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Que lire sur la Fronde (1648-1653) ?

Que lire sur la Fronde (1648-1653) ?

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En mai 1643, Louis XIII meurt et laisse un héritier de quatre ans, le futur Louis XIV. Sa veuve, Anne d’Autriche — princesse espagnole de la maison de Habsbourg, malgré ce que son nom suggère —, assure la régence et confie les rênes du gouvernement au cardinal Mazarin. Celui-ci reprend le programme politique de son prédécesseur Richelieu : la construction d’un État centralisé et autoritaire, qui soumet les grands seigneurs, réduit l’autonomie des provinces et gouverne sans partage. Pour financer la guerre contre l’Espagne, engagée depuis 1635 et inscrite dans la guerre de Trente Ans, l’État lève des impôts toujours plus lourds. Or la France est exsangue. Les disettes, les épidémies et la pression fiscale rendent la vie intenable pour une grande partie de la population.

En 1648, le parlement de Paris refuse d’enregistrer de nouveaux édits fiscaux. Le « parlement », sous l’Ancien Régime, n’est pas une assemblée de représentants élus, mais une cour de justice souveraine composée de magistrats. Il possède le droit d’examiner et d’enregistrer les lois royales avant leur application — et donc, de fait, un pouvoir de blocage. Les parlementaires rédigent des propositions de réforme qui limitent l’autorité royale. C’est le début de la Fronde parlementaire. En août 1648, l’arrestation d’un parlementaire populaire, Broussel, déclenche une insurrection : Paris se couvre de barricades. En janvier 1649, la cour, terrorisée, fuit la capitale pour Saint-Germain-en-Laye. La paix de Rueil (mars 1649) met fin à ce premier acte, mais ne règle rien.

La crise change alors de nature. Le prince de Condé — le plus grand chef militaire du royaume, vainqueur de la bataille de Rocroi — a aidé la cour à reprendre le contrôle, mais il se montre si arrogant et si gourmand en récompenses que Mazarin le fait arrêter en janvier 1650. Ses alliés se soulèvent pour le libérer : c’est la Fronde des princes. S’y ajoutent Gaston d’Orléans — l’oncle du jeune roi, perpétuel indécis —, le duc de Beaufort — petit-fils d’Henri IV, idole du peuple de Paris — et le cardinal de Retz, coadjuteur de l’archevêque de Paris, déjà très actif pendant la Fronde parlementaire. Tout dégénère en guerre civile. Mazarin est contraint par deux fois à l’exil. Les alliés d’un jour deviennent les ennemis du lendemain. Condé, libéré, finit par s’allier à l’Espagne, ennemie du royaume — un prince du sang pactise avec l’ennemi étranger. Des provinces entières — la Guyenne, la Provence — basculent dans la dissidence. À Paris, la bataille du faubourg Saint-Antoine (juillet 1652) voit des troupes françaises s’entretuer aux portes de la capitale.

La Fronde s’éteint progressivement en 1653, non par une défaite militaire décisive, mais par épuisement général. Elle échoue parce que les frondeurs n’ont jamais su formuler un projet politique cohérent, parce que leurs rivalités personnelles l’ont emporté sur toute vision commune, et parce que la société française aspire à un pouvoir royal fort capable de rétablir l’ordre. La monarchie sort de l’épreuve renforcée — et le jeune Louis XIV, qui a dû fuir Paris de nuit, n’oubliera jamais cette humiliation : elle nourrira sa volonté de soumettre définitivement la noblesse et les parlements.

Souvent réduite dans la mémoire collective à une série d’anecdotes pittoresques — nourries par le roman d’Alexandre Dumas, Vingt ans après —, la Fronde est en réalité un épisode politique majeur de l’Ancien Régime. Sa complexité — cinq ans d’alliances croisées, de retournements et de trahisons entre des dizaines d’acteurs aux motivations contradictoires — explique qu’elle reste mal connue du grand public. Les cinq livres qui suivent l’éclairent chacun sous un angle différent — de la synthèse universitaire au témoignage de première main.


