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Que lire après « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra ?

Que lire après « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra ?

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Publié en 2008 aux éditions Julliard, Ce que le jour doit à la nuit est un roman de Yasmina Khadra (pseudonyme de Mohammed Moulessehoul) dont l’action se déroule en Algérie, des années 1930 jusqu’à l’indépendance en 1962. On y suit Younes, un jeune garçon algérien confié à son oncle pharmacien dans l’Oranais, où il grandit au sein de la communauté pied-noire sous le prénom de Jonas. Il y noue des amitiés et tombe amoureux d’Émilie, une jeune femme que tous les garçons du village se disputent. Tandis que la guerre d’Algérie disloque les liens entre les communautés, Younes se retrouve écartelé entre deux mondes. Élu meilleur livre de l’année 2008 par le magazine Lire et récompensé par le prix France Télévisions, le roman a été adapté au cinéma par Alexandre Arcady en 2012.

Si vous venez de refermer ce livre et que vous vous demandez vers quoi vous tourner ensuite, voici quelques recommandations dans la même veine.


1. Les Vertueux (Yasmina Khadra, 2022)

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Algérie, 1914. Yacine Chéraga, jeune berger qui n’a jamais quitté son douar, est envoyé en France pour combattre dans les tranchées à la place du fils d’un caïd tout-puissant, Gaïd Brahim. En échange, on lui promet une ferme, de l’argent et une épouse. Quatre années d’horreur plus tard, Yacine rentre au pays pour découvrir qu’il a été dupé : le caïd veut effacer toute trace de la supercherie et le faire disparaître. Commence alors un long périple à travers l’Algérie de l’entre-deux-guerres — celle des caïds, des bandits d’honneur et des petites gens qui n’ont que leur parole.

Ce qui frappe dans Les Vertueux, c’est la trajectoire de Yacine — un homme que la vie malmène avec une constance presque acharnée, mais qui refuse de renoncer à sa bonté. Autour de lui gravitent des personnages secondaires d’une épaisseur rare : Sid, compagnon d’infortune devenu hédoniste invétéré ; Zorg Er-Rouge, ancien tirailleur rongé par la colère ; ou encore Mariem, son épouse fidèle malgré l’absence. Le roman couvre près d’un siècle d’histoire algérienne et s’impose comme un pendant naturel de Ce que le jour doit à la nuit : même souffle romanesque, même volonté de réconciliation, mais un regard tourné cette fois vers les Algériens broyés par la double domination coloniale et féodale.

Le livre est aussi, fondamentalement, un roman sur le pardon — un mot qui pourrait sonner creux s’il n’était porté par un personnage aussi solidement ancré que Yacine. On referme les 540 pages avec la certitude que la vertu, chez Khadra, n’est jamais naïve : c’est un choix, et il coûte cher.


2. L’Art de perdre (Alice Zeniter, 2017)

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Trois générations, trois époques, un même silence. Ali, montagnard kabyle devenu petit propriétaire prospère grâce à un pressoir charrié par la rivière (le destin a parfois le sens du timing), se retrouve estampillé « harki » après la guerre d’Algérie — sans que quiconque dans sa famille ait jamais vraiment compris pourquoi. Son fils Hamid arrive en France à l’été 1962, transite par le camp de Rivesaltes, grandit dans un HLM normand et décide d’effacer son passé. Naïma, sa petite-fille, vit à Paris, travaille dans une galerie d’art et ne connaît de l’Algérie qu’une vague toile de fond — jusqu’à ce que les attentats de 2015 la renvoient brutalement à des origines qu’elle n’a jamais eu l’occasion de connaître.

Alice Zeniter, elle-même petite-fille de harki, a abondamment documenté son roman, et cela se sent : la reconstitution historique est d’une précision redoutable, de la Kabylie des années 1930 aux camps de transit, sans oublier les cités de Flers. Mais L’Art de perdre n’est pas un manuel d’histoire ; c’est un roman sur ce qui se perd quand on ne transmet pas — la langue, les souvenirs, le lien. Chaque génération hérite d’un peu moins que la précédente, et c’est à Naïma qu’il revient de décider ce qu’elle fait de ce vide.

