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Que lire sur Napoléon III ?

Que lire sur Napoléon III ?

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En décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte remporte la toute première élection présidentielle au suffrage universel masculin de notre histoire, avec près des trois quarts des voix. Neveu de Napoléon Ier, il doit autant sa victoire à son nom qu’à la promesse de ramener l’ordre après les journées sanglantes de juin — une insurrection ouvrière parisienne écrasée dans le sang par l’armée, quelques mois plus tôt. Trois ans plus tard, le 2 décembre 1851 — date choisie pour faire écho au sacre de son oncle en 1804 —, il renverse la Deuxième République par un coup d’État. Un an plus tard, jour pour jour, il devient Napoléon III, empereur des Français. S’ouvrent alors vingt-deux années de pouvoir : cas unique dans notre histoire, un même homme a présidé la République avant de ceindre la couronne impériale.

Avant cette ascension, le personnage a tout du prétendant improbable. Fils de Louis Bonaparte (roi de Hollande éphémère) et d’Hortense de Beauharnais, il grandit dans l’exil suisse après la chute de son oncle en 1815. En 1831, à vingt-trois ans, il rejoint les carbonari, société secrète italienne qui lutte pour l’unité de la péninsule. Il rate deux tentatives de coup d’État à Strasbourg (1836) puis à Boulogne (1840), et finit enfermé au fort de Ham d’où il s’évade en 1846 déguisé en ouvrier (d’où le sobriquet de « Badinguet » que lui colleront ses adversaires). Pendant sa captivité, il rédige un pamphlet, L’Extinction du paupérisme, dans lequel il propose des colonies agricoles pour résorber le chômage et la misère ouvrière : le texte lui taille sur mesure, avant 1848, une image de prince attentif à la question sociale — image qui lui vaudra une large part des voix ouvrières et paysannes le moment venu.

Empereur, il supervise la transformation haussmannienne de Paris (percement des grands boulevards, adduction d’eau moderne, parcs nouveaux), le triplement du réseau ferroviaire, la signature du traité de libre-échange de 1860 avec l’Angleterre, la guerre de Crimée contre la Russie (1854-1856), l’intervention militaire en faveur de l’unification italienne (Magenta et Solférino, 1859), l’expédition calamiteuse au Mexique (1861-1867) où il tente en vain d’installer l’archiduc Maximilien d’Autriche sur un trône catholique, puis les réformes libérales des années 1860 qui rendent progressivement au Parlement son droit de débat et culminent en janvier 1870 avec le gouvernement parlementaire d’Émile Ollivier. Tout s’effondre à Sedan, le 2 septembre 1870 : encerclé par l’armée prussienne, malade, l’empereur capitule avec près de 80 000 hommes. La nouvelle atteint Paris le lendemain ; le 4 septembre, les députés républicains profitent du vide politique pour proclamer la République à l’Hôtel de Ville. Libéré après six mois de captivité allemande, Napoléon III termine sa vie en exil à Chislehurst, au sud-est de Londres, où il meurt le 9 janvier 1873.

Pendant plus d’un siècle, la légende noire forgée par Victor Hugo depuis son propre exil — le pamphlet Napoléon le Petit (1852), puis le recueil poétique Les Châtiments (1853) — plombe la mémoire de l’empereur. Depuis une quarantaine d’années, l’historiographie a changé de ton et réévalue le Second Empire. Les huit livres qui suivent sont classés par ordre de lecture progressif : d’abord trois synthèses courtes et accessibles pour entrer dans le sujet, puis la grande synthèse universitaire qui sert de pivot, les trois biographies de fond par densité croissante, et enfin un titre plus spécialisé qui éclaire l’entourage impérial.


1. Napoléon III (Xavier Mauduit, 2023)

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Pour qui souhaite aborder le sujet sans se lancer aussitôt dans mille pages de biographie, ce volume est l’entrée en matière idéale. Agrégé et docteur en histoire, auteur d’une thèse sur la Maison de l’Empereur, voix familière des auditeur·ices de France Culture, Xavier Mauduit tient en 256 pages la promesse d’une synthèse claire. Il retrace le destin de Louis-Napoléon depuis sa naissance princière jusqu’à la chute de Sedan.

