Aya de Yopougon est une série de bande dessinée scénarisée par Marguerite Abouet et dessinée par Clément Oubrerie, publiée chez Gallimard à partir de 2005. Elle compte à ce jour huit tomes (le dernier paru en 2023), traduits en plus de vingt langues, et s’est écoulée à plus de 500 000 exemplaires. Le premier tome a reçu le prix du meilleur premier album au festival d’Angoulême 2006 et figure sur la liste des titres recommandés par le ministère de l’Éducation nationale pour les classes de 4e et 3e.
L’intrigue se déroule à la fin des années 1970 dans le quartier populaire de Yopougon, à Abidjan — surnommé « Yop City » par ses habitants — et suit trois jeunes femmes de dix-neuf ans : Aya, sérieuse et déterminée à devenir médecin, et ses amies Adjoua et Bintou, davantage portées sur les sorties dans les maquis (les bars-restaurants populaires de Côte d’Ivoire) et les histoires de cœur. Chronique sociale à la fois drôle et lucide, la série donne à voir une Côte d’Ivoire loin des clichés misérabilistes, avec un humour très vif et une galerie de personnages attachants.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir dévoré les aventures d’Aya et de sa bande, voici quelques suggestions. Tous les titres présentés ici s’adressent à un lectorat comparable à celui d’Aya de Yopougon — globalement de 12 ans à l’âge adulte.
1. Akissi de Paris (Marguerite Abouet & Mathieu Sapin, 2024)

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Akissi, la petite sœur turbulente d’Aya, a grandi. Après onze tomes de bêtises à Yopougon aux côtés de son singe Boubou et de son frère Fofana, elle quitte la Côte d’Ivoire pour faire sa rentrée dans un collège parisien. Le choc est immédiat : les pigeons remplacent les margouillats (les petits lézards omniprésents en Afrique de l’Ouest), les voitures s’arrêtent poliment aux passages piétons, et se faire des ami·es quand on débarque d’Abidjan relève du sport de haut niveau. Accompagnée de Fofana, envoyé à Paris contre son gré, Akissi doit composer avec de nouveaux codes, une météo franchement hostile et la nostalgie du pays.
Ce premier tome ouvre une nouvelle série, distincte de la série Akissi originale (qui se poursuit en parallèle à Yopougon). Plus long que les habituelles histoires courtes de six planches — ici, 80 pages d’un récit continu —, il offre à Marguerite Abouet l’espace pour raconter le déracinement et l’adaptation d’une préadolescente ivoirienne à la vie parisienne. Le sujet est directement autobiographique : Abouet a elle-même quitté Abidjan pour Paris à l’âge de douze ans, hébergée chez son grand-oncle maternel. L’album sonne juste, drôle et parfois incisif sur les malentendus culturels, sans caricaturer ni les Parisien·nes ni les Ivoirien·nes.
Âge conseillé : à partir de 12 ans (Gallimard Jeunesse). Accessible dès le début du collège.
2. La vie de Pahé – Tome 1 : Bitam (Pahé, 2006)

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Direction le Gabon, où le dessinateur de presse Pahé (Patrick Essono de son vrai nom) retrace avec autodérision son enfance entre le petit village de Bitam, au nord du pays, et la France. Né dans une famille où la polygamie est la norme — son père avait plus de dix épouses —, le jeune Pahé découvre successivement l’école primaire de Libreville, l’avion (et ses toilettes, source d’incompréhension totale), la neige, la télévision française et les hypermarchés Mammouth.
L’humour ne fait jamais l’économie de la gravité : la mort de « Maman Odette », les coups de chicotte (le fouet utilisé comme punition à l’école) de l’instituteur local ou les élections à candidat unique d’Omar Bongo — président du Gabon pendant 42 ans, de 1967 à 2009 — sont évoqués sans détour. Formé au dessin de presse satirique dans les journaux gabonais, Pahé possède un trait caricatural, volontairement enfantin, qui colle parfaitement au ton du récit : un regard d’enfant à la fois espiègle et sans concession sur le Gabon et la France des années 1980. Comme Aya de Yopougon, La vie de Pahé raconte l’Afrique par le quotidien, la famille et l’humour plutôt que par la guerre ou la famine — et donne envie d’y retourner dès la dernière page tournée.
Âge conseillé : public ados-adultes. Quelques scènes abordent des sujets sensibles (deuil, violence scolaire), mais le ton reste accessible dès 13-14 ans.
3. L’Arabe du futur – Tome 1 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1978-1984 (Riad Sattouf, 2014)

