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Que lire sur l'histoire de l'Égypte moderne ?

Que lire sur l’histoire de l’Égypte moderne ?

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L’une des plus anciennes civilisations du monde est aussi l’une de ses plus jeunes nations. Le pays que l’on connaît aujourd’hui naît véritablement au tournant du XIXe siècle, lorsque l’expédition de Bonaparte (1798-1801) — avec ses soldats, ses savants, ses ingénieurs — ébranle l’ordre ottoman et confronte la vallée du Nil aux techniques, aux idées et aux ambitions de l’Europe. C’est ensuite Méhémet Ali, gouverneur au service de l’Empire ottoman devenu maître absolu de l’Égypte, qui jette les bases d’un État centralisé : armée moderne, premières manufactures, essor de l’enseignement. Mais ses successeurs contractent des dettes colossales auprès des banques européennes, notamment pour financer le percement du canal de Suez (inauguré en 1869). Incapable de rembourser, l’Égypte est placée sous tutelle financière franco-britannique, puis, en 1882, occupée militairement par Londres. Les troupes britanniques ne quitteront le sol égyptien qu’en 1956.

La lutte pour l’indépendance structure le XXe siècle égyptien. La révolution de 1919, menée par le nationaliste Saad Zaghloul, arrache une souveraineté formelle en 1922 — mais la Grande-Bretagne conserve le contrôle de la défense, du canal et de la politique étrangère. Il faut attendre le coup d’État des Officiers libres, en juillet 1952, puis la nationalisation du canal de Suez par Nasser en 1956, pour que l’Égypte s’affirme pleinement sur la scène internationale. Le nassérisme porte alors le rêve d’un panarabisme — l’unification politique et culturelle du monde arabe sous l’égide de l’Égypte —, mais les défaites militaires viennent en saper les fondements. La plus cinglante est la guerre des Six Jours (juin 1967) : en moins d’une semaine, Israël écrase les armées égyptienne, syrienne et jordanienne, et occupe la péninsule du Sinaï. L’humiliation est totale.

Après la mort de Nasser en 1970, Anouar el-Sadate opère un virage spectaculaire : guerre du Kippour en 1973 pour reconquérir le Sinaï, voyage à Jérusalem en 1977, accords de Camp David en 1978. Son assassinat en 1981 par des militants islamistes inaugure l’ère de son successeur Hosni Moubarak — trente années d’immobilisme autoritaire que brisera, durant dix-huit jours de soulèvement populaire, la révolution du 25 janvier 2011 sur la place Tahrir. Mais l’intermède démocratique est bref : élu président en 2012, le Frère musulman Mohamed Morsi est renversé par l’armée un an plus tard. Le maréchal Abdel Fattah al-Sissi restaure un pouvoir militaire, sans résoudre les fractures de la société égyptienne : explosion démographique, pauvreté de masse, montée de l’islamisme.

Pour qui souhaite comprendre cette trajectoire, voici les principaux ouvrages disponibles en langue française.


1. Histoire de l’Égypte moderne : l’éveil d’une nation, XIXe-XXIe siècle (Anne-Claire de Gayffier-Bonneville, 2016)

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Agrégée et docteure en histoire, spécialiste du Moyen-Orient contemporain à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), Anne-Claire de Gayffier-Bonneville comble un vide éditorial : au moment de la parution, aucune synthèse de l’histoire de l’Égypte moderne n’avait été publiée en français depuis 2002. En près de six cents pages, l’historienne retrace deux siècles d’histoire politique et sociale, du départ des troupes françaises en 1801 jusqu’aux premières années du régime Sissi. Le canal de Suez sert de fil conducteur : son percement, sa nationalisation par Nasser, son élargissement en 2015 scandent les grandes ruptures du pays. L’autrice accorde une place importante aux acteurs souvent relégués au second plan — femmes, coptes (la minorité chrétienne, environ 10 % de la population), juifs d’Égypte, Frères musulmans, jeunesse — et rappelle ainsi la diversité d’une société que l’on réduit trop souvent à ses dirigeants.

Surtout, l’autrice relie en permanence les affaires intérieures et les rapports de force internationaux : comment l’occupation britannique façonne le nationalisme égyptien, comment la guerre froide contraint Nasser à se tourner vers Moscou, comment les accords de Camp David, en scellant une paix séparée avec Israël, isolent l’Égypte du reste du monde arabe. Déjà lauréate du prix Joseph du Teil de l’Académie des sciences morales et politiques pour L’Échec de la monarchie égyptienne 1942-1952, l’historienne signe ici la synthèse de référence sur l’Égypte contemporaine en langue française.


