslati retrace l’épopée de ses parents, « le Daron » et « Omi », venus de Tunisie s’installer en France dans les années 1960. Au fil des naissances — onze enfants au total —, la famille s’adapte aux codes d’un pays inconnu avec une organisation sans faille, pilotée par une mère d’une énergie à toute épreuve.
Le dessin en noir et blanc, épuré et très lisible, avec ses grands aplats d’encre, rappelle la ligne graphique de Persepolis de Marjane Satrapi. Mais le ton, lui, évoque davantage la chaleur et la légèreté d’Aya de Yopougon : même humour tendre, même regard sans amertume sur l’immigration, même capacité à transformer les situations les plus cocasses du quotidien en petites scènes inoubliables. Lauréat du prix Dubreuil de la SGDL, l’album a connu une suite avec Nos vacances au bled.
7. Les Pays d’Amir (Séverine Vidal et Adrián Huelva, 2023)

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Publié chez Bamboo dans la collection Grand Angle, cet album raconte le parcours d’Amir, réfugié syrien et cuisinier passionné, qui se retrouve en France démuni de tout après l’incendie de son squat. Lors d’une maraude, il croise Solange, infirmière au grand cœur, qui lui propose de l’héberger chez elle. Mais Marcel, le père de Solange, restaurateur aigri au racisme bien ancré, voit d’un très mauvais œil l’arrivée de ce jeune étranger.
Séverine Vidal signe un scénario tout en finesse, où les tensions familiales et les préjugés se dénouent progressivement grâce à la cuisine — trait d’union sensoriel entre les cultures. Les couleurs lumineuses d’Adrián Huelva apportent une douceur inattendue à un sujet grave. Comme Aya de Yopougon, Les Pays d’Amir aborde la question de l’identité culturelle et de l’ancrage dans un lieu avec humanité et sans manichéisme. L’album a reçu le prix Francomics 2024 en Allemagne.
8. Écoute, jolie Márcia (Marcello Quintanilha, 2021)

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Fauve d’or du meilleur album au Festival d’Angoulême 2022, ce roman graphique de l’auteur brésilien Marcello Quintanilha met en scène Márcia, infirmière dans un hôpital près de Rio, qui vit dans une favela avec son compagnon Aluísio. Sa fille Jaqueline, jeune adulte frondeuse, fréquente les membres d’un gang local et entraîne sa mère dans une spirale de menaces et de démêlés avec la police.
Le récit frappe par sa construction dramatique serrée et par la palette chromatique audacieuse de Quintanilha, qui oppose des aplats de couleurs pastel à la dureté du quotidien dans les favelas. On est loin d’Abidjan, mais le lien avec Aya de Yopougon se tisse dans la manière de camper des personnages féminins puissants, ancrés dans un tissu social dense, et de raconter des vies populaires sans misérabilisme ni complaisance. Quintanilha, comme Abouet, sait capter l’énergie d’un quartier et la force des liens familiaux avec une sincérité peu commune.