Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après « Wild » de Cheryl Strayed ?

Que lire après « Wild » de Cheryl Strayed ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

En 2012, Cheryl Strayed publie Wild, récit autobiographique de sa randonnée en solitaire sur le Pacific Crest Trail à l’été 1995. À vingt-six ans, dévastée par la mort de sa mère, un divorce et des années d’autodestruction, elle décide de parcourir 1 700 kilomètres de ce sentier mythique de l’Ouest américain, du désert de Mojave à l’État de Washington, avec pour seul compagnon un sac à dos si monstrueusement lourd qu’elle le baptise « Monster ». Traduit en quarante langues et vendu à plus de cinq millions d’exemplaires, le livre est adapté au cinéma en 2014 par Jean-Marc Vallée, avec Reese Witherspoon dans le rôle principal. Salué par le New York Times et sélectionné par Oprah Winfrey pour relancer son club de lecture, Wild est devenu une référence du nature writing et du féminisme contemporain.

Si vous venez de refermer ce livre et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine : des récits où la nature, le deuil, la solitude et la reconstruction se répondent.


1. Tracks (Robyn Davidson, 1980)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

En 1977, Robyn Davidson quitte Alice Springs pour la côte ouest de l’Australie avec quatre chameaux — Dookie, Bub, Zeleika et Goliath — et son chien Diggity. 2 700 kilomètres de désert et de bush à traverser, seule. Le détail qui pimente l’affaire : elle a débarqué dans cette ville du bout du monde avec cinq dollars en poche et aucune connaissance des chameaux. Il lui faudra deux ans de préparation, de petits boulots ingrats et de négociations avec des dresseurs récalcitrants avant de pouvoir prendre la route.

Tracks n’est pas qu’un récit d’aventure : c’est aussi un témoignage politique sur la condition des Aborigènes dans l’Australie des années 1970 — les enfants métis arrachés à leurs mères, les terres ancestrales confisquées, le racisme ordinaire des colons blancs. Surnommée « the Camel Lady » par la presse (à son grand dam), Davidson refuse avec constance qu’on la réduise à une image de carte postale. Son rapport au photographe Rick Smolan, envoyé par le National Geographic pour documenter le périple — et qu’elle n’a jamais invité —, donne lieu à des pages aussi drôles qu’acerbes sur la tension entre solitude choisie et spectacle médiatique.

Le livre a remporté le premier prix Thomas Cook du livre de voyage et a été adapté au cinéma en 2013 par John Curran, avec Mia Wasikowska.


2. Le chemin de sel (Raynor Winn, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Raynor et son mari Moth se cachent sous l’escalier de leur maison pendant que des huissiers tambourinent à la porte. En l’espace d’une semaine, ils perdent tout : leur ferme, construite pierre après pierre, et l’espoir d’un avenir ordinaire — Moth, à tout juste cinquante ans, vient de recevoir un diagnostic de dégénérescence corticobasale, une maladie neurologique rare et incurable qui provoque une paralysie progressive et une détérioration des fonctions cognitives. En clair : les médecins lui annoncent qu’il perdra peu à peu l’usage de son corps et de son esprit. La réponse de Raynor à cette double catastrophe tient en une phrase : « On pourrait simplement marcher. » Sacs bon marché sur le dos, tente d’occasion et 115 livres sterling en poche, les voilà sur le South West Coast Path, le sentier côtier du sud-ouest de l’Angleterre : 1 013 kilomètres du Somerset au Dorset, via les Cornouailles et le Devon.

Ce qui fait la force de ce récit, c’est la tension permanente entre la splendeur des paysages — falaises, landes, criques — et la réalité crue de l’itinérance. Raynor et Moth dorment en camping sauvage (illégal), comptent chaque penny, affrontent la faim, la douleur et le regard méprisant de ceux qui ne voient en eux que des sans-abri. Mais au fil des semaines, la marche quotidienne produit un effet que personne n’avait anticipé : les symptômes de Moth, au lieu de s’aggraver, commencent à refluer. Ses douleurs diminuent, sa mobilité s’améliore. Le sentier ne le guérit pas — la maladie reste là —, mais il lui rend du temps.

Vendu à plus d’un million d’exemplaires et lauréat du prix de la Toison d’or du livre d’aventure 2023, Le chemin de sel a été adapté en film avec Gillian Anderson.


3. Sauvage par nature (Sarah Marquis, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Mille jours. Mille nuits. Vingt mille kilomètres à pied, seule, de la Sibérie à l’Australie. Nommée « Aventurier de l’année » par le National Geographic en 2014, l’aventurière suisse Sarah Marquis a baptisé cette expédition « eXplorAsia », et le nom n’a rien d’excessif : elle traverse la Mongolie, le désert de Gobi, la Chine, le Laos, la Thaïlande et l’Australie avec une charrette où elle transporte son équipement. Pas de coéquipier, pas d’équipe au sol — son instinct et une bonne dose de ruse pour toute protection.

