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Que lire après « Jane Eyre » de Charlotte Brontë ?

Que lire après « Jane Eyre » de Charlotte Brontë ?

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Publié en 1847 sous le pseudonyme de Currer Bell, Jane Eyre est le premier roman de Charlotte Brontë. Narré à la première personne, il retrace le parcours de Jane, une orpheline maltraitée par sa tante puis envoyée au sinistre pensionnat de Lowood, où elle finit par devenir enseignante avant d’accepter un poste de gouvernante au manoir de Thornfield. Elle y fait la connaissance d’Edouard Rochester, son employeur ténébreux et imprévisible, dont elle tombe amoureuse — mais le manoir renferme un secret brutal qui bouleversera leur union. À la croisée du roman gothique, du récit d’apprentissage et du plaidoyer pour l’indépendance des femmes, Jane Eyre a imposé dans la littérature anglaise une héroïne d’une trempe inédite : ni belle ni fortunée, mais d’une intégrité morale féroce, résolue à ne jamais céder sur sa dignité.

Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques recommandations.


1. Villette (Charlotte Brontë, 1853)

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Après un désastre familial dont elle ne révèle rien — ou presque —, Lucy Snowe quitte l’Angleterre pour la ville fictive de Villette (Bruxelles à peine déguisée), capitale du royaume de Labassecour (littéralement « la basse-cour » — Charlotte Brontë ne portait pas la Belgique dans son cœur). Sans un mot de français en poche, elle échoue dans le pensionnat de l’étrange Mme Beck, où elle obtient un poste d’institutrice. Là, coincée entre les colères de M. Paul Emanuel, l’irascible professeur d’arithmétique, et les retrouvailles inattendues avec le séduisant Graham Bretton, Lucy encaisse les chocs sans rien laisser paraître — et c’est précisément ce qui rend le roman si troublant.

Car Lucy est une héroïne qui cache des choses à son propre lecteur. Elle tait des informations, minimise ses émotions, refuse de s’apitoyer sur elle-même. Là où Jane Eyre revendique haut et fort sa place dans le monde, Lucy Snowe s’efface — au point que Virginia Woolf voyait en Villette le meilleur roman de Charlotte Brontë, plus riche et plus complexe que Jane Eyre. C’est pourtant Lucy qui, au bout du compte, conquiert sa liberté. Le roman se conclut sur l’une des fins les plus ambiguës de la littérature victorienne — Charlotte Brontë elle-même qualifiait ce dénouement de « petit puzzle ». Vous voilà prévenu·e.


2. La Prisonnière des Sargasses (Jean Rhys, 1966)

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Vous rappelez-vous Bertha Mason, la « folle du grenier » de Thornfield ? Jean Rhys lui a offert un nom véritable — Antoinette Cosway —, une enfance, une voix, et un destin tragique qui éclaire d’un jour nouveau le roman de Charlotte Brontë. La Prisonnière des Sargasses est une préquelle de Jane Eyre, et elle change tout ce que l’on croyait savoir sur Rochester.

Le roman s’ouvre en Jamaïque, peu après l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques, en 1833. Antoinette grandit au domaine Coulibri, entre une mère indifférente qui sombre dans la folie et l’hostilité des anciens esclaves envers les familles de planteurs ruinés. Envoyée au couvent, elle en sort à dix-sept ans pour épouser un jeune Anglais — jamais nommé dans le texte, mais que l’on reconnaît sans peine — froid, calculateur, venu chercher une dot. Le couple part vivre à la Dominique, dans le manoir reculé de Granbois. Très vite, la méfiance prend le dessus. Des rumeurs empoisonnent leur relation ; la vieille Christophine, nourrice martiniquaise d’Antoinette, tente de sauver le couple par l’obeah, une forme de sorcellerie caribéenne — en vain.

Jean Rhys a mis neuf ans à écrire ce roman, publié après vingt-sept ans de silence. La narration alterne entre la voix d’Antoinette et celle de son mari : là où elle voit de l’amour et du désespoir, lui ne voit qu’un piège, un pays hostile et une femme qu’il ne comprend pas. Car ce que Rhys met en lumière est dévastateur : le Rochester de Jane Eyre, ce héros romantique et tourmenté, apparaît ici sous un tout autre jour — un homme qui rebaptise sa femme, lui impose un prénom anglais, et finit par l’enfermer parce qu’il ne supporte ni son monde ni sa liberté. Après cette lecture, on ne relit plus Jane Eyre de la même façon.


