L’Arabe du futur est une série de bande dessinée autobiographique en six tomes de Riad Sattouf, publiée entre 2014 et 2022 aux éditions Allary. L’auteur, né d’un père syrien et d’une mère française, y retrace son enfance et son adolescence entre la Libye de Kadhafi, la Syrie d’Hafez Al-Assad et la Bretagne.
Vendue à plus de 3,5 millions d’exemplaires et traduite en 23 langues, la série a reçu le Fauve d’or au Festival d’Angoulême en 2015. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Moi, Fadi, le frère volé (Riad Sattouf, 2024)

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Prolongement direct de L’Arabe du futur, cette nouvelle série adopte le point de vue de Fadi, le frère cadet de Riad, enlevé par leur père en 1992 et emmené en Syrie. Construit à partir de longs entretiens réalisés en 2011 et 2012, le récit restitue la parole de ce frère absent dont l’histoire constituait le « trou noir » de la saga familiale. Le premier tome couvre les années 1986 à 1994 et crée un remarquable effet miroir avec la série originale : des scènes déjà connues réapparaissent sous un éclairage inédit.
Publié aux éditions Les Livres du futur, l’album conserve les codes graphiques chers à Sattouf — un glissement progressif des couleurs, du jaune vers le rouge, qui traduit la violence du déracinement. Si L’Arabe du futur racontait l’enfance à travers le regard de l’aîné, Moi, Fadi, le frère volé donne corps à l’autre face du drame : celui de l’enfant arraché à sa mère, contraint d’apprendre une langue inconnue et de survivre dans un milieu hostile.
2. L’Odyssée d’Hakim (Fabien Toulmé, 2018)

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Fondée sur une soixantaine d’heures d’entretiens, cette trilogie publiée chez Delcourt retrace le parcours réel d’Hakim, jeune horticulteur syrien contraint de tout quitter après le soulèvement de 2011 contre le régime de Bachar Al-Assad. Emprisonné et torturé pour avoir secouru des manifestants blessés, il fuit la Syrie et traverse huit frontières — de la Jordanie à la Turquie, de la Grèce à la France — avant de retrouver sa famille à Aix-en-Provence. Le troisième tome a reçu le prix France Info de la bande dessinée d’actualité et de reportage en 2021.
Là où Riad Sattouf met en scène l’enfance tiraillée entre deux cultures, Fabien Toulmé place le récit à hauteur d’adulte, dans l’urgence de la survie et de l’exil forcé. Le trait, simple mais expressif, ne verse jamais dans le pathos : il restitue avec justesse les obstacles, les solidarités imprévues et la lente déshumanisation des politiques migratoires européennes. Un prolongement indispensable pour qui veut comprendre ce que signifie devenir « réfugié ».
3. Les Pays d’Amir (Séverine Vidal et Adrián Huelva, 2023)

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Amir, réfugié syrien et cuisinier passionné, perd le peu qu’il possédait dans l’incendie de son squat en France. Lors d’une maraude, il croise Solange, infirmière, qui décide de l’héberger chez elle avec sa famille. La cohabitation s’improvise : Jack, le mari, et les enfants finissent par accepter sa présence, mais Marcel, le père de Solange — restaurateur aigri au racisme bien ancré —, s’y oppose avec virulence. Quand ce dernier tombe malade, Amir propose spontanément de le remplacer aux fourneaux.
Publiée chez Bamboo (label Grand Angle), cette BD aborde l’accueil des migrants sous l’angle du quotidien domestique, sans pathos ni discours moralisateur. Séverine Vidal traite ses personnages avec finesse, y compris dans leurs contradictions et leurs failles. Le récit est ponctué de recettes de cuisine syrienne qui rythment la narration et incarnent, mieux que tout dialogue, le rapprochement entre deux mondes. Comme dans L’Arabe du futur, c’est la question du chez-soi — et de son absence — qui irrigue chaque page.
4. Prendre refuge (Zeina Abirached et Mathias Énard, 2018)

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Deux histoires d’amour s’entrelacent à quatre-vingts ans de distance. En 2016, à Berlin, Karsten, un jeune architecte allemand féru d’Orient, s’éprend de Nayla, réfugiée syrienne originaire d’Alep qui peine à trouver sa place dans une Europe peu hospitalière. En 1939, en Afghanistan, aux pieds des bouddhas de Bâmiyân, la voyageuse Anne-Marie Schwarzenbach tombe amoureuse d’une archéologue tandis que la Seconde Guerre mondiale éclate. Les deux récits se font écho : mêmes élans contrariés, mêmes fractures historiques.
Publié chez Casterman, cet album de 344 pages est né de la rencontre entre Zeina Abirached — dessinatrice libanaise au noir et blanc géométrique souvent rapproché de celui de Marjane Satrapi — et Mathias Énard, prix Goncourt 2015 pour Boussole. Si L’Arabe du futur narre le déracinement par l’autobiographie, Prendre refuge l’aborde par la fiction poétique, où la question centrale devient : que signifie « trouver asile » — dans un pays, dans une langue, dans le regard de l’autre ?
5. Kobané Calling (Zerocalcare, 2016)

