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Que lire après « Requiem » de Pat Mills et Olivier Ledroit ?

Que lire après « Requiem, chevalier vampire » de Pat Mills et Olivier Ledroit ?

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Requiem, chevalier vampire est une série de bande dessinée de dark fantasy créée en 2000 par le scénariste britannique Pat Mills et le dessinateur français Olivier Ledroit. Initialement publiée aux éditions Nickel (un label fondé par les deux auteurs), la série est rééditée chez Glénat depuis 2016.

Elle raconte l’histoire de Heinrich Augsburg, un soldat allemand tué sur le front de l’Est en 1944, qui se retrouve projeté sur Résurrection — une planète cauchemardesque sur laquelle le temps s’écoule à rebours, les terres et les mers sont inversées, et la hiérarchie fonctionne à l’envers de toute morale : plus vos crimes étaient graves sur Terre, plus votre statut est élevé. Adoubé chevalier vampire sous le nom de Requiem, Heinrich n’a qu’une obsession : retrouver Rebecca, la femme qu’il aimait. Autour de lui gravitent des loups-garous, des goules, des zombies, des lémures et, au sommet de la pyramide, Dracula en personne.

Olivier Ledroit peint chacune de ses planches à la main avant de les numériser, ce qui confère à chaque page un niveau de détail et une richesse chromatique rares. Côté scénario, Pat Mills ne recule devant rien : provocation, gore, érotisme et satire politique se bousculent d’un tome à l’autre. Après une interruption de douze ans, un douzième tome est paru en 2024.

Si vous venez de refermer le dernier album et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine — du sang, de la noirceur, des démons, et parfois un humour aussi noir que le fond d’un cercueil.


1. Claudia, chevalier vampire (Pat Mills et Franck Tacito, 2004)

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Le prolongement le plus évident. Claudia, chevalier vampire est le spin-off de Requiem, toujours scénarisé par Pat Mills mais confié au dessinateur Franck Tacito. Le récit se concentre sur Dame Claudia Démona — une figure secondaire de Requiem, ancienne gardienne de la Porte des Enfers sur Terre — et retrace son parcours depuis sa mort prématurée (un sacrifice humain qui tourne mal) jusqu’à son adoubement en tant que chevalier vampire sur Résurrection.

Là où Requiem s’intéressait au destin d’un homme rongé par la culpabilité, Claudia pose un dilemme différent : son héroïne est une mère contrainte par un pacte infernal de sacrifier sa propre fille Carly avant ses vingt et un ans. Or, pour honorer cette clause, il faudrait retourner sur Terre — et personne n’est jamais ressorti des Enfers. L’ensemble repose sur cette impasse, qui donne aux péripéties sanglantes un fond de tragédie maternelle assez inattendu pour une BD gore.

On retrouve l’univers de Résurrection dans toute sa démesure — le grand magasin pour vampires, les techno-cercueils, la présence de personnages historiques réincarnés comme Élisabeth Báthory (la « comtesse sanglante » hongroise du XVIe siècle) — mais dans un ton plus cru et plus frontal que Requiem. Mills ne s’impose aucune limite : le sexe est explicite, les insultes fusent, la violence est constante. Le dessin de Tacito n’a pas la virtuosité picturale de Ledroit, mais il compense par un trait nerveux, des couleurs saturées et un goût du chaos visuel qui colle au caractère trash de la BD. Cinq tomes sont parus à ce jour, dont le dernier chez Glénat en 2021.


2. Sha (Pat Mills et Olivier Ledroit, 1996)

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Avant Requiem, il y avait Sha. Cette trilogie publiée chez Soleil entre 1996 et 1998 constitue la première collaboration entre Pat Mills et Olivier Ledroit sur le marché franco-belge — et c’est cette expérience commune qui a convaincu les deux auteurs de fonder ensemble les éditions Nickel pour publier Requiem sans contrainte éditoriale.

L’histoire démarre dans la France du XVIe siècle : Lara, une jeune fille de seize ans, périt sur le bûcher, accusée de sorcellerie. Avant de mourir, elle invoque la déesse des sorcières et jure de revenir se venger. L’action se transpose ensuite dans un futur proche, à New Eden, une mégalopole américaine où se côtoient robots tueurs, aéronefs futuristes et jeux télévisés délirants. Le lieutenant Duffy et son coéquipier médium Wyler enquêtent sur une vague de meurtres qui ciblent les magnats de la ville, tous membres d’une organisation occulte, la fondation du Destin. Derrière ces assassinats se cache Sha, une guerrière-sorcière envoyée à travers le temps pour accomplir la vengeance de Lara.

