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Que lire sur Mikhaïl Gorbatchev ?

Que lire sur Mikhaïl Gorbatchev ?

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Mikhaïl Gorbatchev naît en 1931 dans un village du Caucase du Nord, au sein d’une famille paysanne dont les deux grands-pères ont été arrêtés sous Staline pendant la collectivisation forcée des terres. Il conduit la moissonneuse-batteuse avec son père dès l’adolescence, puis file étudier le droit à Moscou, où il rencontre Raïssa, sa compagne de toute une vie. Il gravit les échelons du Parti communiste, s’occupe des questions agricoles, rejoint l’appareil moscovite, et en mars 1985, à 54 ans, accède au poste de secrétaire général du PCUS — une quasi-jeunesse alors que ses trois prédécesseurs (Brejnev, Andropov, Tchernenko) sont morts les uns après les autres en moins de trois ans.

Commence alors la tentative de réformer l’URSS en profondeur : la perestroïka (restructuration économique) et la glasnost (liberté d’expression) secouent un régime verrouillé depuis des décennies ; contrairement à ses prédécesseurs qui avaient écrasé Budapest en 1956 et Prague en 1968, Gorbatchev refuse d’envoyer les chars mater les révoltes d’Europe de l’Est ; le mur de Berlin tombe en novembre 1989 ; l’URSS se dissout le 25 décembre 1991.

Prix Nobel de la paix en 1990, Gorbatchev est adulé en Occident et honni chez lui. À l’Ouest, on parle de « gorbimania » ; en Russie, on lui reproche d’avoir laissé s’effondrer l’empire sans combattre — Vladimir Poutine y verra plus tard « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle ». Il meurt en août 2022, sans jamais renier sa conviction de départ : qu’on aurait pu démocratiser l’URSS sans la perdre. Les Russes, dans leur grande majorité, pensent l’inverse.

Les lectures qui suivent vous permettront de cerner un personnage autrement plus riche que le simple « fossoyeur du communisme ».


1. Gorbatchev (Bernard Lecomte, 2014)

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Bernard Lecomte, journaliste à L’Express qui a couvert l’URSS comme envoyé spécial à Moscou, publie en 2014 la première grande biographie française du dernier secrétaire général du PCUS. Trois années d’enquête, plus de 450 pages, une connaissance directe du terrain et du russe.

L’auteur retrace le parcours de Gorbatchev depuis son enfance paysanne à Privolnoïe jusqu’au démantèlement de l’URSS : l’ascension patiente dans l’appareil du Parti, le couple très uni avec Raïssa, l’arrivée au Kremlin en 1985, puis l’enchaînement rapide — glasnost, Tchernobyl, chute du Mur, reconnaissance internationale, coup d’État d’août 1991. Lecomte cherche à trancher la question qui divise les historiens : Gorbatchev a-t-il voulu tuer le communisme, ou a-t-il été emporté par la vague qu’il avait soulevée ? Sa réponse : un homme politique d’une envergure rare, qui refusa d’envoyer les chars écraser les peuples d’Europe de l’Est et mérite à ce titre le qualificatif de « géant du XXe siècle ».

Un récit clair et solidement documenté, qui constitue un bon point d’entrée pour qui souhaite s’attaquer au personnage sans pour autant se plonger dans les 900 pages des Mémoires.


2. Gorbatchev (Taline Ter Minassian, 2022)

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Publié aux Presses universitaires de France quelques mois avant la mort de Gorbatchev, ce livre court (environ deux cents pages) est signé par Taline Ter Minassian, professeure d’histoire de la Russie et du Caucase. Une synthèse dense, beaucoup plus maniable que la somme publiée par Lecomte.

Ter Minassian fait de Gorbatchev un « soviétique presque ordinaire » dont le parcours épouse les phases de l’URSS : l’enfance dans un village ravagé par la collectivisation et brièvement occupé par les Allemands en 1942, les études de droit à Moscou, la rencontre avec Raïssa (à qui elle accorde une place importante et dont elle souligne la culture et les études sociologiques), puis la montée au Politburo via les questions agricoles. L’historienne dresse le portrait d’un réformateur qui refusait d’employer la violence pour préserver l’empire — choix que ses compatriotes lui reprochent encore, convaincus pour la plupart qu’il fallait sauver l’URSS à tout prix, au besoin par la force. Elle insiste aussi sur un couple cultivé, d’allure européenne, qui tranche avec les dignitaires du Parti, souvent frustes et bureaucratiques.

La synthèse universitaire la plus efficace pour qui cherche la brièveté. Elle replace Gorbatchev dans le temps long de l’URSS sans céder ni à l’hagiographie occidentale (la fameuse « gorbimania »), ni à la rancœur russe qui fait de lui le seul fossoyeur de l’empire.


