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Que lire sur les Phéniciens ?

Que lire sur les Phéniciens ?

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Les Phéniciens occupent depuis le IIᵉ millénaire avant notre ère un étroit corridor côtier du Levant, long d’environ 300 kilomètres, coincé entre la montagne libanaise et la Méditerranée. Leurs cités indépendantes — Byblos, Tyr, Sidon, Arwad et quelques autres — sont peuplées de marins, d’artisans et de négociants. Entre 1200 et 300 avant notre ère, leurs navires quadrillent la Méditerranée : ils vendent le bois de cèdre de leurs forêts, la pourpre (un colorant rouge violacé extrait d’un coquillage, le murex, qui teindra les tissus les plus prestigieux de l’Antiquité), le verre et les parfums ; ils rapportent les métaux qu’ils vont chercher jusqu’en Sardaigne, en Espagne et au Maroc. Sur leurs routes, ils installent d’abord de petits comptoirs puis de vraies villes — dont Carthage, la plus célèbre, qui finira par surpasser Tyr, la cité qui l’avait fondée. Au passage, leur écriture — un alphabet de vingt-deux signes qui ne note que les consonnes — passe aux Grecs (qui y ajoutent les voyelles), puis aux Romains, puis à nous. Pas mal, pour un peuple qui n’a presque rien laissé par écrit.

Le paradoxe est entier : la civilisation inventrice d’un outil d’écriture universel n’a transmis à la postérité qu’une poignée d’inscriptions sur pierre, quelques graffitis et aucune archive. Poèmes, chroniques et traités commerciaux étaient écrits sur des papyrus, un support périssable qui n’a pas résisté à l’humidité des côtes libanaises — et les conquêtes successives des Assyriens, des Babyloniens, des Perses puis des Grecs n’ont rien arrangé. Il faut donc reconstituer l’image des Phéniciens à travers les yeux de leurs voisins, souvent malveillants : les Hébreux les méprisent pour leur polythéisme, les Grecs les caricaturent en marchands rusés, les Romains leur prêtent des sacrifices d’enfants. Pour corriger ces biais, l’historien s’appuie sur les fouilles archéologiques et les inscriptions retrouvées sur le terrain.

Les six livres présentés ci-dessous sont classés selon un ordre de lecture progressif. Vous y trouverez d’abord une entrée en matière illustrée, puis une synthèse récente, une histoire politique chronologique, un essai critique qui remet en cause l’idée même de « peuple phénicien », une plongée dans l’univers religieux, et pour finir un dictionnaire encyclopédique.


1. Les Phéniciens : Aux origines du Liban (Françoise Briquel-Chatonnet et Éric Gubel, 1998)

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Ce petit volume de la collection Découvertes Gallimard offre l’initiation la plus accessible au monde phénicien. Épigraphiste du CNRS (spécialiste des inscriptions anciennes) et membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Françoise Briquel-Chatonnet s’associe à Éric Gubel, alors conservateur aux Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles. En 160 pages compactes, truffées de reproductions, de cartes et de documents iconographiques, ils couvrent l’ensemble du sujet : géographie des cités, techniques artisanales (métallurgie, verrerie, teinture), commerce maritime, religion, alphabet et héritage culturel. Le propos va du XIIᵉ siècle à la conquête d’Alexandre en 333 avant notre ère, qui met fin à l’indépendance des cités phéniciennes et les intègre au monde hellénistique.

Le format de la collection impose une narration condensée suivie d’un important dossier de « Témoignages et documents » qui rassemble des sources anciennes (récits d’Hérodote, passages bibliques), des relations de voyageurs modernes et des extraits de chercheurs. Ce dispositif, particulièrement bienvenu pour les Phéniciens dont les sources sont éparpillées, permet au lecteur·ice de confronter directement le récit de synthèse aux matériaux sur lesquels il s’appuie. L’ensemble accorde une place importante aux grands sites côtiers (Arwad, Byblos, Beyrouth, Sidon, Tyr) et à l’expansion vers l’ouest, quand les Phéniciens essaiment comptoirs et colonies jusqu’au Maroc et au sud de l’Espagne.

Contrepartie prévisible : publié pour la première fois en 1998 et réédité en 2007, l’ouvrage commence à dater sur les fouilles archéologiques récentes, en particulier celles qui ont transformé notre connaissance des sites puniques de Sicile, de Sardaigne et du Maghreb depuis les années 2000. Il reste néanmoins une excellente introduction qui fournit les repères géographiques et chronologiques indispensables à la lecture des ouvrages suivants.