Le livre pose les bonnes questions plutôt qu’il ne déroule une chronologie : comment ce conspirateur raté devient-il le premier président élu de notre histoire ? Pourquoi sa pensée politique, mûrie en prison et en exil, séduit-elle les Français de 1848 ? Que doit la IIIᵉ République à celui qu’elle s’est tant employée à effacer de la mémoire nationale ? Mauduit restitue les contradictions du personnage plutôt que de les gommer : un autoritaire qui rétablit le suffrage universel aboli par la droite en 1850, un empereur qui se veut ami du peuple, un libéral qui réprime. Format idéal pour poser les bases avant de s’attaquer aux volumes plus ambitieux qui suivent.


2. Napoléon III, la France et nous (Maxime Michelet, 2023)

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Publié pour les cent cinquante ans de la mort de l’empereur, cet essai bref et alerte de Maxime Michelet — historien spécialiste de la Deuxième République, président de la société des Amis de Napoléon III — n’est ni une biographie ni un plaidoyer. C’est un état des lieux : que reste-t-il aujourd’hui de la légende noire, et que nous dit encore Napoléon III sur la France contemporaine ?

Michelet reprend les griefs un par un — le coup d’État du 2 décembre, l’autoritarisme du régime, les aventures militaires à l’étranger, Sedan — et leur oppose des contre-arguments factuels, sans nier les fautes bien réelles. Le coup d’État reste un acte illégal et sanglant (près de 400 morts à Paris), mais Michelet rappelle qu’il fait figure de répression modérée en regard des 4 000 morts des journées de juin 1848 et des 20 000 de la Semaine sanglante de 1871 — la semaine où l’armée versaillaise du gouvernement Thiers écrase la Commune de Paris. L’auteur rappelle ensuite les grands chantiers trop souvent passés sous silence : maillage ferroviaire, construction des ports de commerce, premières protections ouvrières (droit de grève en 1864, droit de réunion en 1868), ébullition artistique et littéraire. Le premier chapitre, consacré à l’agonie de l’empereur dans sa résidence anglaise de Chislehurst, est un petit bijou d’écriture.

À lire après la synthèse de Mauduit : il prolonge l’initiation par une vraie réflexion sur les batailles de mémoire qui ont forgé l’image que nous avons aujourd’hui du Second Empire.


3. Napoléon III : la modernité inachevée (Thierry Lentz, 2022)

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Spécialiste reconnu du Premier Empire, le directeur de la Fondation Napoléon s’aventure ici sur les terres du neveu. Publié dans la « Bibliothèque des illustres » (coédition Perrin/BnF), le livre bénéficie d’une iconographie somptueuse puisée dans les collections de la Bibliothèque nationale : manuscrits de Hugo et de Zola, gravures du Monde illustré, premières photographies de Gustave Le Gray et de Disdéri. Sur neuf chapitres équilibrés qui vont de la naissance à Sedan, un texte solidement documenté dialogue en permanence avec ces images rares.

Le sous-titre dit tout : Thierry Lentz refuse l’hagiographie comme la condamnation. Il salue la réussite économique indéniable du règne — triplement des échanges commerciaux, développement bancaire avec la création du Crédit Lyonnais et de la Société Générale, explosion de la Bourse de Paris — mais souligne le caractère inabouti du volet social et les erreurs militaires de 1870. Sa conclusion fait le point sur le retournement historiographique qui a rendu à l’empereur une place plus juste, sans pour autant élucider ce que Zola appelait le « Sphinx » : un homme habile et secret, dont on ne sait jamais tout à fait ce qui relève de la conviction profonde ou du calcul politique. Une biographie compacte, lisible d’une traite, idéale pour faire le tour du personnage avant d’attaquer les pavés qui suivent.