2. Ils ont fait l’Égypte moderne (Robert Solé, 2017)

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Né au Caire en 1946, longtemps journaliste au Monde, Robert Solé a consacré l’essentiel de son travail d’essayiste et de romancier à son pays d’origine. Il propose dans ce bouquin une histoire de l’Égypte moderne par ses figures de proue : vingt portraits — de Méhémet Ali à Sissi, de Tahtawi à Taha Hussein, de Naguib Mahfouz à la chanteuse Oum Kalsoum (la plus grande voix du monde arabe au XXe siècle), sans oublier Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans. Le choix de la galerie de portraits permet de raconter deux siècles d’histoire à travers des trajectoires individuelles : dirigeants politiques, intellectuels épris des Lumières, réformateurs religieux, artistes novateurs. Prises ensemble, ces vingt vies racontent comment s’est construite, sur deux siècles, une identité nationale.

Parmi les figures les plus frappantes, on trouve Rifa’a al-Tahtawi, boursier envoyé à Paris dans les années 1830, qui, confronté à une société radicalement différente de la sienne, prend conscience de sa propre identité égyptienne ; de retour au Caire, il réforme l’enseignement et pose les bases de la Nahda, la renaissance intellectuelle arabe de la fin du XIXe siècle. On retrouve aussi Saad Zaghloul, dont la révolte de 1919 contre les Britanniques suscite des scènes de fraternisation entre coptes et musulmans, ou encore Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature en 1988, dont la Trilogie du Caire plonge dans le quotidien des quartiers populaires de la capitale. Robert Solé, qui a grandi au Caire avant de s’installer en France à dix-huit ans, apporte à ces portraits la familiarité de celui qui a vécu l’Égypte avant de l’écrire.


3. Le Prophète et Pharaon : les mouvements islamistes dans l’Égypte contemporaine (Gilles Kepel, 1984)

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Paru en 1984, trois ans après l’assassinat de Sadate, Le Prophète et Pharaon a fait de Gilles Kepel l’un des pionniers de l’étude de l’islamisme. Après trois années d’enquête de terrain en Égypte, le politologue retrace la genèse et le développement des mouvements islamistes égyptiens, depuis la fondation des Frères musulmans par Hassan al-Banna en 1928 jusqu’au meurtre du président — ce « Pharaon » que les militants du Jihad condamnent au nom du « Prophète ». Kepel écarte le terme d’« intégrisme », qui réduit le phénomène au seul fanatisme religieux, et propose une thèse qui tranche avec les lectures de l’époque : l’islamisme n’est pas une régression irrationnelle, mais une utopie sociale qui entend restaurer l’âge d’or supposé des premiers temps de l’islam et l’appliquer à tous les aspects de la vie quotidienne.

L’analyse se déploie sur trois niveaux. D’abord, le socle idéologique : la pensée de Sayyid Qutb, intellectuel des Frères musulmans pendu par le régime nassérien en 1966, dont le testament politique — Ma’alim fi-l-tariq (« Jalons sur la route ») — fonctionne comme le bréviaire des groupes radicaux des années 1970. Ensuite, l’ancrage social : le mouvement s’enracine d’abord dans les universités, puis se diffuse dans les classes populaires à travers les cassettes audio du cheikh Kichk, prédicateur véhément au succès de masse. Enfin, le passage à l’acte : l’assassinat de Sadate le 6 octobre 1981, que Kepel analyse comme la conséquence logique d’une idéologie pour laquelle tout dirigeant qui ne gouverne pas selon la loi divine est un tyran illégitime — un « Pharaon » qu’il est licite d’abattre.

Une réédition augmentée d’une préface inédite (Gallimard, collection Folio, 2012) replace l’ensemble dans le contexte post-révolutions arabes, au moment où les Frères musulmans viennent de remporter les premières élections libres de l’histoire du pays — une ironie que Kepel, en 1984, n’aurait pas imaginée.


4. Sadate (Robert Solé, 2013)

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Qui était Anouar el-Sadate ? « Un grand homme d’État, courageux et visionnaire, qui a permis à l’Égypte de conclure la paix avec Israël et de récupérer le Sinaï ? Ou un politicien à courte vue, qui a conduit son pays dans l’impasse et ouvert la porte aux islamistes ? » Robert Solé construit sa biographie — récompensée par le prix de la ville d’Hossegor — sans complaisance ni charge à sens unique. Né dans un village du delta du Nil, au sein d’une famille pauvre, le jeune Sadate étudie à l’Académie militaire du Caire, complote contre l’occupant britannique, commet des attentats, passe des années en prison, s’en évade, vit dans la clandestinité. Membre de la junte qui renverse Farouk Ier en 1952, il reste dix-huit ans dans l’ombre de Nasser avant de lui succéder en 1970.