3. Perestroïka : vues neuves sur notre pays et le monde (Mikhaïl Gorbatchev, 1987)

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Décembre 1987 : pour la première fois, le numéro un soviétique en exercice publie un livre grand public où il reconnaît les faiblesses de son régime et appelle à le transformer. Le choc est mondial. Traduit en dix-huit langues, le texte est d’abord pensé pour l’Occident, à qui Gorbatchev veut exposer sa « nouvelle pensée » — un retour revendiqué à la NEP, cette parenthèse libérale des années 1920 où Lénine avait toléré un petit secteur privé pour relancer une économie ruinée par la guerre civile.

Gorbatchev y dénonce l’immobilisme des années Brejnev, la corruption, le marché noir, la démoralisation d’une population privée d’initiative. Mais il ne rompt nullement avec l’économie planifiée ni avec le Parti unique. Son ambition est de sauver le système, non de l’enterrer : il pense sincèrement moderniser le communisme, non préparer son effondrement. Un malentendu fondamental que beaucoup d’Occidentaux enthousiastes n’ont pas su percevoir à l’époque.

Trente ans plus tard, Perestroïka vaut surtout comme document d’histoire. Sa lecture éclaire la psychologie d’un homme qui croyait pouvoir réformer l’irréformable, et permet de mesurer le décalage entre ses intentions de 1987 et l’effondrement qui surviendra quatre ans plus tard.


4. Mémoires (Mikhaïl Gorbatchev, 1997)

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Six ans après la dissolution de l’URSS qui l’a mis à la retraite politique, Gorbatchev publie ses Mémoires : un pavé de près de mille pages, traduit en français en 1997 aux Éditions du Rocher. Le ton est plus libre. L’homme n’a plus rien à perdre, plus de mandat à défendre, plus de dogmes à sauver. Il déroule le fil de sa vie, de Privolnoïe au Kremlin, de la petite cour de Khrouchtchev aux sommets américains, des désastres (Tchernobyl ; les répressions sanglantes de Bakou en 1990 et de Vilnius en 1991 contre les mouvements indépendantistes ; la pénurie généralisée des dernières années) aux éclats (le Nobel, la rencontre avec Jean-Paul II, le sommet de Reykjavik avec Reagan sur le désarmement nucléaire).

Le livre est évidemment partial : c’est celui d’un homme qui veut plaider sa cause face à l’Histoire, régler ses comptes avec Boris Eltsine (qu’il peint sans tendresse excessive), et faire entendre sa version du coup d’État d’août 1991 — quand des conservateurs du Parti l’assignèrent à résidence en Crimée pour tenter de sauver in extremis l’URSS à l’ancienne, tentative qui précipita au contraire sa chute. Mais c’est précisément ce parti pris qui en fait un document irremplaçable : on y lit de l’intérieur comment le dernier numéro un de l’URSS percevait ses propres choix — y compris ses hésitations, ses aveuglements, et cette obstination à vouloir réformer le Parti par le Parti.

Malgré sa longueur parfois pesante, le bouquin reste une source de première main sans équivalent pour qui veut entendre la voix du principal intéressé, en dépit des biais inhérents à toute auto-justification.


5. Six années qui ont changé le monde : 1985-1991, la chute de l’Empire soviétique (Hélène Carrère d’Encausse, 2015)

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Secrétaire perpétuel de l’Académie française et historienne de la Russie depuis plus d’un demi-siècle, Hélène Carrère d’Encausse avait dès 1978 prédit l’implosion de l’URSS dans L’Empire éclaté : elle y voyait, dans les tensions entre peuples musulmans soviétiques et pouvoir russe, un ressort sous-estimé du délitement à venir. Paru chez Fayard vingt-cinq ans après les faits, ce livre propose une synthèse de référence sur les six années qui vont de l’arrivée de Gorbatchev au Kremlin à la dissolution de l’URSS.

L’autrice défend une thèse claire : l’effondrement soviétique fut une révolution pacifique sans précédent dans l’histoire, occultée par une mémoire collective qui s’est focalisée sur la seule chute du mur de Berlin. Elle alterne chapitres thématiques (les nationalités, l’économie, la diplomatie) et chronologiques, avec un dernier volet sur la Russie post-soviétique qui peut dérouter : certain·es lecteur·ices auraient préféré un livre plus resserré sur 1985-1991. Le tout reste très riche en anecdotes et en portraits : Gorbatchev, Eltsine, mais aussi Édouard Chevardnadzé (le ministre géorgien des Affaires étrangères qui négocie la détente avec les États-Unis) et Alexandre Iakovlev (l’idéologue qui inspire la perestroïka à son patron).

Un livre idéal pour comprendre comment l’URSS s’est défaite de l’intérieur. À lire en complément des souvenirs de Gorbatchev lui-même : Carrère d’Encausse replace son action dans un contexte politique et diplomatique plus large.