1. La Fronde : 1648-1653 (Michel Pernot, 1994)

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Maître de conférences honoraire à l’université de Nancy II, Michel Pernot (1930-2019) a consacré une grande partie de ses recherches à la France du XVIIe siècle. Son livre sur la Fronde, paru pour la première fois en 1994 et régulièrement réédité depuis, s’est imposé comme la synthèse de référence sur le sujet. L’ouvrage — environ 470 pages dans son édition de poche — retrace la crise depuis la mort de Louis XIII en 1643 jusqu’à l’effondrement du mouvement en 1653. Pernot y découpe la Fronde en quatre phases — la Fronde parlementaire, la Fronde des princes, l’union des frondes et la guerre civile condéenne — et consacre des chapitres séparés aux idées politiques en circulation ainsi qu’à la propagande écrite des mazarinades, ces pamphlets qui inondent le pays pendant toute la crise. Le livre croise systématiquement les sources du XVIIe siècle — mémoires des acteurs, correspondances, pamphlets — avec les interprétations des historiens modernes, ce qui permet au lecteur·ice de mesurer l’écart entre ce que les contemporains ont cru vivre et ce que l’historiographie en a retenu.

L’une des thèses centrales du livre est le refus de voir dans la Fronde une « révolution manquée », une sorte de répétition générale ratée de 1789. Pour Pernot, la Fronde a remué le passé bien plus qu’elle n’a annoncé l’avenir : les frondeurs ne portent aucun projet de société nouvelle et leur échec tient autant à la vacuité de leurs objectifs qu’à l’inconstance de leurs chefs. L’ouvrage dispose d’un appareil scientifique solide — notes de bas de page, chronologie, bibliographie, index — et d’une construction pédagogique : chaque chapitre s’ouvre par une synthèse qui permet de ne jamais perdre le fil d’un récit par nature enchevêtré. Précisons toutefois que ce livre s’adresse à un lectorat déjà familier de la période : si vous découvrez la Fronde, l’imbroglio des alliances et des retournements peut dérouter. Pour celles et ceux qui possèdent déjà quelques repères, c’est en revanche un bouquin indispensable.


2. La Fronde (Orest Ranum, 1995)

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Professeur émérite à l’université Johns-Hopkins de Baltimore, Orest Ranum est l’un des grands spécialistes américains de la France du XVIIe siècle. On lui doit notamment Les Créatures de Richelieu (1966) et Les Parisiens du XVIIe siècle (1973). Paru en anglais en 1993 sous le titre The Fronde: A French Revolution, 1648-1652, son livre a été traduit en français en 1995 aux éditions du Seuil. L’originalité du bouquin tient d’abord à son sous-titre anglais : pour Ranum, la Fronde est bel et bien une révolution française — la première du nom —, c’est-à-dire un moment où la structure même de l’État vacille, où les administrateurs royaux deviennent des hors-la-loi qui refusent de lever l’impôt, et où les magistrats du Parlement cessent de rendre la justice pour se constituer en assemblée délibérative, en un défi direct au Conseil du roi.

Ranum retrace la manière dont cette contestation, née dans les milieux de la haute administration et de la magistrature, s’est propagée à Paris puis dans les grandes villes de province — Bordeaux, Aix-en-Provence — et comment elle a entraîné dans son sillage marchands, artisans et paysans. Le livre accorde une attention soutenue aux personnages : le jeune Louis XIV (dix ans en 1648), Anne d’Autriche, Mazarin exilé à deux reprises, et surtout le prince de Condé, dont la trahison au profit de l’Espagne constitue l’un des tournants de la crise. Pour Ranum, la Fronde ressemble à une querelle de famille au sein de l’élite française, mais une querelle dont les retombées ont dépassé le cercle des puissants : les débats parlementaires sur l’impôt, les barricades urbaines et les révoltes paysannes ont impliqué des couches de la société habituellement exclues des décisions politiques. La monarchie en est sortie renforcée pour un siècle et demi — jusqu’à ce qu’une révolution d’une tout autre ampleur ne la renverse en 1789. Historien américain formé dans les archives françaises, Ranum porte sur la crise un regard extérieur : il insiste sur la dimension proprement révolutionnaire d’un épisode que les historien·ne·s français·es minimisent volontiers.


