Créée le 29 octobre 1959 par le scénariste René Goscinny et le dessinateur Albert Uderzo dans le premier numéro du journal Pilote, Astérix met en scène un village gaulois qui résiste encore et toujours à l’envahisseur romain grâce à la potion magique de son druide Panoramix. Portée par des jeux de mots savoureux, des anachronismes assumés et un duo de héros complémentaires, la série est devenue un pilier de la bande dessinée franco-belge, traduite en plus de 110 langues. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Oumpah-Pah (René Goscinny et Albert Uderzo, 1958)

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Avant Astérix, Goscinny et Uderzo avaient déjà rodé leur tandem sur Oumpah-Pah, paru dès 1958 dans le Journal de Tintin. L’action se déroule au XVIIIᵉ siècle en Nouvelle-France, où le guerrier Shavashava Oumpah-Pah fait équipe avec Hubert de la Pâte Feuilletée, aristocrate français surnommé « Double-Scalp » à cause de sa perruque. Le décalage entre le fier guerrier autochtone et le gentilhomme empêtré dans ses bonnes manières constitue le ressort comique principal de la série.
On retrouve ici les mêmes ingrédients que dans Astérix : un duo de personnages opposés, un humour fondé sur les anachronismes et les chocs culturels, et le trait déjà très expressif d’Uderzo. La série fut abandonnée en 1961, car Goscinny et Uderzo choisirent de se consacrer pleinement au petit Gaulois, mais ses cinq épisodes, réunis en intégrale aux Éditions Albert René, témoignent d’une complicité créative déjà parfaitement huilée.
2. Johan et Pirlouit (Peyo, 1952)

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Créée par Peyo dans le journal Spirou en 1952, cette série suit les péripéties de Johan, jeune page puis chevalier au service d’un roi débonnaire, et de Pirlouit, nain farceur, gourmand et piètre musicien, juché sur sa chèvre Biquette. Leurs aventures se déroulent dans un Moyen Âge de fantaisie peuplé de seigneurs félons, de Vikings belliqueux et de sorciers retors.
Comme Astérix, Johan et Pirlouit repose sur un duo asymétrique — le preux et le bouffon — et mêle avec habileté action, humour et touches de merveilleux. Le talent de conteur de Peyo éclate dans des récits où les grandes batailles côtoient les gags les plus inattendus. C’est d’ailleurs dans le neuvième album, La Flûte à six schtroumpfs (1958), que les célèbres lutins bleus font leur toute première apparition, avant d’éclipser leurs créateurs. Les treize tomes signés par Peyo lui-même restent un pilier de la BD franco-belge, à redécouvrir en intégrale chez Dupuis.
3. Les Tuniques bleues (Raoul Cauvin et Louis Salvérius, 1968)

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Lancée en 1968 dans Spirou par Raoul Cauvin au scénario et Louis Salvérius au dessin, Les Tuniques bleues transpose le principe du duo comique en pleine guerre de Sécession américaine. Le sergent Chesterfield, militariste zélé et obsédé par les honneurs, et le caporal Blutch, antimilitariste convaincu qui ne rêve que de désertion, forment un binôme aussi irrésistible que celui d’Astérix et Obélix — le gros enthousiaste et le petit malin, pris dans des événements qui les dépassent.
Sous le vernis comique, la série porte un regard acide sur l’absurdité de la guerre, la bêtise hiérarchique et la vanité des galons. Après la disparition prématurée de Salvérius en 1972, Willy Lambil reprend le dessin et perpétue ce savant dosage d’humour et de véracité historique. Avec plus de vingt et un millions d’albums écoulés et plus de soixante tomes au compteur, la série est l’un des plus grands succès de Dupuis.
4. Kaamelott (Alexandre Astier et Steven Dupré, 2006)

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Déclinaison en bande dessinée de la célèbre série télévisée d’Alexandre Astier, Kaamelott en BD paraît en novembre 2006 chez Casterman, avec des dessins du Flamand Steven Dupré. On y retrouve le roi Arthur et ses chevaliers de la Table ronde dans des aventures inédites, parallèles au Livre I de la série TV. Chaque tome forme un récit complet, du combat contre l’Armée du Nécromant à la traversée de l’Antre du Basilic, et la série compte désormais dix volumes.
Les amateurs et amatrices d’Astérix seront en terrain connu : même mélange de légende revisitée et d’humour contemporain, mêmes joutes verbales entre personnages aux tempéraments inconciliables. Le roi Arthur partage avec le petit Gaulois cette lassitude résignée face à l’incompétence de son entourage. Les dialogues d’Astier, ciselés et volontiers absurdes, fonctionnent à merveille sur la page, et le dessin semi-réaliste de Dupré donne corps à cet univers arthurien délicieusement dysfonctionnel.
5. Ratafia (Nicolas Pothier et Frédérik Salsedo, 2005)