2. Les Phéniciens : Une civilisation méditerranéenne (Corinne Bonnet, Élodie Guillon et Fabio Porzia, 2021)

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Trois spécialistes de l’Université Toulouse – Jean Jaurès signent ici l’une des synthèses les plus récentes disponibles en français sur les Phéniciens. Corinne Bonnet, qui dirige depuis des années des programmes européens sur les religions et les identités méditerranéennes, s’associe à Élodie Guillon et Fabio Porzia. L’ouvrage paraît d’abord en grand format chez Tallandier, puis en poche dans la collection Texto à très petit prix, ce qui le rend particulièrement accessible.

Les auteurs prennent leurs distances avec la vision héritée du XIXᵉ siècle, qui faisait des Phéniciens un « peuple marchand » quasi monolithique, réduit à sa fonction commerciale. Ils préfèrent une approche attentive aux pratiques sociales, culturelles et religieuses. La civilisation phénicienne y apparaît comme un réseau de cités autonomes, chacune dotée de son roi, de son panthéon et de ses intérêts propres, articulé par des flux commerciaux, des alliances matrimoniales et des pratiques religieuses partagées. Les chapitres abordent tour à tour la géographie, l’économie, les techniques artisanales, l’écriture, la religion et la manière dont ces marins polyglottes vivaient en contact permanent avec d’autres cultures (égyptienne, grecque, assyrienne, ibère).

Le format reste court — moins de trois cents pages — ce qui oblige à aller à l’essentiel. C’est le compagnon idéal pour se faire une idée générale et à jour de la recherche actuelle, avant de se lancer dans des livres plus volumineux ou plus spécialisés.


3. Histoire de la Phénicie (Josette Elayi, 2013)

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Longtemps au CNRS et auteure d’une quarantaine de livres sur le Proche-Orient ancien, Josette Elayi rédige ici la première grande synthèse chronologique en langue française entièrement consacrée à la Phénicie antique. Historienne polyglotte — latin, grec, hébreu, araméen, akkadien —, elle a enseigné à Beyrouth et à Bagdad avant de poursuivre ses recherches en France. Ce livre est le fruit de décennies de travail sur les inscriptions et les monnaies phéniciennes, c’est-à-dire les principales sources écrites dont nous disposons. Difficile de trouver plus solide sur le sujet.

L’ouvrage déroule l’histoire politique des cités du Levant depuis leurs origines jusqu’à la conquête macédonienne de 332 avant notre ère, à travers quatre grandes phases successives : une période d’indépendance initiale, puis la sujétion assyrienne (avec le tribut annuel, les déportations de populations et les campagnes militaires de rois comme Sargon II et Sennachérib), la domination babylonienne à partir de 605 avant notre ère, et enfin l’intégration dans l’empire perse achéménide. Les dynasties royales de Byblos, Tyr et Sidon sont analysées à partir des sources disponibles, et l’auteure met en lumière les épisodes les moins connus : la révolte malheureuse de Sidon sous Artaxerxès III, qui se solde par la destruction de la ville en 345 avant notre ère, les jeux diplomatiques avec les pharaons, le siège de Tyr par Nabuchodonosor II (treize ans, de 585 à 572 avant notre ère). Tout y est, ou presque.

Le prix de cette ambition, c’est la densité : les noms propres s’enchaînent, les règnes se succèdent, les chronologies se recoupent, et la lecture exige de la patience. Ce n’est pas un livre à lire d’une traite un dimanche après-midi, mais plutôt un livre de chevet qu’on reprend par chapitres. À réserver aux lecteur·ices déjà familier·es du cadre général — d’où l’intérêt d’avoir lu d’abord les deux ouvrages précédents.


4. À la recherche des Phéniciens (Josephine Crawley Quinn, 2019)

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Professeure d’histoire ancienne à Oxford (désormais à Cambridge), Josephine Quinn pose avec ce livre une question dérangeante. Sa thèse tient en une phrase qui a fait grincer des dents dans la communauté des spécialistes : les Phéniciens, en tant que peuple uni et conscient de lui-même, n’ont jamais existé. L’étiquette « phénicienne » serait une catégorie forgée par les Grecs (à partir du mot phoinix, qui désigne la couleur pourpre ; les Grecs ont appliqué ce nom aux habitants du Levant parce qu’ils produisaient ce précieux colorant), reprise par les Romains, puis recyclée par les nationalismes modernes pour servir des causes très éloignées de l’Antiquité. Deux exemples en témoignent : dès le XVIᵉ siècle, des érudits anglais et irlandais imaginent une origine phénicienne des Irlandais pour les distinguer des Anglo-Saxons ; au XXᵉ siècle, les fondateurs du Liban moderne revendiquent une ascendance phénicienne pour affirmer une identité libanaise distincte du monde arabe.