Récompensé par le prix Goncourt des lycéens 2017 et le prix littéraire du Monde, ce roman partage avec Ce que le jour doit à la nuit la volonté de raconter l’Algérie à hauteur d’homme — ou plutôt, ici, à hauteur de famille. Khadra s’intéressait aux déchirures entre communautés ; Zeniter s’attache à celles qui traversent les générations.


3. Le Pays des autres (Leïla Slimani, 2020)

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En 1944, Mathilde, jeune Alsacienne, épouse Amine, officier marocain qui a combattu pour la France, et le suit au Maroc. Elle imagine l’exotisme, les orangeraies, une vie neuve ; elle découvre un domaine de terres rocailleuses aux environs de Meknès, une ferme sans confort et un mari qui, de retour chez lui, n’est plus tout à fait l’homme qu’elle a connu en Alsace. Mathilde doit composer avec la belle-famille, le manque d’argent, la méfiance des colons français et celle des Marocains. La décennie couverte par le roman (1944-1956) est aussi celle de la montée des tensions qui aboutiront à l’indépendance du Maroc.

Premier volet d’une trilogie (suivie de Regardez-nous danser et de J’emporterai le feu), Le Pays des autres est porté par une idée limpide inscrite dans son titre : tous les personnages vivent dans le pays des autres. Mathilde est l’étrangère au Maroc ; Amine est l’indigène dans son propre pays sous le protectorat français ; leur fille Aïcha, métisse, n’est chez elle nulle part. Les femmes, surtout, vivent dans le pays des hommes. Slimani ne fait jamais dans le manichéisme : elle montre la violence du système colonial à travers des scènes domestiques — un voisin colon qui refuse de serrer la main d’Amine, un médecin français condescendant avec la petite Aïcha.

Si Ce que le jour doit à la nuit vous a marqué·e par l’histoire d’un couple pris entre deux mondes, Le Pays des autres reprend ce motif dans un autre Maghreb et avec une attention aiguë à la condition des femmes. On passe de l’Algérie au Maroc, mais la question reste la même : à qui appartient la terre qu’on foule ?


4. Le Premier Homme (Albert Camus, 1994)

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Le 4 janvier 1960, Albert Camus meurt dans un accident de voiture. Dans sa sacoche, on retrouve un manuscrit inachevé de 144 pages, rédigé à la main, parfois sans ponctuation. Il faudra attendre 1994 pour que sa fille Catherine décide de publier ce texte brut, non retouché.

Jacques Cormery, double romanesque de Camus, retourne en Algérie sur la tombe de son père, mort à la bataille de la Marne en 1914 alors que Jacques n’avait qu’un an. Il réalise alors qu’il est désormais plus vieux que ne l’a jamais été son père. De ce constat vertigineux naît le besoin de tout retrouver : l’enfance dans un quartier pauvre d’Alger, la mère quasi muette et d’une beauté persistante, la grand-mère autoritaire, l’instituteur M. Germain qui décèle chez le gamin un talent hors du commun et le pousse vers le lycée : autant de fragments d’une vie racontée avec une tendresse dépouillée de tout sentimentalisme.

Le Premier Homme devait être, selon Camus lui-même, son Guerre et Paix — rien de moins. Le projet inachevé garde la marque de cette ambition : c’est à la fois une autobiographie et une tentative de faire le roman de l’Algérie tout entière, de la conquête coloniale à la guerre d’indépendance. Le texte forme un diptyque inattendu avec Ce que le jour doit à la nuit : Khadra raconte l’Algérie depuis la communauté pied-noire vue par un Algérien, Camus la raconte depuis la pauvreté pied-noire vécue de l’intérieur. Deux angles, un même pays perdu.


5. Le Fils du pauvre (Mouloud Feraoun, 1950)

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Un village de montagne en Kabylie, années 1920. Les Menrad ne se rendent pas compte qu’ils sont pauvres — ils sont comme les autres, voilà tout. Fouroulou, le fils aîné, est destiné à devenir berger, comme son père et comme tous les garçons de la mechta. Mais l’école française entre en jeu, et avec elle la possibilité — improbable, presque incongrue — d’un autre avenir. Le roman suit Fouroulou de l’enfance à l’obtention du concours d’entrée à l’École normale de Bouzaréah, à Alger, où il deviendra instituteur.