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Né en 1978 d’une mère bretonne et d’un père syrien, Riad Sattouf raconte son enfance brinquebalée entre la Libye de Kadhafi, la Syrie d’Hafez Al-Assad et la Bretagne. Son père, universitaire convaincu par le panarabisme — ce courant politique qui rêvait d’unir tous les pays arabes en une seule nation moderne et puissante —, accepte un poste de professeur à Tripoli, puis à Damas. Il veut faire de son fils blond un « Arabe du futur » : éduqué, moderne, victorieux. La réalité est nettement moins glorieuse : logements vétustes à Tripoli, magasins vides, cousins hostiles en Syrie qui traitent le petit Riad de « juif » à cause de ses cheveux clairs. Le décalage permanent entre les discours paternels grandiloquents et la rudesse du quotidien forme le moteur comique — et tragique — du récit.
Récompensé par le Fauve d’or au festival d’Angoulême 2015 (la plus haute distinction du festival), ce premier tome couvre les années 1978 à 1984 et ouvre une saga autobiographique en six volumes (plus de 3,5 millions d’exemplaires vendus, traductions en 23 langues). Sattouf attribue une couleur dominante à chaque pays — le jaune pour la Libye, le rose pour la Syrie, le bleu pour la France — ce qui permet au lecteur de se repérer immédiatement dans les allers-retours géographiques. Le regard d’enfant sur les régimes autoritaires arabes des années 1980 — à la fois naïf et d’une lucidité impitoyable — produit un effet très particulier : on rit beaucoup, mais on comprend aussi très concrètement ce que signifie vivre sous une dictature au quotidien.
Âge conseillé : ados-adultes. Parfaitement lisible dès 13-14 ans ; un lectorat plus âgé y trouvera une dimension géopolitique et familiale supplémentaire.
4. Commissaire Kouamé – Tome 1 : Un si joli jardin (Marguerite Abouet & Donatien Mary, 2017)

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Marguerite Abouet s’essaie au polar, et c’est aussi déjanté qu’on pouvait l’espérer. À Abidjan, un magistrat respecté — Traoré Compliqué, rien que ça — est retrouvé assassiné dans un minable hôtel de passe — un établissement loué à l’heure, si vous voyez le genre. Surnommé « le scorpion urbain », le commissaire Marius Kouamé est mis sur l’affaire avec son fidèle adjoint Arsène — un Blanc collectionneur de petites voitures — et traque les suspects avec des méthodes d’interrogatoire aussi incongrues qu’efficaces (on n’en dira pas plus).
Le ton est aux antipodes de la douceur d’Aya : ici, on est dans le polar noir saupoudré d’absurde, avec des scènes de violence crue tempérées par un humour corrosif. Abouet retrouve la verve ivoirienne de ses dialogues, et le dessin de Donatien Mary — expressif, nerveux, avec un sens du mouvement qui rend les scènes d’action presque cinématographiques — colle idéalement à ce registre. L’album a reçu le prix BD du polar SNCF 2019 et trois tomes sont parus à ce jour. Si vous avez aimé le franc-parler de Yopougon, vous retrouverez ici la même gouaille abidjanaise, cette fois au service d’une enquête criminelle.
Âge conseillé : à partir de 15 ans. Le contenu (meurtre, prostitution, violence policière, corruption) s’adresse en priorité à un lectorat adolescent confirmé ou adulte.
5. Celle que je ne suis pas (Vanyda, 2008)

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Valentine a quatorze ans, un doudou panda qu’elle cache honteusement, un béguin inavoué pour un certain Félix et un groupe de copines — Émilie, Julie, Yamina — avec qui elle partage les récréations, les premiers verres de trop et les conversations sans fin sur les garçons. Problème : au milieu de ses amies volubiles et sûres d’elles, Valentine reste en retrait. Elle joue un rôle, sourit quand il faut, se tait le reste du temps. Le titre résume tout.
Premier volet d’une trilogie qui suit Valentine de la troisième à la première (complétée par Celle que je voudrais être et Celle que je suis), ce récit en noir et blanc s’ancre dans un réalisme minutieux du quotidien adolescent : copies d’examen scannées, emplois du temps recopiés, langage « de djeuns » non édulcoré. Formée aux Beaux-Arts de Tournai, Vanyda adopte un style graphique fortement influencé par le manga — trames de gris, cadrages serrés sur les visages, longs passages sans dialogue où l’émotion passe par le regard. L’ensemble compose une chronique de l’adolescence d’une justesse peu commune, qui ne cherche jamais à dramatiser ni à moraliser. On est loin d’Abidjan, mais comme dans Aya, ce sont les dynamiques de groupe qui portent le récit : les rapports de force entre amies, les choses qu’on n’ose pas dire, les rôles qu’on joue pour appartenir.
Âge conseillé : à partir de 14 ans (Fnac, PlanèteBD). Public ados-adultes.
6. Persepolis (Marjane Satrapi, 2000)