6. 1989 : l’année où le monde a basculé (Pierre Grosser, 2009)

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Historien à Sciences Po et spécialiste de la guerre froide, Pierre Grosser propose dans ce livre massif (plus de six cents pages dans son édition originale, près de sept cent cinquante dans la version actualisée de 2019) une traversée planétaire de l’année 1989. Le pari est ambitieux : démontrer que cette année ne se limite pas à la chute du mur de Berlin ou à l’agonie des démocraties populaires, mais qu’elle redessine simultanément tous les équilibres mondiaux, et que nous vivons encore dans le monde qu’elle a dessiné.

Grosser dresse un tableau d’une ampleur inhabituelle : il examine l’Europe de l’Est, bien sûr, mais aussi la répression de la place Tian’anmen (qui scelle une trajectoire chinoise opposée — autoritaire sur le plan politique, libérale sur le plan économique), le retrait soviétique d’Afghanistan et la recomposition du monde musulman, la mort de Khomeiny, la fatwa contre Salman Rushdie, la libéralisation financière mondiale, les premières alertes climatiques sérieuses, la naissance du droit d’ingérence humanitaire. Dans ce livre, 1989 apparaît comme l’année où coexistent déjà le triomphe de la démocratie libérale et les forces qui la fragiliseront plus tard : islamisme politique, montée en puissance chinoise, financiarisation incontrôlée du capitalisme.

Le livre est dense, documenté, parfois aride pour qui cherche un récit centré sur Gorbatchev : l’URSS n’occupe ici qu’une partie du cadre. Mais c’est précisément cette mise en perspective globale qui fait la valeur du livre et lui vaut le Prix des Ambassadeurs 2010 : on comprend mieux ce que la fin de l’URSS a rendu possible, et ce qui a surgi à sa place.


7. Le jour où l’URSS a disparu (Andreï Gratchev, 2021)

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Le 25 décembre 1991, c’est Andreï Gratchev, dernier porte-parole de Gorbatchev, qui annonce officiellement à la presse internationale la fin de l’Union soviétique. Trente ans plus tard, il revient sur cette journée et sur les mois qui l’ont précédée. Publié aux éditions de l’Observatoire, le livre a cette particularité de cumuler deux postures rarement réunies : le témoignage direct (Gratchev était là) et l’analyse historique (Gratchev a fait carrière comme historien après 1991).

Il croise deux registres : le récit intime d’un conseiller qui raconte ce qu’il a vu et entendu dans l’antichambre du Kremlin, et la réflexion plus large sur l’échec de la perestroïka. Pourquoi cette tentative de sauver l’URSS par la réforme s’est-elle soldée par son explosion ? Gorbatchev porte-t-il une part de responsabilité dans ce que Poutine appellera plus tard « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle », ou fut-il dépassé par des dynamiques qui lui échappaient ? Gratchev garde une vraie distance critique vis-à-vis de son ancien patron, ce qui donne au livre une épaisseur qu’un simple hommage n’aurait jamais eue.

Un témoignage précieux pour qui s’intéresse aux dernières heures de l’URSS, et une réflexion sur ce que l’échec de Gorbatchev a préparé : la Russie de Poutine qui s’appuie précisément sur cette humiliation pour se légitimer.


8. La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement (Svetlana Alexievitch, 2013)

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Deux ans avant son prix Nobel de littérature, la Biélorusse Svetlana Alexievitch publie en 2013 ce livre hors norme, fruit d’un travail de collecte qui s’étale sur plusieurs années. Ce ne sont pas les chefs d’État qui parlent ici, mais les anonymes — cadres déclassés, veuves de soldats d’Afghanistan, rescapés du goulag, enfants nostalgiques d’une URSS qu’ils n’ont pas connue. Le principe est celui du « roman de voix » : des dizaines de témoignages recueillis au magnétophone, puis montés pour donner à entendre ce qu’a été l’expérience vécue du communisme puis de son effondrement.

Le dispositif paraît simple — on parle autour d’un thé, dans une cuisine, parfois sur un banc public — mais la matière qui en sort est brute et violente. Ce qu’on lit, ce sont les ravages intimes de 1991 : l’humiliation, la faillite des repères, la nostalgie trouble de l’ordre perdu, la brutalité du capitalisme sauvage qui a suivi, les suicides, les fortunes obscènes, la rancœur qui couve et que Poutine saura plus tard capter. Alexievitch ne juge pas : elle écoute, elle transcrit, elle monte. Certains lui ont reproché cette sélection et y ont vu une forme de révisionnisme ; la majorité y voit surtout l’une des contributions essentielles à la mémoire post-soviétique.

Ce n’est pas un livre sur Gorbatchev, mais un livre sur ce que la perestroïka et la chute de l’URSS ont laissé derrière elles dans les existences ordinaires. Autrement dit, la face B de l’héritage gorbatchévien — celle dont les biographies parlent le moins, et qui pèse encore lourdement sur la Russie contemporaine.