Car le danger, ici, ne vient pas seulement du climat ou du relief. En Mongolie, Sarah doit se cacher chaque nuit pour échapper aux cavaliers qui rôdent autour de son campement et la menacent de vol, de violence ou pire. Au Laos, elle traverse des zones contrôlées par des trafiquants de drogue. En Chine, elle se déguise parfois en homme pour passer inaperçue. Le récit n’hésite pas à montrer la dureté de ce que signifie être une femme seule dans des territoires hostiles, sans rien enjoliver.

Sauvage par nature n’est pas un guide de développement personnel déguisé en récit de voyage. C’est le compte rendu brut — parfois drôle, souvent abrupt — d’un corps et d’un esprit mis à l’épreuve pendant trois ans. Sarah Marquis ne cherche pas à séduire son lecteur·ice ; elle cherche à savoir ce qui reste de l’être humain quand on lui retire le confort, la technologie et la compagnie — et la réponse, selon elle, tient en deux mots : l’instinct et l’adaptation.


4. L’étincelle du désert (Sarah Marquis, 2024)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Sarah Marquis repart en Australie, cette fois dans les déserts du Great Victoria et du Gibson, deux des zones les plus arides et les plus isolées du continent — une expédition que les locaux qualifient sans détour de « folie ». Pas de point d’eau, pas de réseau, pas d’âme qui vive sur des centaines de kilomètres. Mais ce qui rend ce voyage différent des précédents, c’est le contexte intime : Sarah vient de perdre sa mère.

C’est ce deuil qui donne au récit sa tonalité particulière. Dans Sauvage par nature, la marche était un défi physique et logistique avant tout. Ici, elle devient un moyen de tenir debout face au chagrin. Le désert australien, dénué de toute distraction, ne permet aucune échappatoire : pas de téléphone, pas de voix humaine, rien que le vent et la chaleur. Impossible de s’occuper l’esprit ou de différer la peine — il faut l’affronter. Et c’est paradoxalement l’épuisement physique de la marche qui finit par faire son travail : quand le corps n’a plus d’énergie que pour avancer, la douleur du deuil perd de son emprise.

Le livre vaut aussi pour ses scènes de rencontre avec la faune du bush — les dingos qui la suivent de nuit, les oiseaux du désert — et pour le portrait saisissant d’un paysage que très peu de gens ont vu de leurs propres yeux. Si Wild vous a parlé par sa dimension cathartique — marcher pour survivre à un deuil —, L’étincelle du désert pousse cette logique encore plus loin, dans un décor plus radical.


5. L’écart (Amy Liptrot, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Le titre français désigne une bande de terre côtière dans les îles Orcades — un archipel rude et venteux au nord de l’Écosse, à la même latitude qu’Oslo — où animaux sauvages et bétail paissent côte à côte, loin de tout. En anglais, le livre s’appelle The Outrun, du nom de cette parcelle sur la ferme familiale. Mais « l’écart », en français, dit aussi autre chose : la distance qu’Amy Liptrot a creusée entre elle et le monde. Elle a grandi dans cet archipel avant de fuir vers Londres, où elle a passé dix ans à se noyer dans l’alcool. Dix ans de nuits chaotiques, de précarité, de relations ratées et de dérapages de plus en plus graves, jusqu’au point de rupture.

Le retour aux Orcades n’a rien d’un conte. Il ne suffit pas de troquer un pub londonien contre un bain de mer glacé pour guérir d’une addiction. Amy reconstitue sa vie fragment par fragment : la natation en eau froide, l’observation du râle des genêts — un oiseau nocturne en voie d’extinction, aussi farouche qu’elle —, la reconstruction de murets de pierre, le repérage des étoiles, le rythme des marées. Le récit avance par allers-retours entre Londres et les Orcades, entre le chaos et le calme — une structure non linéaire qui reflète la réalité d’une désintoxication faite de rechutes et de reprises.

Ce qui rend L’écart singulier, c’est le refus de tout manichéisme. Amy Liptrot n’oppose pas la « bonne » nature à la « mauvaise » ville. Elle sait qu’elle a besoin des deux, et que l’idéalisation de la vie insulaire serait un autre piège. Le livre a reçu le prix Wainwright en 2016, qui couronne chaque année le meilleur ouvrage britannique de nature writing — littéralement « écriture de la nature », un genre littéraire où récit personnel et observation du monde naturel se nourrissent l’un l’autre.


6. Sur les chemins noirs (Sylvain Tesson, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans la nuit du 21 août 2014, Sylvain Tesson, ivre, escalade la façade du chalet d’un ami en Savoie et chute de huit mètres. Fractures multiples, coma, paralysie faciale, des mois de rééducation. Habitué aux expéditions au long cours, l’écrivain-voyageur se retrouve immobilisé dans un lit d’hôpital, le visage difforme, la colonne vertébrale hérissée de vis. Sur ce lit, il se fait une promesse : traverser la France à pied. Non pas sur les GR balisés, mais sur ce qu’il appelle les « chemins noirs » — ces traits fins sur les cartes IGN au 1/25 000e, sentiers oubliés, pistes à ornières, sentes englouties par les ronces. Du Mercantour au Cotentin, en diagonale, du 24 août au 8 novembre 2015.