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Téhéran, 1978. Marjane a dix ans, des parents intellectuels et militants, un oncle communiste qu’elle adore, et un projet de carrière tout trouvé : devenir prophète. Mais la révolution islamique de 1979 — qui renverse le régime du Shah pour instaurer une théocratie dirigée par l’ayatollah Khomeini — bouleverse tout. Le voile devient obligatoire à l’école, les libertés individuelles reculent, puis la guerre Iran-Irak (1980-1988) éclate et s’enlise pendant huit ans. Les quatre tomes de Persepolis suivent Marjane de cette enfance téhéranaise à son départ définitif pour la France en 1994 : son exil en Autriche à quatorze ans (ses parents l’y envoient pour la mettre à l’abri), ses années de galère et de solitude en Europe, et son retour difficile dans un Iran qui a profondément changé.
Publiée en quatre tomes chez L’Association entre 2000 et 2003 (et disponible en intégrale), Persepolis est la première bande dessinée iranienne et l’un des plus grands succès de la BD indépendante européenne : plus d’un million d’exemplaires vendus en France, des traductions dans une vingtaine de langues, une adaptation en film d’animation récompensée par le prix du jury à Cannes en 2007. Le dessin en noir et blanc — sans nuances de gris, uniquement des aplats tranchés — est d’une simplicité trompeuse : il suffit à rendre aussi bien l’oppression politique que les scènes de comédie familiale. Le regard de Marjane enfant sur la révolution rappelle celui du petit Riad dans L’Arabe du futur : décalé, drôle malgré la gravité, et d’une franchise qui ne ménage personne — à commencer par l’autrice elle-même.
Âge conseillé : à partir de 12-13 ans selon les libraires. Les thèmes — guerre, exil, torture, dépression — sont traités avec suffisamment de distance pour rester accessibles à un public adolescent.
7. Les Cahiers d’Esther – Tome 1 : Histoires de mes 10 ans (Riad Sattouf, 2016)

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Chaque semaine, une fille d’aujourd’hui se confie à Riad Sattouf. Elle lui raconte sa vie, ses amies, ses idoles, ses angoisses, et il en tire une planche de BD publiée dans L’Obs. Le résultat, rassemblé en albums annuels, suit la jeune Esther de ses 10 ans (CM1) jusqu’à ses 18 ans (terminale), soit neuf tomes parus entre 2016 et 2024. Dans ce premier volume, Esther fréquente une école privée parisienne, adore son père, se demande qui sont Kendji Girac et Tal, et découvre ce qu’est le « petit pont massacreur ». Les attentats de janvier 2015 sont vus à hauteur d’enfant — et le décalage entre la gravité du sujet et la perception enfantine produit des pages saisissantes.
L’originalité du projet tient à sa méthode : la série repose sur les confidences d’une vraie personne (dont le prénom a été changé), et Sattouf ne corrige rien, ne moralise pas. Si Esther est injuste, mesquine ou naïve, il retranscrit fidèlement. La série — vendue à plus de 2 millions d’exemplaires et adaptée en dessin animé sur Canal+ — est présentée par l’éditeur comme des « histoires d’enfants pas forcément pour les enfants » : les adultes y trouvent un miroir de leur époque, vu depuis la cour de récréation. Le trait bichromique (une seule couleur en plus du noir) et la structure en une planche par épisode rendent la lecture très fluide.
Âge conseillé : dès 10 ans pour la lecture, mais la série s’adresse tout autant (voire davantage) aux adultes, comme le souligne l’éditeur Allary Éditions. Certains parents signalent un vocabulaire parfois cru — mais c’est aussi ce vocabulaire qui rend le portrait crédible.
8. American Born Chinese (Gene Luen Yang, 2006)

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Trois récits en apparence sans rapport. Le premier suit le Roi-Singe, figure légendaire du roman du XVIe siècle La Pérégrination vers l’Ouest (l’un des textes fondateurs de la littérature chinoise, aussi connu que L’Odyssée en Occident), qui refuse d’accepter sa condition de singe et défie les dieux du ciel. Le deuxième raconte le quotidien de Jin Wang, un garçon sino-américain qui déménage en banlieue et se retrouve seul élève d’origine chinoise dans son école — cible de préjugés lourds et de moqueries répétées sur ce que les Chinois sont censés manger ou faire. Le troisième met en scène Danny, un lycéen populaire dont la vie est sabordée chaque année par les visites de son cousin Chin-Kee, incarnation ambulante de tous les stéréotypes anti-asiatiques (accent caricatural, dents en avant, répliques humiliantes). Comment ces trois fils se rejoignent ? C’est toute l’astuce du livre — et il serait criminel de gâcher la surprise.
Publié aux États-Unis en 2006 (First Second) et traduit en français l’année suivante chez Dargaud, American Born Chinese a raflé le prix Michael L. Printz (la plus haute distinction américaine pour la littérature young adult) et l’Eisner Award du meilleur album (l’équivalent des Oscars pour la bande dessinée aux États-Unis), et a été finaliste du National Book Award — une première pour une BD. Gene Luen Yang y aborde la honte de ses origines, la pression de l’assimilation et le prix à payer quand on renie ce qu’on est, avec un mélange d’humour, de mythologie chinoise et de satire sociale. Le trait clair et coloré, à mi-chemin entre la BD américaine et l’influence asiatique, rend la lecture accessible même sans connaître les références culturelles chinoises. Et la question centrale du livre — qu’est-ce qu’on sacrifie de soi-même pour être accepté·e par les autres ? — parlera à quiconque s’est un jour senti·e « pas à sa place ».
Âge conseillé : public ados-adultes (PlanèteBD). Accessible dès 12-13 ans ; recommandé aux États-Unis pour les young adults (12-18 ans).