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Que lire après « Les Impatientes » de Djaïli Amadou Amal ?

Que lire après « Les Impatientes » de Djaïli Amadou Amal ?

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Publié en 2020 aux éditions Emmanuelle Collas, Les Impatientes est un roman de l’écrivaine et militante camerounaise Djaïli Amadou Amal. Il donne successivement la parole à Ramla, Hindou et Safira, trois femmes peules du nord du Cameroun prises dans l’engrenage des mariages forcés, de la polygamie et des violences conjugales. Le mot munyal — « patience » en fulfuldé — revient comme une injonction permanente de leur entourage, et finit par devenir insupportable à lire autant qu’à subir. D’inspiration largement autobiographique (l’autrice a elle-même été mariée de force à dix-sept ans), le roman a reçu le prix Goncourt des lycéens 2020, après avoir été distingué par le prix Orange du livre en Afrique en 2019 sous son titre initial, Munyal, les larmes de la patience. Traduit dans une vingtaine de langues, il s’est écoulé à plus de 100 000 exemplaires.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations où il est aussi question de ce silence qu’on voudrait imposer aux femmes.


1. Cœur du Sahel (Djaïli Amadou Amal, 2022)

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Là où Les Impatientes donnait la parole aux épouses des riches familles peules, Cœur du Sahel adopte le point de vue de celles qui les servent. Faydé, adolescente née dans un village montagneux de l’extrême nord du Cameroun, quitte sa mère Kondem et ses terres asséchées pour aller travailler comme domestique à Maroua. Son objectif : envoyer de l’argent aux siens et, peut-être, reprendre un jour le chemin des études pour devenir infirmière. Son prénom signifie « trouvaille » en fulfuldé — un programme que la vie ne rendra pas facile à tenir.

À Maroua, Faydé découvre la vie dorée de Leïla, la fille de son employeur, le mépris de classe qui sépare leurs deux mondes et la menace constante de Boko Haram dans les villages alentour. Mais le roman refuse la tonalité misérabiliste. Là où Les Impatientes laissait peu de répit, Cœur du Sahel ménage de vraies percées de lumière : les amitiés que Faydé se construit, sa découverte de la littérature et, surtout, sa conviction que devenir infirmière n’est pas un caprice mais une issue.


2. Le Harem du roi (Djaïli Amadou Amal, 2024)

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Boussoura et Seini forment un couple moderne installé à Yaoundé. Lui est médecin, elle est professeure de littérature ; ensemble, ils ont élevé quatre enfants et rejeté la polygamie. On appelle même Seini « le féministe » dans leur entourage — un surnom qui ne survivra pas longtemps à la suite des événements. Car à la mort du lamido (le chef politique et religieux de la chefferie peule), Seini, fils de roi, est élu pour lui succéder. L’attrait du pouvoir fait le reste.

Sous la forme d’un conte cruel, Djaïli Amadou Amal ouvre les portes d’un harem contemporain : concubines, esclaves domestiques, intrigues d’alcôve, griots et traditions séculaires. Seini, tiraillé entre ses convictions passées et les prérogatives du trône, ne bascule pas d’un bloc : on le regarde céder, concession après concession, jusqu’à devenir méconnaissable. Boussoura, elle, assiste à la métamorphose de l’homme qu’elle aimait — et la question se pose vite : rester, ou partir ? Nominé pour le prix du Roman Fnac 2024, le roman montre comment le pouvoir ne corrompt pas d’un coup, mais par petites capitulations successives.


3. Une si longue lettre (Mariama Bâ, 1979)

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On ne peut pas parler des Impatientes sans remonter ici. Une si longue lettre est le texte fondateur du féminisme littéraire africain, et il se lit encore aujourd’hui avec la même urgence qu’à sa parution. Ramatoulaye Fall, enseignante sénégalaise et mère de douze enfants, profite des quarante jours de deuil qui suivent la mort de son mari Modou pour écrire une longue lettre à son amie d’enfance, Aïssatou. Elle y revient sur trente ans de vie commune, brutalement fracturés le jour où Modou a pris pour seconde épouse Binetou, la meilleure amie de leur propre fille.