3. C’était la Fronde (Jean-Marie Constant, 2016)

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Professeur émérite à l’université du Maine et ancien président de la Société d’étude du XVIIe siècle, Jean-Marie Constant est un spécialiste reconnu de la noblesse et de la société d’Ancien Régime, auteur d’ouvrages de référence sur les Guise, la Ligue catholique et Gaston d’Orléans. Dans C’était la Fronde, il propose une lecture de la crise qui remonte bien en amont de 1648 : pour lui, l’origine du soulèvement réside dans le coup de force opéré en 1617 par Louis XIII, alors âgé de quinze ans, qui fait assassiner Concini — le favori de sa mère Marie de Médicis — et exile cette dernière. Ce geste inaugure une politique d’autorité sans partage, que Richelieu radicalise à partir de 1624 : centralisation du pouvoir, écrasement des grands seigneurs qui contestent la Couronne, alourdissement de l’impôt pour financer les guerres. En trois décennies, la noblesse, les parlements et les peuples accumulent les griefs contre un État qui ne cesse d’étendre son emprise. Quand Anne d’Autriche et Mazarin prolongent cette politique sans la moindre inflexion, la rupture devient inévitable.

Constant met aussi en lumière la dimension culturelle et romanesque de la Fronde. Il montre que les grands nobles qui s’engagent dans la révolte — La Rochefoucauld (le futur auteur des Maximes, alors duc et homme d’action), Condé, la duchesse de Longueville (sœur de Condé), la Grande Mademoiselle (cousine du roi) — sont nourris de littérature chevaleresque et héroïque. Ils lisent l’Astrée d’Honoré d’Urfé (un roman pastoral où bergers et bergères incarnent l’idéal de la fidélité et de l’honneur), le Roland furieux de l’Arioste (une épopée italienne peuplée de chevaliers et de combats), les tragédies de Corneille — et ils vivent la Fronde comme un roman, avec un sens de l’honneur, de l’amitié et du sacrifice qui relève autant de la fiction que de la stratégie politique.

L’historien brosse également un portrait nuancé de Gaston d’Orléans, oncle du jeune Louis XIV, souvent réduit à la figure de l’éternel indécis, et montre que chaque acteur de la Fronde agit selon des motivations plus complexes que le simple intérêt personnel — convictions politiques, fidélités familiales, idéaux aristocratiques. Le livre se conclut par un parallèle inattendu entre la Fronde et Mai 68, deux épisodes au cours desquels la France a paru basculer sans finalement changer de régime.


4. Mazarinades : la Fronde des mots (Christian Jouhaud, 1985)

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Directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’EHESS, Christian Jouhaud s’est imposé comme l’un des meilleurs connaisseurs des liens entre écrit imprimé et pouvoir politique sous l’Ancien Régime. Paru en 1985 et devenu un classique, Mazarinades : la Fronde des mots porte sur les milliers de pamphlets, chansons, placards (affiches imprimées sur une seule feuille et collées sur les murs) et fausses lettres qui ont circulé pendant la Fronde, et que l’on regroupe sous le nom de « mazarinades ». L’approche de Jouhaud rompt avec la lecture traditionnelle de ces textes, qui les considérait soit comme de simples témoignages, soit comme les prémices d’une « opinion publique ». Pour Jouhaud, les mazarinades ne sont pas des discours sur les événements : ce sont des actes politiques à part entière, des armes au même titre qu’un coup d’épée ou qu’une barricade.