Le livre est court (142 pages) et dense. D’un côté, un récit de rééducation par la marche : Tesson, le crâne enfoncé, la colonne vissée, réapprend à mettre un pied devant l’autre sur des chemins accidentés au lieu de tourner en rond sur un tapis roulant d’hôpital. De l’autre, un portrait de la France rurale qui s’efface : hameaux désertés, sentiers rayés des cartes, paysages grignotés par les zones commerciales et les ronds-points. Tesson voit dans ces chemins oubliés les derniers espaces où il est encore possible de disparaître du quadrillage numérique et administratif.

Le ton oscille entre contemplation mélancolique des paysages et coups de griffe contre le monde moderne — on sent l’homme qui a vécu six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal (Dans les forêts de Sibérie) et qui supporte mal le bruit de fond de la civilisation. Le livre s’est vendu à plus de 230 000 exemplaires et a été adapté au cinéma en 2023, avec Jean Dujardin.


7. Into the Wild (Jon Krakauer, 1996)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

En septembre 1992, des chasseurs découvrent le corps d’un jeune homme dans un bus abandonné de la piste Stampede, en Alaska. Il s’appelle Christopher McCandless. Il a vingt-quatre ans. Diplômé de l’université Emory, issu d’une famille aisée de Virginie, il avait tout pour mener une existence confortable. Il a choisi autre chose : faire don de ses 24 000 dollars d’économies à Oxfam, abandonner sa voiture, couper tout lien avec sa famille sans un mot d’explication, et prendre la route. Pendant deux ans, sous le nom d’Alexander Supertramp, il a sillonné les États-Unis en vagabond, nourri par les lectures de Tolstoï, Thoreau et Jack London, avant de s’enfoncer seul dans les forêts d’Alaska avec à peine cinq kilos de riz et une carabine. Il n’en est jamais revenu : affaibli par la malnutrition et probablement intoxiqué par des graines de plantes sauvages, il est mort de faim après seize semaines dans les bois.

Le journaliste Jon Krakauer, d’abord auteur d’un article pour le magazine Outside, a passé trois ans à reconstituer l’itinéraire de McCandless — il a retrouvé et questionné tous ceux qui avaient croisé sa route. Into the Wild — publié en français sous le titre Voyage au bout de la solitude — est le résultat de cette enquête : un récit qui alterne témoignages, reconstitution et réflexion sur l’idéalisme, la fuite et les limites de l’autosuffisance. Krakauer y dresse aussi le portrait d’autres solitaires qui ont voulu fuir la civilisation — et de lui-même, jeune alpiniste téméraire en Alaska.

L’histoire de McCandless divise : héros romantique pour les uns, inconscient naïf pour les autres. Sean Penn en a tiré un film devenu culte en 2007. Wild et Into the Wild se font écho de manière troublante : même rejet d’une vie toute tracée, même conviction que la nature sauvage révélera quelque chose d’essentiel sur soi — mais là où Cheryl Strayed en revient transformée, McCandless, lui, y laisse sa vie. L’une de ses dernières notes, griffonnée dans son journal, résume cette prise de conscience tardive : « Le bonheur n’est réel que s’il est partagé. »


8. M pour Mabel (Helen Macdonald, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Helen Macdonald est historienne, naturaliste et universitaire à Cambridge. Depuis l’enfance, elle se passionne pour les rapaces et la fauconnerie — un monde fermé, aristocratique, peuplé d’hommes en tweed sortis d’Eton. Quand son père, photographe et premier complice de cette passion, meurt brutalement, elle prend une décision que personne autour d’elle ne comprend : acquérir un autour de huit semaines et le dresser. L’autour (Accipiter gentilis) est un grand rapace forestier au regard fixe et aux serres redoutables, réputé le plus sauvage et le plus imprévisible des oiseaux utilisés en fauconnerie — là où le faucon pèlerin est noble et coopératif, l’autour est nerveux, méfiant, explosif. Helen appelle le sien Mabel, du latin amabilis, « aimable ». Ce qui, pour un autour, relève de l’optimisme assumé.

Le livre articule trois récits : le dressage de Mabel, jour après jour, avec une patience infinie — rester immobile pendant des heures, gagner la confiance d’un être qui n’a aucune raison de vous faire confiance ; les souvenirs du père disparu, les promenades partagées, les oiseaux observés ensemble ; et l’histoire de T. H. White, l’auteur anglais du cycle arthurien (L’Épée dans la pierre), qui avait lui aussi tenté de dresser un autour dans les années 1930. Personnage tourmenté, solitaire et brutal, White avait voulu soumettre l’oiseau par la force — et l’avait perdu. Le parallèle entre les deux parcours, séparés par des décennies, donne au récit sa colonne vertébrale : là où White imposait sa volonté, Macdonald apprend à céder devant celle de Mabel.

M pour Mabel est le livre le plus atypique de cette liste : pas de randonnée, pas de sentier, pas de kilomètres avalés. Mais c’est un récit de deuil et de reconstruction par le lien avec un animal sauvage, au même titre que Wild est un récit de deuil et de reconstruction par la marche — sauf qu’ici, la nature a des serres, un bec crochu et une fâcheuse tendance à fondre sur les lapins du voisin. Prix du meilleur livre étranger 2016.