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Parue en 2005 aux éditions Milan, Ratafia suit l’équipage du navire pirate la Kouklamou, tombé entre les mains d’un capitaine pour le moins atypique : un lettré qui préfère les livres à l’or et entraîne ses forbans d’île en île, neuf cartes au trésor en poche. Le scénario de Nicolas Pothier — par ailleurs ancien collaborateur de la franchise Astérix dans le jeu vidéo — regorge de jeux de mots, de clins d’œil littéraires et d’un humour absurde qui n’est pas sans rappeler les meilleurs gags de Goscinny.
À partir du tome 6, Johan Pilet succède à Salsedo au dessin, avec Greg Salsedo aux couleurs. L’esprit reste le même : un ton cartoonesque, des situations loufoques et un amour de la langue qui évoque Achille Talon autant qu’Astérix. La série a été sélectionnée au festival d’Angoulême en catégorie jeunesse et récompensée au festival Lyon BD en 2006. Huit tomes parus, à découvrir d’urgence.
6. Walhalla (Nicolas Pothier et Marc Lechuga, 2013)

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Toujours signé Nicolas Pothier, Walhalla adopte cette fois le point de vue des Vikings. En l’an 1011, sur la petite île volcanique de Rvahr, tous les habitants font le même rêve — un funeste présage qui annonce la destruction imminente du village par la lave. Le sage Dahmar refuse cette fatalité et embarque à la recherche d’une terre d’accueil avec deux guerriers : l’agité Rudolf et le placide Brömur. Leur périple les mène d’abord en Écosse, puis du côté de Sherwood et jusqu’en Irlande.
Les parallèles avec Astérix sont assumés : un trio de héros complémentaires, des noms à double sens (Brömur, Toubibdegard, Apar…), des peuples caricaturés avec malice et un humour fondé sur le décalage culturel. Le dessin de Marc Lechuga, dynamique et expressif, rappelle volontiers celui d’Uderzo. Le premier tome a été sélectionné en catégorie jeunesse au festival d’Angoulême 2014. Trois volumes parus chez Glénat, à lire en famille.
7. De cape et de crocs (Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou, 1995)

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Publiée chez Delcourt de 1995 à 2016, cette série en douze tomes entraîne deux gentilshommes du XVIIᵉ siècle — Don Lope de Villalobos y Sangrin, loup espagnol, et Armand Raynal de Maupertuis, renard gascon — dans une chasse au trésor épique, de Venise jusqu’à la Lune. Le scénario d’Alain Ayroles multiplie les références à Molière, à la commedia dell’arte, à Cyrano de Bergerac et au Roman de Renart, sans jamais verser dans le pédantisme.
Là où Astérix puise dans l’Antiquité gauloise, De cape et de crocs s’ancre dans le Grand Siècle, mais les deux séries partagent le goût du panache, des répliques ciselées et d’un humour qui mêle érudition et cocasserie débridée. L’usage d’animaux anthropomorphes ajoute un niveau de lecture supplémentaire, dans la tradition de La Fontaine. Les planches somptueuses de Jean-Luc Masbou, qui assure aussi la mise en couleurs, achèvent de faire de cette série un classique de la bande dessinée d’aventure.
8. Thermae Romae (Mari Yamazaki, 2008)

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Ce seinen manga de Mari Yamazaki, prépublié au Japon dès 2008 dans le magazine Comic Beam et traduit en français chez Casterman en 2012, met en scène Lucius Modestus, architecte romain spécialisé dans les thermes sous le règne d’Hadrien (IIᵉ siècle). En panne d’inspiration, il découvre un mystérieux passage qui le propulse dans les bains publics du Japon contemporain, d’où il ramène des idées qui font sa renommée à Rome.
Le principe du choc culturel rappelle directement Astérix : comme les Gaulois confrontés aux Bretons ou aux Égyptiens, Lucius observe un monde étranger à travers le prisme de ses propres certitudes romaines. L’humour naît du décalage entre sa fierté de citoyen impérial et sa stupéfaction devant la technologie moderne. Mari Yamazaki, formée aux beaux-arts de Florence et passionnée par l’histoire de Rome, ancre sa fiction dans une documentation historique solide. La série a été récompensée par le prix Osamu Tezuka en 2010 et vendue à près de dix millions d’exemplaires au Japon.