3. Rebecca (Daphné du Maurier, 1938)

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« J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. » Peu de premières phrases ont autant marqué les mémoires. Rebecca s’ouvre sur le souvenir d’un manoir disparu, et ne vous lâchera pas avant d’avoir livré tous ses secrets — ou presque.

La narratrice, dont on ne connaîtra jamais le prénom (Daphné du Maurier ne le révèle nulle part — un choix qui dit tout sur la place qu’occupe cette femme dans sa propre histoire), est une jeune femme effacée qui travaille comme demoiselle de compagnie pour l’insupportable Mme Van Hopper à Monte-Carlo. Elle y rencontre Maximilien de Winter, un veuf de quarante-deux ans, propriétaire de Manderley, somptueux domaine en Cornouailles. Il lui propose de l’épouser ; elle accepte. Mais à Manderley, l’ombre de Rebecca, la première Mme de Winter, est partout — dans les monogrammes brodés sur les taies d’oreiller, dans la dévotion fanatique de la gouvernante Mme Danvers, dans chaque regard du personnel. La nouvelle épouse doit livrer un combat silencieux contre une morte qui semble encore régner sur la maison.

Daphné du Maurier a ouvertement reconnu l’influence de Jane Eyre sur son roman : une jeune femme modeste, un homme tourmenté par son passé, un manoir qui semble vivant, et un terrible secret enfoui. Mais là où Charlotte Brontë dotait son héroïne d’un caractère d’acier, Du Maurier pousse le dispositif jusqu’à l’effacement complet de la sienne — pas même un prénom. Tout le génie du roman tient dans cette mécanique : on tremble pour une femme que l’on ne peut même pas nommer, face à une morte dont le nom, lui, est sur toutes les lèvres. L’adaptation d’Alfred Hitchcock en 1940, si brillante soit-elle, ne rend qu’une fraction de la tension qui habite ces pages.


4. La Locataire de Wildfell Hall (Anne Brontë, 1848)

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Anne Brontë a longtemps vécu dans l’ombre de ses deux sœurs. C’est une injustice : La Locataire de Wildfell Hall, son second et dernier roman, est l’un des textes les plus audacieux de l’époque victorienne. Si audacieux, d’ailleurs, que Charlotte en a empêché la réédition après la mort d’Anne : elle jugeait le contenu trop subversif.

Gilbert Markham, un jeune fermier, raconte l’arrivée dans son voisinage d’une femme mystérieuse, Mrs Helen Graham, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils dans le manoir délabré de Wildfell Hall. Les rumeurs enflent dans la petite communauté ; Gilbert, intrigué, finit par gagner sa confiance. Helen lui remet alors son journal intime, qui constitue le cœur du roman : on y découvre son mariage avec Arthur Huntingdon, un homme aussi séduisant que dépravé — alcoolisme, infidélités en série, fêtes interminables avec des amis tout aussi dissolus —, et la décision d’Helen, inouïe pour l’époque, de claquer la porte et de fuir avec son enfant.

Le personnage d’Huntingdon est directement inspiré de Branwell Brontë, le frère d’Anne, mort d’alcoolisme et d’addiction à l’opium. Mais ce qui rend le roman si remarquable, c’est la réponse d’Helen. Elle refuse la résignation, gagne de l’argent par la peinture, et ose verrouiller la porte de sa chambre conjugale. Pour mesurer le scandale, il faut savoir qu’en droit victorien, une épouse n’avait pratiquement aucun droit sur son propre corps ni sur ses biens — tout appartenait au mari. Refuser l’accès à la chambre, c’était renverser l’ordre légal du mariage. Les critiques de 1848 ont été horrifiés. On considère aujourd’hui La Locataire de Wildfell Hall comme l’un des tout premiers romans féministes de la littérature anglaise.


5. Agnès Grey (Anne Brontë, 1847)

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Si La Locataire de Wildfell Hall est un cri de révolte, Agnès Grey est un constat lucide — tout aussi corrosif, mais sur un ton faussement tranquille. Le premier roman d’Anne Brontë raconte, sous forme de journal, les tribulations d’une fille de pasteur dont la famille a été ruinée par un mauvais placement financier, et qui décide de devenir gouvernante pour subvenir à ses besoins. Un parcours étrangement familier pour qui a lu Jane Eyre, publié la même année.