Tout le roman tient dans le contraste entre deux réponses à la polygamie : Ramatoulaye endure ; Aïssatou rompt. Ni l’une ni l’autre n’a tort, ni l’une ni l’autre n’a la tâche facile. Inscrit dans les programmes scolaires et universitaires en Afrique, traduit dans plus de vingt langues, le livre a valu à Mariama Bâ le prix Noma en 1980 — une distinction alors jamais attribuée à une femme. L’autrice est morte l’année suivante, à cinquante-deux ans, peu avant la parution de son second roman, Un chant écarlate.


4. Baba Segi, ses épouses, leurs secrets (Lola Shoneyin, 2010)

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Changement de registre : bienvenue au Nigeria, dans le foyer d’Ishola Alao, dit Baba Segi, patriarche ventripotent et fier propriétaire de trois épouses et sept enfants. Quand il ramène à la maison Bolanle, une jeune femme instruite, comme quatrième épouse, l’équilibre déjà fragile de la maisonnée vacille. Car Bolanle a un avantage que les autres n’ont pas — un diplôme — et un problème que personne ne lui pardonne : les mois passent sans qu’elle tombe enceinte.

Ce qui commence comme un vaudeville domestique (jalousies, coups bas et métaphores savoureuses à base de gombo) bascule peu à peu vers le drame. Lola Shoneyin confie la parole à chaque épouse à tour de rôle : Iya Segi, Iya Tope, Iya Femi, puis Bolanle. Chacune porte ses secrets inavouables — y compris ceux qui menacent de pulvériser les certitudes du patriarche. Le roman ne cherche pas à attendrir ; il amuse, il mord, puis il frappe. Récompensé par le PEN Oakland/Josephine Miles Literary Award en 2011, c’est un premier roman dont la construction en chorale ne laisse aucun personnage au bord du chemin.


5. Le Parlement conjugal (Paulina Chiziane, 2002)

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Direction le Mozambique avec Paulina Chiziane, première femme écrivaine de son pays. Rami, la quarantaine, a consacré vingt ans de sa vie à son mari Tony, haut fonctionnaire de la police de Maputo. Le jour où elle soupçonne une maîtresse, elle en découvre quatre — avec seize enfants dont elle ignorait l’existence. Tony n’est pas simplement infidèle : il a reconstitué, en toute discrétion, un système polygame sauvage qui ne respecte même pas les règles de la tradition.

Plutôt que de s’effondrer, Rami choisit l’offensive. Elle va à la rencontre de ses rivales, une par une, et les convainc de fonder un parlement conjugal pour obliger Tony à assumer la totalité de ses familles. Le renversement est à la fois comique et politique : les épouses prennent le contrôle, le « maître » se retrouve pris à son propre piège, et Tony passe du statut de séducteur tout-puissant à celui d’homme encombrant qu’on se repasse d’une semaine à l’autre. Chiziane glisse aussi, sous l’humour, une cartographie du Mozambique — rites d’initiation au nord, pudibonderie au sud — et des rôles très différents que le pays assigne aux femmes selon leur région de naissance.


6. Chinongwa (Lucy Mushita, 2012)

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Début du XXe siècle, Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe). La famille Mahrewa, chassée de ses terres par les colons lors du « Grand Déplacement », survit à peine sur les parcelles les plus ingrates du village. Muraswa, la fille aînée, a déjà été « cédée » — c’est-à-dire échangée contre de la nourriture — à un vieillard. Chinongwa, neuf ans, sait que son tour approche. Mais elle est si maigre que les prétendants ne se bousculent pas. C’est finalement une femme stérile qui la choisit comme seconde épouse pour son propre mari : un geste en apparence bienveillant, qui va vite se muer en rivalité acharnée.

Lucy Mushita, qui s’inspire de la vie de sa grand-mère, raconte cette existence confisquée avec un ton de conteuse : légendes familiales, superstitions rurales et humour sec. Le roman donne à voir un pan d’histoire rarement représenté en littérature — celui des sociétés traditionnelles d’Afrique australe avant les indépendances, où le poids des castes et des coutumes s’abattait d’abord sur les filles pauvres. Chinongwa, privée d’enfance, d’amour et de choix, met une vie entière à arracher sa liberté. Le chemin est brutal, mais son instinct de survie — têtu, animal, presque comique tant il défie la logique — empêche le roman de sombrer dans la lamentation.