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En 2014, le bédéiste italien Zerocalcare, envoyé par le magazine Internazionale, se rend aux confins de la Turquie, de l’Irak et du Kurdistan syrien pour documenter le siège de Kobané par les forces de l’État islamique. Sur place, il rencontre les combattantes kurdes du YPJ et les résistants du Rojava, dont les idéaux démocratiques, progressistes et féministes le marquent profondément. Le résultat est un reportage graphique qui mêle témoignage de terrain, réflexion géopolitique et autodérision débridée.
Traduit en français chez Cambourakis, Kobané Calling partage avec L’Arabe du futur la capacité de rendre limpides des contextes géopolitiques souvent simplifiés par les médias. Là où Sattouf adopte le regard de l’enfant, Zerocalcare joue la carte de l’adulte décalé, dont le récit regorge de références à la culture pop — de Resident Evil à Peppa Pig. Derrière l’humour, la gravité affleure en permanence : celle d’un conflit qui bouleverse des vies entières, racontées ici avec une sincérité et une justesse sans fard.
6. Persepolis (Marjane Satrapi, 2000-2003)

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Publiée en quatre tomes chez L’Association, Persepolis est la première bande dessinée iranienne et l’autobiographie dessinée la plus emblématique des années 2000. Marjane Satrapi y retrace son enfance à Téhéran pendant la révolution islamique de 1979, la guerre Iran-Irak, puis son adolescence difficile en Autriche et son retour en Iran, jusqu’à son départ définitif pour la France en 1994. Le film d’animation coréalisé avec Vincent Paronnaud a reçu le prix du jury au Festival de Cannes en 2007.
Le parallèle avec L’Arabe du futur saute aux yeux : même regard d’enfant sur un pays sous le joug d’un régime autoritaire, même humour pour désamorcer le tragique, même dessin en noir et blanc qui va droit à l’essentiel. Satrapi et Sattouf partagent aussi la question de la double appartenance — l’Orient et l’Occident, la langue maternelle et la langue d’exil — et la difficulté de construire son identité quand l’Histoire fracture les repères familiaux. Un classique absolu du roman graphique autobiographique.
7. Chroniques de Jérusalem (Guy Delisle, 2011)

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De septembre 2008 à septembre 2009, Guy Delisle s’installe avec sa famille à Jérusalem-Est, dans les locaux de Médecins sans frontières où travaille sa femme. Père au foyer et dessinateur, il tient un journal en images de son immersion dans une ville traversée par les passions et les conflits depuis quatre millénaires. Au fil des pages, il découvre les checkpoints, les colonies, les quartiers ultra-orthodoxes, la cohabitation impossible entre communautés — et réalise que tout ce qu’il croyait savoir était loin de la réalité. L’album a reçu le Fauve d’or au Festival d’Angoulême en 2012.
Publié chez Delcourt, cet album de près de 350 pages prolonge la veine des carnets de Delisle (Pyongyang, Shenzhen, Chroniques birmanes). Comme Sattouf, le Québécois excelle à dépeindre la complexité géopolitique avec un trait minimaliste et un humour pince-sans-rire. Si L’Arabe du futur déchiffre le Moyen-Orient par le prisme de l’enfance, Chroniques de Jérusalem le fait par celui de l’étranger curieux, observateur lucide des absurdités du quotidien en zone de conflit.
8. Les Saveurs du béton (Kei Lam, 2021)

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Née à Hong Kong en 1985, Kei Lam arrive en France à six ans. Vers ses dix ans, ses parents deviennent propriétaires d’un appartement dans la cité de la Noue, à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis. Ce roman graphique autobiographique — suite de Banana Girl (2017) — retrace sa préadolescence dans les grands ensembles des années 1990 : le collège, le centre commercial, la cohabitation multiculturelle, mais aussi le racisme ordinaire, les stéréotypes accolés à la communauté asiatique et les déconvenues administratives en préfecture. L’album a reçu le premier prix BD de la Porte Dorée en 2022.
Ancienne ingénieure en urbanisme, Kei Lam nourrit son récit d’une réflexion sur les liens entre architecture des grands ensembles et inégalités sociales. En noir et blanc, le trait expressif multiplie les trouvailles visuelles — l’autrice adulte surgit parfois dans le cadre pour interpeller la gamine qu’elle était. Comme L’Arabe du futur, Les Saveurs du béton est le récit d’une double culture, avec la même question lancinante : où se situe « chez soi » ?