Agnès est d’abord engagée chez les Bloomfield, où elle doit affronter des enfants qui tiennent davantage du fléau que de l’élève — cruels envers les animaux, insolents envers elle, et soutenus en toutes circonstances par des parents persuadés d’avoir engendré des prodiges. Sa seconde place, chez les Murray, n’est guère plus réjouissante : les filles dont elle a la charge ne s’intéressent qu’à la chasse au bon parti, et personne ne voit en Agnès autre chose qu’un meuble utile. Seule l’arrivée de M. Weston, le nouveau vicaire du village, laisse entrevoir une éclaircie.

Le roman est très largement autobiographique — Anne Brontë a elle-même exercé comme gouvernante pendant plusieurs années, et l’on sent à chaque page le poids de l’expérience vécue. Là où Charlotte, dans Jane Eyre, dramatisait la condition de gouvernante à grand renfort de secrets gothiques et de passions dévorantes, Anne opte pour un réalisme sec, précis, parfois mordant, plus proche de Jane Austen que d’Emily Brontë. Agnès Grey est plus court et moins spectaculaire que Jane Eyre, mais sa critique sociale n’en est pas moins acérée — et son plaidoyer pour le respect des animaux, glissé entre deux scènes d’éducation ratée, a quelque chose d’étonnamment moderne.


6. Les Hauts de Hurlevent (Emily Brontë, 1847)

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Si Jane Eyre brûle d’une passion contenue par la morale et la raison, Les Hauts de Hurlevent est le roman où tous les freins ont sauté. Le seul et unique roman d’Emily Brontë est une histoire d’amour et de vengeance d’une violence telle qu’elle a sidéré — et souvent choqué — les lecteurs de 1847.

Tout commence lorsque M. Earnshaw ramène d’un voyage à Liverpool un enfant trouvé, sombre et sauvage, qu’il nomme Heathcliff. Élevé aux côtés de Catherine Earnshaw, sa fille, Heathcliff développe avec elle un lien absolu, presque fusionnel. Mais quand Catherine choisit d’épouser le respectable Edgar Linton, propriétaire de la Grange de Thrushcross, Heathcliff disparaît — pour revenir, des années plus tard, riche et animé d’une rage froide qui s’abattra sur deux générations de Earnshaw et de Linton. Le manoir des Hauts de Hurlevent devient le théâtre d’une spirale de cruauté, de manipulation et de passion dévorante.

Le roman a profondément divisé la critique à sa parution : on l’a qualifié de brutal, de morbide, d’incompréhensible. Aujourd’hui, il est reconnu comme l’un des sommets de la littérature anglaise. La structure narrative est emboîtée comme des poupées russes : un visiteur nommé Lockwood recueille le récit de Nelly Dean, la domestique, qui raconte une histoire de trente ans — si bien que l’on n’accède jamais directement aux événements, toujours filtrés par au moins deux intermédiaires. On est ici très loin du réalisme d’Anne ou de la morale de Charlotte : Emily Brontë a écrit un roman où l’amour ne sauve personne, où la nature est indifférente, et où les morts refusent de rester tranquilles dans leur tombe.


7. Nord et Sud (Elizabeth Gaskell, 1855)

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Elizabeth Gaskell était une amie proche de Charlotte Brontë — c’est elle qui, après sa mort, en rédigera la biographie. Nord et Sud partage avec Jane Eyre une héroïne au caractère bien trempé et une histoire d’amour fondée sur le malentendu et l’orgueil blessé, mais le roman se déploie sur un terrain très différent : celui de la révolution industrielle anglaise.

Margaret Hale, fille d’un pasteur du Hampshire, voit sa vie basculer lorsque son père, en proie à une crise de conscience religieuse, renonce à l’Église anglicane et emmène sa famille à Milton (un Manchester fictif), dans le Nord industriel. Margaret, habituée aux paysages bucoliques du Sud, découvre avec effarement un monde de filatures de coton, de grèves et de misère ouvrière. Elle se lie d’amitié avec les ouvriers, en particulier avec la jeune Bessy Higgins, dont la santé a été détruite par les poussières des ateliers. Et elle entre en collision frontale avec John Thornton, patron de filature, autodidacte inflexible — qui, malgré tout ce qui les sépare, tombe amoureux d’elle.