4. Le Second Empire. Politique, société, culture (Jean-Claude Yon, 2012, 3ᵉ éd. 2022)

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Avec ce manuel de la collection universitaire « U » chez Armand Colin, on change de registre. Directeur d’études à l’École pratique des hautes études, spécialiste d’histoire culturelle du XIXᵉ siècle, Jean-Claude Yon signe non pas une biographie mais une synthèse universitaire du régime et de son époque. Récompensée à sa première parution par le prix Napoléon III de la Ville de Boulogne-sur-Mer et le prix Second Empire de la Fondation Napoléon, régulièrement mise à jour, elle est devenue un classique des préparations aux concours et un outil de travail précieux pour tout lecteur sérieux.

L’approche est en trois volets — histoire politique, histoire sociale, panorama culturel — sur les vingt années de 1851 à 1870. Yon ne cherche ni à réhabiliter ni à condamner, mais à restituer la richesse d’une période qu’on a longtemps réduite à quatre clichés : le coup d’État, l’affairisme (les scandales de spéculation qui accompagnent les grandes opérations du règne, des compagnies de chemin de fer aux travaux haussmanniens), la « fête impériale » (l’image de cour luxueuse et frivole martelée par les républicains après 1870) et le désastre de Sedan.

Le livre rend compte de l’ensemble de la société française — industriels comme Schneider (patron du Creusot), commerçants comme Boucicaut (fondateur du Bon Marché et inventeur du grand magasin moderne), savants comme Claude Bernard (pionnier de la médecine expérimentale), artistes comme Rosa Bonheur (peintre animalière célébrée à son époque) ou Offenbach (roi de l’opérette).


5. Louis Napoléon le Grand (Philippe Séguin, 1990)

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Objet de lecture à part, ce livre est celui d’un homme politique — Philippe Séguin, alors député-maire d’Épinal, bientôt président de l’Assemblée nationale — autant que d’un passionné d’histoire sincère. Il s’est vendu à cent mille exemplaires en moins de trois ans. Le titre est déjà un manifeste : au Napoléon le Petit de Hugo, Séguin oppose frontalement un « Grand ».

L’organisation est thématique plutôt que chronologique, ce qui suppose de connaître un minimum la période avant d’ouvrir le livre. Quatre figures structurent l’ensemble : le rénovateur (rétablissement du suffrage universel, droit de grève, accès des filles à l’instruction primaire, grands travaux urbains), le mondialiste (libre-échange avec l’Angleterre, soutien au percement du canal de Suez, diplomatie active en Europe), le libéral (ouverture progressive du régime à partir de 1860, retour au débat parlementaire, amnistie des opposants), et le vaincu (Mexique et Sedan). Séguin s’attarde notamment sur le projet de « royaume arabe » : dans les années 1860, Napoléon III imagine de traiter l’Algérie non comme une colonie de peuplement européenne, mais comme un royaume musulman associé à la France — idée combattue par les colons français sur place et enterrée après 1870.

On peut reprocher à l’auteur quelques comparaisons hasardeuses avec la France des années 1980 et un plaidoyer un peu trop explicite. Mais l’entreprise a marqué son temps et nourri le renouveau historiographique qui a suivi. À lire pour son intelligence politique, son élan, et parce qu’il constitue un jalon important dans la redécouverte contemporaine de l’empereur.


6. Napoléon III (Pierre Milza, 2004)

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On entre ici dans la cour des grandes biographies. Professeur émérite à Sciences Po, spécialiste reconnu du fascisme italien, biographe de Mussolini, Pierre Milza consacre à Napoléon III plus de sept cents pages, couronnées par le prix des Ambassadeurs et le prix de la Biographie du Point. Il prend le personnage au sérieux sans le statufier.

