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Que lire sur le Ku Klux Klan ?

Que lire sur le Ku Klux Klan ?

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Le 6 mai 1866, dans la petite ville de Pulaski, au Tennessee, six ex soldats confédérés fondent une société secrète. Le nom qu’ils lui donnent — dérivé du grec kuklos, « cercle », et agrémenté d’un redoublement de la lettre K qui ne signifie rien — a des allures de canular. Ce qui débute comme un passe-temps de vaincus oisifs, défilés nocturnes à cheval et déguisements grotesques destinés à effrayer les anciens esclaves fraîchement émancipés, se transforme en quelques mois en un outil de terreur au service de la suprématie blanche. Coups de fouet, incendies, lynchages : le Ku Klux Klan s’impose comme le bras armé d’un Sud qui refuse d’accepter l’abolition de l’esclavage et l’accès des Noirs à la citoyenneté.

L’organisation connaît trois vies. La première, née dans les décombres de la guerre de Sécession, est officiellement dissoute dès 1871 sous la pression du gouvernement fédéral, qui vote des lois pour réprimer ses violences. La deuxième, bien plus massive, émerge en 1915. Son catalyseur est un film, Naissance d’une nation de D.W. Griffith : cette superproduction hollywoodienne présente les Klansmen comme des héros défenseurs de la civilisation blanche — et connaît un succès colossal, jusqu’à être projeté à la Maison-Blanche. Dans la foulée, le Klan reconstitué ne cible plus seulement les Noirs, mais aussi les catholiques, les juifs et les immigrés. Il recrute des élus, des juges, des gouverneurs, et rassemble jusqu’à six millions de membres dans les années 1920. La troisième vie commence dans les années 1950 pour s’opposer au mouvement des droits civiques, avant de se fragmenter en une nébuleuse de groupuscules qui subsistent encore aujourd’hui.

Pour saisir l’ampleur de ce phénomène, voici quatre livres qui proposent des angles complémentaires. D’abord une synthèse historique pour poser les bases, puis un récit centré sur l’apogée politique du Klan dans les années 1920, et enfin deux témoignages d’infiltration — le premier dans les années 1940, le second dans les années 1970 — qui font voir l’organisation de l’intérieur.


1. Le Ku Klux Klan (Farid Ameur, 2016)

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Docteur en histoire et spécialiste des États-Unis, Farid Ameur propose la première synthèse en langue française consacrée au Ku Klux Klan. En un peu plus de deux cents pages, il retrace le parcours complet de l’organisation, depuis la réunion fondatrice de Pulaski jusqu’à l’ère Obama. Le livre s’attarde sur les mécanismes d’exclusion, les stratégies de recrutement et la hiérarchie interne d’un mouvement qui se rêve en ordre chevaleresque — avec un vocabulaire inventé de toutes pièces : le Grand Dragon dirige une région, le Sorcier Impérial commande l’ensemble, et les simples membres répondent au titre de « Goules ».

Farid Ameur montre que le KKK n’a jamais été un phénomène marginal. Ses membres ont infiltré le FBI, les assemblées locales, et même la présidence des États-Unis (Harry Truman a versé une cotisation au Klan du Missouri en 1924, avant de se rétracter et d’exiger le remboursement). Le livre rappelle aussi que la haine du Klan ne s’arrête pas à la couleur de peau : catholiques, juifs, immigrés et homosexuels figurent sur la liste de ses cibles. On regrettera toutefois l’absence de notes de bas de page — un choix éditorial difficile à comprendre pour un ouvrage d’histoire, même grand public. Pour le reste, cette synthèse constitue un socle solide : elle donne les repères chronologiques, les noms, les dates et les mécanismes sans lesquels les trois livres suivants seraient plus difficiles à situer.


2. Une poussée de fièvre : L’histoire de la femme qui a fait chuter le Ku Klux Klan (Timothy Egan, 2024)

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Lauréat du prix Pulitzer et du National Book Award, Timothy Egan se concentre sur la période la plus méconnue en France de l’histoire du Klan : son apogée politique dans les années 1920. Au centre du récit, un personnage à peine croyable : D.C. Stephenson, escroc et prédateur sexuel, devenu Grand Dragon de l’Indiana. Sa méthode pour étendre le Klan ne repose pas sur la terreur nocturne, mais sur la respectabilité : il fait porter le message suprémaciste par des pasteurs depuis leurs chaires, l’insère dans des pique-niques familiaux et des fêtes de quartier, et transforme l’adhésion au KKK en acte civique ordinaire. En deux ans, des juges, des sénateurs et le gouverneur de l’Indiana en personne affichent fièrement leur appartenance. Dans cet État, en 1923, un habitant sur trois est membre du Klan.

Mais le livre doit son sous-titre à une femme. Enseignante, Madge Oberholtzer est enlevée, séquestrée et violée par Stephenson. Elle parvient à s’enfuir, mais les sévices subis et le bichlorure de mercure qu’elle a ingéré pendant sa captivité — dans un geste de désespoir — la condamnent. Sur son lit de mort, elle dicte un témoignage circonstancié qui identifie nommément Stephenson. Le scandale est immense : le Grand Dragon est condamné à la prison à perpétuité, et l’ensemble de la structure politique du Klan s’effondre en quelques mois. Timothy Egan reconstitue cette affaire à partir d’articles de presse d’époque, de minutes du procès et de documents d’archives.