7. Citoyen de seconde zone (Buchi Emecheta, 1974)

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Adah est une jeune Nigériane igbo, déterminée, qui n’a qu’un rêve : faire des études et partir en Angleterre. Dans une société qui considère les filles comme un investissement à rentabiliser via la dot, c’est déjà un acte de rébellion. Elle y parvient pourtant, rejoint son mari Francis à Londres et découvre une réalité que personne ne lui avait annoncée : être noire en Angleterre dans les années 1960, c’est enchaîner les logements insalubres, essuyer le racisme quotidien et confier ses enfants à des nourrices douteuses parce qu’aucune autre option n’existe.

Mais le pire ennemi d’Adah n’est pas le système britannique : c’est Francis lui-même — paresseux, violent, imbu de ses prérogatives masculines, il vit aux crochets de sa femme tout en lui refusant la moindre autonomie. Roman partiellement autobiographique (Buchi Emecheta a vécu un parcours similaire avant de quitter son mari et d’élever seule ses cinq enfants), Citoyen de seconde zone est un livre où la colère ne cède jamais à l’apitoiement. On en sort avec la certitude que la vie vaut la peine d’être vécue — quand même. Le titre anglais, Second-Class Citizen, ne précisait pas le genre ; le titre français, lui, aurait sans doute mérité un « citoyenne ».


8. Mille soleils splendides (Khaled Hosseini, 2007)

Couverture du livre Mille soleils splendides de Khaled Hosseini

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On quitte l’Afrique pour l’Afghanistan. Mariam est une harami — une enfant illégitime — que son père Jalil, riche notable d’Herat, vient visiter une fois par semaine dans la cabane où elle vit avec sa mère. À quinze ans, elle est mariée à Rachid, un cordonnier de Kaboul de trente ans son aîné, brutal et tyrannique. Dix-huit années de soumission s’écoulent. Puis une seconde épreuve survient : l’arrivée sous son toit de Laila, une jeune voisine de quatorze ans, enceinte, que Rachid épouse à son tour.

De rivales, les deux femmes deviennent alliées. Face à la violence de Rachid et d’un pays ravagé par les guerres — soviétiques d’abord, talibanes ensuite —, elles trouvent la force de tout tenter. Le roman couvre près de cinquante ans d’histoire afghane, des années 1960 aux années 2000, et il ne triche pas : la cruauté y est frontale, les espoirs souvent piétinés. Mais c’est aussi un livre habité par une tendresse tenace, celle que deux femmes se portent quand plus personne d’autre ne le fait. Le titre est emprunté à un poème du XVIIe siècle sur Kaboul : « Nul ne pourrait compter les lunes qui luisent sur ses toits, ni les mille soleils splendides qui se cachent derrière ses murs. »


9. Le Silence d’Isra (Etaf Rum, 2019)

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Palestine, 1990. Isra a dix-sept ans et un seul refuge : les livres qu’elle lit en cachette, notamment Les Mille et Une Nuits. Son père lui a choisi un mari, Adam, un Américain d’origine palestinienne installé à Brooklyn. Isra part avec l’espoir vague que l’Amérique lui offrira ce que la Palestine lui refusait. Elle déchante vite. À Brooklyn, rien ne change : les femmes restent cloîtrées, les maris travaillent et ne parlent pas, et sa belle-mère Farida veille à ce que la tradition soit respectée à la lettre. Le devoir d’Isra se résume à une injonction : donner naissance à un fils. Or Isra ne met au monde que des filles.

Dix-huit ans plus tard, Deya, l’aînée de ces filles, est à son tour en âge d’être mariée. Sa grand-mère lui présente des prétendants ; Deya, elle, rêve d’aller à l’université. Un secret de famille, longtemps enfoui, va lui révéler que les femmes de sa lignée étaient plus rebelles qu’elle ne le croyait. Premier roman d’Etaf Rum (elle-même mariée à dix-huit ans), Le Silence d’Isra est aussi un livre sur les livres : c’est la lecture, transmise en cachette de mère en fille comme un acte de désobéissance, qui finit par ouvrir une brèche. Reste à savoir si Deya osera la franchir.