L’argumentation s’appuie sur l’épigraphie, la numismatique (l’étude des monnaies), l’iconographie et les sources littéraires anciennes, toutes relues sans complaisance. Quinn montre que les populations du Levant se définissaient d’abord par leur cité (on était Tyrien, Sidonien, Byblien), par leur famille, par leurs liens coloniaux ou par leurs pratiques religieuses, mais presque jamais par une appartenance ethnique globale. Aucune inscription phénicienne connue n’emploie d’ailleurs un mot équivalent à « Phénicien » pour se désigner collectivement. La seconde moitié du livre retrace la fabrique moderne de l’idée phénicienne et s’attarde sur la manière dont les érudits européens ont projeté leurs obsessions nationales sur un passé reconstruit à leur convenance — jusqu’à Ernest Renan, dont la Mission de Phénicie (1864), commandée par Napoléon III, a largement façonné l’image savante du sujet au XIXᵉ siècle.

Le livre divise la communauté scientifique : certains spécialistes jugent la déconstruction trop radicale et rappellent qu’une identité peut être floue sans être inexistante. La préface de Corinne Bonnet pour l’édition française évoque d’ailleurs ces désaccords. Il n’en reste pas moins que, depuis sa parution, ce livre s’est imposé dans tous les débats sur l’identité phénicienne.


5. La religion des Phéniciens et des Araméens (Corinne Bonnet et Herbert Niehr, 2014)

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Ce volume, traduit de l’allemand (édition originale de 2010) et publié chez Labor et Fides dans la collection « Le Monde de la Bible », rassemble en fait deux études distinctes. Signée Corinne Bonnet, la première moitié traite du monde phénicien et de son prolongement carthaginois — dit « punique », l’adjectif utilisé pour qualifier la culture de Carthage et de ses colonies à partir du VIᵉ siècle avant notre ère. La seconde, due à Herbert Niehr, professeur à la Faculté de théologie catholique de Tübingen, concerne les royaumes araméens de Syrie, voisins septentrionaux des Phéniciens. Les deux parties n’interagissent guère l’une avec l’autre, ce qui est une petite frustration, mais chacune fait autorité dans son domaine.

Corinne Bonnet adopte une approche thématique : elle restitue les panthéons des trois grandes cités du Levant (Byblos, Sidon, Tyr), puis celui de Carthage, avant d’aborder les sanctuaires, le personnel cultuel, les rites, les pratiques funéraires et la question — toujours délicate — du tophet. Ce mot désigne un type d’enclos sacré attesté à Carthage et dans plusieurs colonies puniques, où l’on déposait des urnes remplies de restes d’enfants et d’animaux incinérés ; les auteurs romains y ont vu la preuve de sacrifices humains systématiques, thèse que l’archéologie récente nuance sans l’écarter totalement. Corinne Bonnet insiste aussi sur la nécessité de sortir du prisme déformant de la Bible hébraïque, qui réduisait les religions cananéennes à un catalogue d’abominations — idolâtrie, prostitution sacrée, sacrifices d’enfants — pour mieux dissuader les Hébreux de retomber dans le polythéisme.

Il ne s’agit pas d’un livre grand public : la terminologie est technique, les divinités souvent désignées par leurs noms sémitiques, et la lecture demande de suivre des dossiers épigraphiques précis. En revanche, pour qui s’intéresse à Baal, à Astarté, à Eshmoun (le dieu guérisseur de Sidon) ou à Melqart (le patron de Tyr), et souhaite dépasser les clichés sur la « cruauté » supposée des cultes phéniciens, cette synthèse est la référence francophone.


6. Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique (Edward Lipiński, Corinne Bonnet, Claude Baurain, Jean Debergh, Éric Gubel et Véronique Krings, 1992)

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Ce gros volume de plus de cinq cents pages publié chez Brepols reste à ce jour le seul dictionnaire encyclopédique consacré à la civilisation phénicienne et punique. Dirigé par six chercheurs et nourri par plus de quatre-vingts contributeurs internationaux, il offre une notice assortie de références bibliographiques pour chaque site archéologique, chaque divinité, chaque roi, et même pour les savants du XIXᵉ et du XXᵉ siècle qui ont contribué à la discipline.

Il ne se lit évidemment pas du début à la fin (sauf pour les amateurs de performances). Son usage est celui d’une bibliothèque portative qu’on consulte au gré des besoins : pour vérifier la datation d’une inscription retrouvée en Sardaigne, situer un comptoir obscur sur la côte marocaine, préciser les attributs de Tanit (la grande déesse carthaginoise) ou revoir les travaux d’Ernest Renan sur les textes de Byblos. Cartes, plans de sites, tableaux chronologiques et planches photographiques complètent les notices.

Parution en 1992 oblige, certaines entrées ont vieilli, notamment sur les fouilles de la péninsule ibérique et du Maghreb, qui ont beaucoup progressé depuis. Cela ne remet pas en cause l’utilité du volume, qui reste le point de départ obligé de toute recherche ponctuelle.