Le livre est particulièrement fort sur deux terrains. La formation intellectuelle de Louis-Napoléon d’abord : ses lectures, ses amitiés italiennes et anglaises, les mécanismes du bonapartisme comme idéologie. La politique étrangère ensuite, rendue à sa place centrale dans le destin du régime : c’est elle qui porte l’empereur au sommet (victoires de Crimée, sacre diplomatique au congrès de Paris de 1856, arbitrage européen dans l’affaire italienne) et c’est elle qui le brise (Mexique, puis Sedan). Milza, parce qu’il connaît intimement le fascisme italien, aborde aussi avec rigueur les rapprochements entre bonapartisme et fascisme : il en démonte les raccourcis sans les écarter, et explique ce qui relie les deux phénomènes (césarisme populaire, recours au plébiscite) et ce qui les sépare profondément.

Un livre de référence, longtemps considéré comme la biographie la plus accomplie avant celle d’Éric Anceau, et qui garde toute sa pertinence par son regard d’italianiste.


7. Napoléon III (Éric Anceau, 2008)

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Fruit de quinze années de recherches, cette biographie est aujourd’hui tenue pour la plus complète disponible. Éric Anceau, spécialiste reconnu du Second Empire et longtemps enseignant à la Sorbonne avant de rejoindre l’université de Lorraine, a reçu pour ce volume le prix Drouyn de Lhuys de l’Institut de France et le Grand Prix du Mémorial. Sept cent cinquante pages, plus de mille cinq cents notes, une bibliographie qui fait référence : on est dans le grand format universitaire, mais pensé pour être lu.

Anceau s’appuie sur des sources inédites ou sous-exploitées pour dresser le portrait d’un « démocrate autocrate » — la formule est de lui —, à la fois autoritaire et libéral, réactionnaire et progressiste, fils de l’Église et enfant de la Révolution. Rien n’est occulté : ni les morts du coup d’État, ni les errements diplomatiques, ni la tragédie mexicaine. Mais rien n’est caricaturé non plus. Le sous-titre du volume — Un Saint-Simon à cheval — résume bien l’hypothèse centrale : Napoléon III pensait et agissait en héritier du saint-simonisme, cette doctrine qui, au début du XIXᵉ siècle, plaçait l’industrie, la science et le crédit au cœur du progrès social et imaginait une société dirigée par les savants et les producteurs. Il en partageait la foi dans la transformation économique, mais il la portait en uniforme d’empereur, par des voies autoritaires. D’où la formule : un réformateur saint-simonien, mais à cheval. Le livre pour aller vraiment au bout du personnage. Prévoyez quelques longues soirées.


8. Ils ont fait et défait le Second Empire (Éric Anceau, 2019)

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Dix ans après sa biographie, Anceau revient au Second Empire par la bande : vingt-cinq portraits de figures qui ont gravité autour de Napoléon III, soutenues ou combattues par lui, parfois les deux successivement. On y croise les fidèles (Morny, demi-frère de l’empereur et artisan du coup d’État ; Persigny, compagnon des premières conspirations ; Rouher, pilier du régime autoritaire), les ralliés plus tardifs (Émile Ollivier, qui mène la réforme libérale de 1869-1870 ; Victor Duruy, réformateur de l’Instruction publique), les adversaires irréductibles (Hugo, Thiers), les étrangers qui ont pesé sur son destin (Bismarck en premier lieu, mais aussi Cavour, l’artisan italien de l’unité), ainsi que des figures économiques, militaires et intellectuelles, hommes et femmes confondus.

Le parti pris est explicite : on réduit trop le Second Empire à son souverain, sous prétexte que le régime est personnel et vertical. Par ce changement de focale, Anceau rend lisible la mécanique réelle du pouvoir — ses négociations, ses jeux d’influence, ses renversements d’alliances. Chaque portrait tient en une quinzaine de pages : une biographie par soir pendant un mois, si le cœur vous en dit, ou un livre à picorer selon l’humeur. C’est le titre idéal pour conclure un parcours de lecture : une fois Napoléon III bien connu, on comprend mieux le régime par celles et ceux qui l’ont entouré. Et l’on repart avec cette conviction, salutaire : aucun souverain, si personnel soit son pouvoir, ne règne jamais tout seul.