Derrière Fouroulou se tient Mouloud Feraoun lui-même, qui a vécu cette trajectoire point par point. Ce qui rend Le Fils du pauvre irremplaçable, c’est son regard sans condescendance sur la société kabyle : les assemblées d’hommes (la Jemâa), la répartition des rôles entre filles et garçons, les conflits réglés entre villageois sans recourir à la justice coloniale — tout est restitué avec une précision ethnographique doublée d’un humour discret. Feraoun ne plaide pas ; il montre. Et ce qu’il montre est un monde cohérent, structuré par ses propres lois, que la colonisation n’a ni créé ni détruit mais profondément déstabilisé.

Feraoun a été assassiné par l’OAS le 15 mars 1962, quatre jours avant le cessez-le-feu, avec cinq de ses collègues inspecteurs des centres sociaux. Son roman, souvent comparé aux récits de Jack London ou de Maxime Gorki, reste l’un des textes fondateurs de la littérature algérienne de langue française — et une porte d’entrée vers une Algérie plus rurale et plus âpre que celle de Ce que le jour doit à la nuit.


6. La Grande Maison (Mohammed Dib, 1952)

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Tlemcen, 1939. Omar, dix ans, vit avec sa mère Aïni, ses deux sœurs et sa grand-mère dans une chambre de Dar Sbitar, une maison collective où s’entassent plusieurs familles. Le mot qui revient sans cesse, c’est le pain. Trouver du pain. Avoir du pain. Rêver de pain. Aïni cumule les emplois sans parvenir à nourrir les siens ; la grand-mère maudit le défunt mari qui les a laissés dans la misère ; Omar erre dans les ruelles de la vieille ville et observe un monde dont il pressent, confusément, l’injustice.

Premier volet de la trilogie Algérie (suivie de L’Incendie et du Métier à tisser), La Grande Maison est le roman qui a introduit l’Algérien comme personnage central dans la littérature de langue française — un acte en soi, à une époque où le roman colonial ne lui accordait, au mieux, qu’un rôle de figurant. Dib ne fait pas de discours : il décrit la faim, le froid, la solidarité épisodique entre voisines, les disputes nées de la promiscuité, et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions. Moins de 200 pages suffisent ; pas une n’est de trop.

Récompensé par le prix Fénéon en 1952, ce court roman se lit comme l’envers de Ce que le jour doit à la nuit : non plus la cohabitation entre communautés dans l’Oranais, mais le quotidien des Algériens dans leur propre monde, loin des regards des colons et à bonne distance de tout romantisme.


7. L’Amour, la fantasia (Assia Djebar, 1985)

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Une fillette arabe va pour la première fois à l’école, un matin d’automne, main dans la main de son père. Celui-ci porte un fez sur la tête et un costume européen — instituteur à l’école française en Algérie. Dès cet incipit, tout le roman est là : la double appartenance, la langue de l’autre reçue en héritage, et une femme qui trouvera dans l’écriture ce que la société lui refuse.

L’Amour, la fantasia entrelace deux fils narratifs. Le premier est historique : Assia Djebar reconstitue la prise d’Alger par les Français en 1830, les enfumades du Dahra, puis la guerre de libération des années 1950, à partir des récits des officiers français eux-mêmes. Le second est autobiographique : l’enfance de la narratrice dans une ville côtière, ses premiers émois, le cloître domestique dont elle s’échappe grâce aux livres, sa participation au maquis aux côtés de son frère. Les deux fils se répondent et se chevauchent jusqu’à ne plus faire qu’un : conquérir un pays et conquérir sa liberté de femme, c’est le même combat, avec la même violence et les mêmes cicatrices.

Le titre renvoie à la fantasia — cette chevauchée rituelle ponctuée de coups de feu qui clôt traditionnellement les fêtes — mais aussi à la forme musicale libre et improvisée. Djebar structure d’ailleurs son roman en « mouvements », et son écriture, à la fois classique et lyrique, porte la marque d’une recherche formelle peu commune dans la littérature maghrébine. Première femme nord-africaine élue à l’Académie française (en 2005), Assia Djebar fait ici le travail que les historiens n’ont pas fait : recueillir la parole des femmes algériennes, celles que les archives officielles ont oubliées. Après Ce que le jour doit à la nuit, c’est l’Algérie vue par ses femmes — et il était temps qu’on les entende.