L’intérêt du livre ne s’arrête pas au récit de l’affaire Stephenson : Egan montre, pièces en main, comment le Klan des années 1920 a réussi à faire voter des lois anti-immigration et des mesures ségrégationnistes dont certaines ont survécu des décennies. La mécanique est limpide — un démagogue charismatique, une population qui ferme les yeux, des institutions complaisantes — et le parallèle avec d’autres époques s’impose de lui-même.


3. J’ai appartenu au Ku Klux Klan (Stetson Kennedy, 1996)

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On change ici de registre : fini le surplomb historique, place au témoignage de l’intérieur. Dans les années 1940, Stetson Kennedy, folkloriste et activiste né dans une famille aisée de Jacksonville (Floride) — dont un oncle était lui-même cadre du Klan —, décide d’infiltrer l’organisation sous une fausse identité. Réformé de l’armée à cause d’un problème de dos, il choisit de combattre le fascisme sur le sol américain plutôt qu’en Europe. Sous le nom de John S. Perkins, prétendu vendeur d’encyclopédies, il intègre un chapitre du Klan à Atlanta, assiste à une cérémonie d’initiation nocturne au sommet de Stone Mountain — un site symbolique pour le KKK, là même où le deuxième Klan a été refondé en 1915 —, prête un serment de sang et gravit les échelons de la confrérie jusqu’à devenir Klavalier, un grade qui implique l’usage de la force.

Le coup de maître de Kennedy, c’est l’arme qu’il choisit pour diffuser ses informations. Il transmet les mots de passe, les codes et les rituels du Klan aux producteurs de l’émission de radio Les Aventures de Superman, qui les intègrent dans un feuilleton en seize épisodes diffusé à des millions d’auditeur·ices. Le résultat dépasse ses espérances : privé du secret qui faisait sa force, le Klan devient un objet de moquerie. Les enfants répètent ses mots de passe dans les cours d’école. Les chefs locaux, furieux, changent leurs codes en urgence — ce qui sème la confusion dans leurs propres rangs. Le recrutement chute brutalement.

Après la publication de son récit, Kennedy reçoit des menaces de mort et s’exile en Europe pendant huit ans — il vit un temps sur une péniche à Paris. À chaque retour aux États-Unis, il retrouve ses maisons incendiées. Il faut cependant noter que l’historien Ben Green a montré, dans les années 1990, que certains épisodes du livre attribuaient à Kennedy des faits vécus par un autre informateur infiltré. Cette controverse ne disqualifie pas l’ensemble du témoignage, mais elle invite à le lire avec un minimum d’esprit critique. En revanche, personne ne conteste la valeur de ce récit pour comprendre le fonctionnement interne du Klan — ses rites, sa corruption, ses complicités au sein de la police et de la justice.


4. Le Noir qui infiltra le Ku Klux Klan (Ron Stallworth, 2018)

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Le titre dit presque tout, et pourtant l’histoire reste difficile à croire. Premier policier afro-américain de la brigade de renseignement de Colorado Springs, Ron Stallworth tombe, en octobre 1978, sur une petite annonce du Ku Klux Klan dans un quotidien local. Par pur culot, il répond au courrier — sous son vrai nom — et se fait passer pour un Blanc soucieux de « faire avancer la cause de la race blanche ». Deux semaines plus tard, le téléphone sonne. Et Stallworth, qui n’avait pas vraiment prévu la suite, se retrouve lancé dans une opération d’infiltration qui va durer neuf mois.

Le dispositif repose sur un tour de passe-passe : Stallworth gère tous les échanges téléphoniques, tandis qu’un collègue blanc, Chuck, le remplace physiquement lors des réunions. Pendant neuf mois, ce duo berne l’ensemble de la section locale du KKK — au point que Stallworth se voit offrir la direction du chapitre. Le sommet de l’absurde est atteint lorsque David Duke, alors Grand Sorcier national du Klan (et futur candidat au poste de gouverneur de Louisiane, puis à la présidence des États-Unis), se déplace à Colorado Springs. C’est Stallworth — celui-là même qui l’a berné au téléphone — qui est affecté à sa protection rapprochée. Il en profite pour se faire photographier le bras passé autour des épaules d’un Duke médusé.

Le livre a connu une seconde vie grâce à l’adaptation de Spike Lee, BlacKkKlansman, Grand Prix du jury à Cannes en 2018. Le récit de Stallworth vaut surtout pour ce qu’il révèle, avec un humour froid, de la bêtise opérationnelle des suprémacistes blancs. Duke lui-même, lors de leurs conversations téléphoniques, assure à Stallworth qu’il est capable de reconnaître un Noir rien qu’à sa voix. Il ne le reconnaîtra jamais. Pour des gens qui fondent toute leur idéologie sur la supériorité de leur race, reconnaissons que le résultat est gênant.