Le livre s’appuie en grande partie sur les mazarinades produites à Bordeaux — l’un des foyers les plus actifs de la Fronde — et analyse la façon dont ces écrits fonctionnent par grappes : chaque pamphlet répond à un autre, qui lui-même suscite une riposte, et ainsi de suite, dans une réaction en chaîne où la polémique se nourrit d’elle-même au fil des jours. Jouhaud décortique les techniques de provocation, de dissimulation et de contre-attaque qui structurent cette guerre de papier. Il montre que la radicalité apparente de nombreux textes n’est souvent qu’une « radicalité de papier » : un pamphlet peut appeler au meurtre du ministre ou à la chute de la monarchie, mais son véritable objectif est bien plus prosaïque — affaiblir un rival, renforcer une alliance, intimider un adversaire.

L’historien s’intéresse aussi aux auteurs eux-mêmes, ces « petites plumes » souvent anonymes, qui écrivent sur commande pour un profit financier ou symbolique, et aux lecteurs, dont le comportement est anticipé par la forme même des textes : les chansons sont conçues pour être fredonnées dans la rue, les placards pour être lus à haute voix devant un attroupement. L’enjeu central est celui du « faire faire » plutôt que du « faire croire » : les mazarinades visent moins à convaincre qu’à pousser à l’action — descendre dans la rue, prendre les armes, rallier un camp.


5. Mémoires (Cardinal de Retz, éd. Michel Pernot, 2003)

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Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, est l’un des personnages les plus singuliers de la Fronde — et de toute l’histoire de France. Coadjuteur (c’est-à-dire adjoint et successeur désigné) de l’archevêque de Paris, conspirateur infatigable, ennemi juré de Mazarin, il a été l’un des principaux meneurs de la révolte, sans jamais pouvoir en prendre la tête : homme d’Église et non prince du sang, il n’a pas le rang nécessaire pour commander une armée ou revendiquer le pouvoir. Emprisonné, évadé (au prix d’une clavicule fracturée), exilé pendant six ans en Espagne puis à Rome, il ne retrouve la France qu’à la mort de Mazarin en 1661. C’est à la retraite, plus de vingt ans après les événements, vers 1675-1676, à la demande de ses proches — dont Madame de Sévigné —, qu’il rédige ses Mémoires, publiés à titre posthume en 1717.

À la fois document historique de premier ordre et chef-d’œuvre de la littérature classique, les Mémoires de Retz font revivre les épisodes de la Fronde avec une acuité psychologique rare : les portraits qu’il trace de Condé, de Mazarin, de Gaston d’Orléans ou de la Grande Mademoiselle (Anne Marie Louise d’Orléans, cousine du roi, célèbre pour avoir fait tirer les canons de la Bastille contre les troupes royales) sont d’une justesse redoutable. Cet homme d’Église qui n’avait rien d’ecclésiastique, ce politique qui a changé trois fois de camp, sait décrypter les calculs, les vanités et les lâchetés de chacun — y compris les siens.

Il faut bien sûr lire ces pages avec la prudence qui s’impose face à tout mémorialiste : Retz reconstruit les événements à son avantage, minimise ses erreurs et magnifie son rôle. Mais cette partialité même fait l’intérêt du texte : on accède à la Fronde telle qu’elle a été vécue et pensée par l’un de ses acteurs les plus lucides, avec tout ce que cela suppose de déformations et de silences révélateurs. L’édition de Michel Pernot, parue en Folio classique chez Gallimard (1 248 pages), s’appuie sur l’appareil critique établi avec Marie-Thérèse Hipp pour la Bibliothèque de la Pléiade en 1984. Pour qui souhaite entrer dans la Fronde par ses intrigues, ses trahisons et ses retournements, les Mémoires de Retz restent irremplaçables.