La comparaison avec Orgueil et Préjugés s’impose — deux caractères fiers qui se heurtent avant de se reconnaître —, mais Nord et Sud ancre sa romance dans un contexte social et politique autrement plus rugueux. Elizabeth Gaskell ne se contente pas de raconter une histoire d’amour : elle confronte deux Angleterre que tout oppose, interroge la responsabilité des patrons envers leurs ouvriers, et donne à Margaret une conscience politique en plus d’un cœur. Le roman a d’abord paru en feuilleton dans la revue de Charles Dickens, Household Words — qui, ironie du sort, venait tout juste de publier Les Temps difficiles, son propre roman sur le monde industriel.


8. Du bout des doigts (Sarah Waters, 2002)

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On quitte ici les landes et les presbytères pour les bas-fonds du Londres victorien — mais l’esprit gothique, lui, n’a pas bougé d’un pouce. Du bout des doigts est un roman à tiroirs où rien n’est ce qu’il semble être, et où chaque certitude du lecteur sera méthodiquement démantelée.

En 1862, Sue Trinder, une orpheline élevée par une tribu de voleurs et de receleurs dans le quartier de Lant Street, se voit proposer par un escroc surnommé « Gentleman » un plan imparable : se faire engager comme dame de compagnie auprès de Maud Lilly, une riche héritière recluse dans un sinistre manoir, afin de la pousser à épouser Gentleman — qui empochera sa fortune. Le piège se referme… mais pas du tout sur la personne prévue. Car entre Sue et Maud naît une histoire d’amour qui va faire voler l’arnaque en éclats.

Le roman est construit en trois parties, et chacune retourne la précédente comme un gant. Sarah Waters emprunte à Dickens le goût des bas-fonds grouillants, à Wilkie Collins l’art du suspense à voix multiples, et y ajoute une dimension que ni l’un ni l’autre n’auraient osée : une romance entre deux femmes, dans un contexte où l’asile psychiatrique guette celles qui dérangent. Du bout des doigts est aussi un roman sur le pouvoir des livres — et sur leur détournement : l’oncle de Maud la contraint, depuis son enfance, à lui lire à voix haute sa collection de livres pornographiques devant un public de bibliophiles. Maud n’est pas seulement prisonnière d’un manoir ; elle est prisonnière d’une bibliothèque. Le film Mademoiselle de Park Chan-wook (2016), qui transpose l’intrigue dans la Corée des années 1930, en offre une adaptation aussi libre que réussie.


9. Le Treizième Conte (Diane Setterfield, 2006)

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Vida Winter est la romancière la plus célèbre de Grande-Bretagne. Elle est aussi la plus insaisissable : à chaque journaliste venu l’interroger sur sa vie, elle a servi une histoire différente, chaque fois plus extravagante que la précédente. Mais Vida est désormais vieille et malade, et elle veut — enfin — raconter la vérité. Elle choisit pour biographe Margaret Lea, une jeune libraire spécialisée dans la littérature du XIXe siècle, passionnée par les sœurs Brontë et hantée par la perte d’une jumelle dont personne ne lui a jamais parlé.

Ce que Vida lui confie, jour après jour, dans la bibliothèque de sa maison isolée, c’est l’histoire de la famille Angelfield : un manoir en ruine dans la campagne anglaise, des jumelles livrées à elles-mêmes — Emmeline et Adeline —, une gouvernante nommée Hester qui tente en vain de rétablir l’ordre, un incendie, des disparitions, et un treizième conte qui n’a jamais été publié. Margaret comprend peu à peu que le récit de Vida fait écho à sa propre blessure : toutes deux portent la marque d’une jumelle absente.

Diane Setterfield, spécialiste de littérature française (elle a soutenu une thèse sur André Gide — on a vu parcours plus prévisible pour une autrice de roman gothique), a construit Le Treizième Conte comme un hommage assumé aux classiques victoriens. Jane Eyre y est cité à de nombreuses reprises, et l’on retrouve l’ombre de Rebecca dans le manoir d’Angelfield. Le résultat est un roman à la fois nostalgique et retors, qui ravira tous ceux et toutes celles qui pensent que les meilleures histoires se racontent au coin du feu, avec un chat sur les genoux et une tasse de thé qui refroidit — parce qu’on a oublié de la boire.