Robert Solé révèle un Sadate autrement plus complexe que l’image de l’« homme de Camp David » à laquelle la mémoire internationale l’a réduit. Fils d’un père égyptien et d’une mère soudanaise, Sadate a souffert, dans une société où la couleur de peau conditionne le regard social, d’être perçu comme trop sombre. Ses alliances ont varié au gré des circonstances : rapprochement avec les agents de l’Axe durant la Seconde Guerre mondiale par hostilité envers Londres, proximité avec les Frères musulmans dans sa jeunesse, puis alignement sur Washington après sa rupture avec Moscou en 1972. Il a déclenché la guerre du Kippour en octobre 1973, puis stupéfié le monde en se rendant à Jérusalem quatre ans plus tard. Son assassinat, le 6 octobre 1981, clôt une vie saturée de contradictions — et ouvre l’ère Moubarak, dont l’Égypte mettra trente ans à sortir.


5. L’Aigle égyptien : Nasser (Gilbert Sinoué, 2015)

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Écrivain français né au Caire en 1947, Gilbert Sinoué aborde la figure de Nasser à la fois en historien et en romancier. Il entend restituer les multiples visages du raïs (« chef » ou « président » en arabe, titre dont Nasser a fait un symbole), loin du cliché réducteur du « dictateur ennemi de l’Occident ». Il y a le militaire de 1948, assiégé avec sa brigade à Faluja pendant la première guerre israélo-arabe. Le patriote de 1952, qui met fin à soixante-dix ans de présence britannique. Le nationaliste de 1956, qui, en annonçant la nationalisation du canal de Suez, lance : « Moi, aujourd’hui, au nom du peuple, je prends la Compagnie [du canal de Suez]. Ce soir, notre canal égyptien sera dirigé par des Égyptiens ! » Et puis il y a l’autre Nasser : celui des nationalisations à outrance, le créateur des moukhabarat — la redoutable police secrète —, l’homme de la guerre des Six Jours.

Le récit couvre la vie de Nasser de sa naissance en 1918 à sa mort en 1970, mais la première partie de cette trajectoire — l’enfance, la formation militaire, l’ascension au pouvoir — bénéficie d’un traitement plus approfondi que la décennie finale. La dérive autoritaire des années 1960, les camps d’internement, la répression systématique : Sinoué les évoque sans s’y attarder, fidèle à un récit qui privilégie la narration sur l’analyse politique. Pour autant, Sinoué parvient à rendre compte de ce qui a fait de Nasser la figure centrale du monde arabe au XXe siècle : un homme qui a rendu sa fierté à un peuple humilié par des décennies d’occupation coloniale, qui a porté le rêve d’une unité arabe — concrétisé un temps par la fusion éphémère avec la Syrie au sein de la République arabe unie (1958-1961) — et en a subi l’effondrement. Sa lumière et son ombre — ou, selon la formule de l’auteur, « l’aigle égyptien et le rêve calciné ».


6. Atlas de l’Égypte contemporaine (Hala Bayoumi et Karine Bennafla, dir., 2020)

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Alors qu’il existe plusieurs atlas de l’Égypte ancienne, aucun atlas de l’Égypte contemporaine n’avait été publié avant 2020. Hala Bayoumi, ingénieure de recherche au CNRS (médaille de cristal 2017), et Karine Bennafla, professeure de géographie à l’Université Jean Moulin de Lyon et directrice du CEDEJ — le Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales, institution de recherche française basée au Caire — dirigent ici un travail collectif qui réunit les contributions d’une cinquantaine de chercheur·euse·s. La force de cet atlas tient à ses sources : un partenariat inédit entre le CEDEJ et le CAPMAS, l’institut égyptien de statistiques (l’équivalent de l’INSEE), a permis d’exploiter les données du recensement national de 2017, jusqu’alors peu accessibles.

Sept parties structurent l’ensemble — géohistoire et géopolitique, vie politique, société et démographie, le Grand Caire, les provinces, économie et environnement, culture et patrimoine — et chaque thème occupe une double page cartographiée. D’une double page à l’autre, les fragilités structurelles de l’Égypte du XXIe siècle se précisent : la question de l’eau, devenue critique depuis que l’Éthiopie a construit en amont du Nil le barrage de la Renaissance — une menace directe pour l’approvisionnement égyptien ; la dégradation de l’enseignement public ; un taux de pauvreté qui touche au moins 35 % de la population ; l’extension urbaine du Caire, avec le projet colossal d’une Nouvelle Capitale administrative — une ville entière bâtie ex nihilo dans le désert à l’est du Caire pour y déplacer les institutions gouvernementales. Cent millions d’habitants, une seule source d’eau douce, un tiers de pauvres : c’est cette Égypte-là que l’atlas donne à voir.