Le scénario — une vengeance qui traverse cinq siècles — reste assez linéaire, et le troisième tome souffre d’une compression forcée (la trilogie devait à l’origine compter quatre volumes, mais Soleil l’a limitée à trois). L’intérêt de Sha réside surtout dans son univers cyberpunk sombre et dense : Ledroit, qui n’avait encore jamais travaillé sur un cadre futuriste, construit une ville étouffante, gorgée de néons et de machines. Chaque planche regorge de détails, et l’on y retrouve déjà ses obsessions visuelles — notamment les yeux, omniprésents dans les décors — qui deviendront une signature dans Requiem.


3. Chroniques de la Lune Noire (François Froideval et Olivier Ledroit, 1989)

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C’est ici que tout a commencé pour Olivier Ledroit. Chroniques de la Lune Noire, publiées chez Dargaud (initialement chez Zenda), forment l’une des sagas d’heroic fantasy les plus ambitieuses de la bande dessinée francophone. Le scénariste François Froideval — pionnier du jeu de rôle en France, ancien collaborateur de TSR, la société américaine qui éditait Donjons & Dragons — y déploie un univers médiéval-fantastique où dieux, démons, empires et sociétés secrètes se disputent le contrôle du monde.

Au centre du récit : Wismerhill, un jeune demi-elfe dont la naissance a été annoncée par l’Oracle de l’Empire. D’abord vagabond sans le sou, il voit sa puissance croître de tome en tome, accompagné de compagnons mémorables — Ghorghor Bey, un demi-ogre aussi brutal qu’indéfectiblement loyal, et le mystérieux Pile-ou-Face — tandis que des adversaires comme Haazheel Thorn (un sorcier aux ambitions colossales) ou la succube Hellaynnea (un démon féminin spécialisé dans la séduction) conspirent pour l’utiliser ou le détruire. Les Chroniques assument pleinement leur logique de jeu de rôle : chaque tome apporte des ennemis plus redoutables, des pouvoirs plus grands, des batailles à une échelle toujours supérieure.

Ledroit a dessiné les cinq premiers tomes avant de passer le relais à Cyril Pontet (à partir du tome 6), puis à Fabrice Angleraud pour le second cycle. Son trait, encore raide et parfois confus sur les tout premiers albums, montre déjà ce qui fera sa force sur Requiem : des doubles pages spectaculaires, un goût pour la surcharge visuelle et des créatures au design très personnel. Le premier cycle (14 tomes) forme un ensemble complet ; un deuxième cycle (Terra Secunda) et une série dérivée, Les Arcanes de la Lune Noire, prolongent la saga. Pour qui veut comprendre d’où vient le Ledroit de Requiem, c’est un passage obligé.


4. Rapaces (Jean Dufaux et Enrico Marini, 1998)

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Changement radical de registre. Ici, pas de planète infernale ni de demi-elfes : Rapaces ancre ses vampires dans le New York contemporain, entre gratte-ciels, clubs de nuit louches et politiciens véreux. Le scénariste Jean Dufaux (connu pour Murena, Le Scorpion ou Djinn) et le dessinateur italo-suisse Enrico Marini signent un thriller vampirique en quatre tomes chez Dargaud, complété par un hors-série paru en 2006.

L’intrigue s’ouvre sur une série de meurtres macabres : des victimes vidées de leur sang, un message écrit en lettres cramoisies — Your kingdom is doomed (« Votre règne s’achève »). L’enquête est menée par le lieutenant Spiaggi et son équipière Vicky Lenore, mais les coupables ne sont pas de vulgaires tueurs en série. Drago et Camilla de Molina, frère et sœur, sont les derniers vrais vampires : des créatures nocturnes, assoiffées de sang, héritières d’une lignée ancienne qui refuse le déclin. Car dans le monde de Rapaces, la plupart des vampires ont renoncé à leur nature profonde pour tenter de vivre au grand jour parmi les humains, et cette mutation les affaiblit : ils développent un kyste derrière l’oreille, signe physique de leur dégénérescence. Face à eux, le Grand Conseil dépêche Aznar Akeba, un jeune homme aux capacités surhumaines qui ignore tout de ses origines vampiriques.

La force de Rapaces tient à son croisement entre polar urbain et fantastique. Marini découpe ses planches comme un réalisateur de cinéma : plans larges sur les toits de New York, gros plans sur des visages terrifiés, contre-plongées vertigineuses. Les couleurs — dominantes de rouge sang et de bleu nuit — posent immédiatement l’ambiance. Dufaux, de son côté, construit un monde vampirique en pleine crise interne : les anciens perdent leurs pouvoirs, les jeunes ne savent plus chasser, et les rares « purs » comme Drago et Camilla représentent une menace autant pour les humains que pour leur propre espèce. C’est moins baroque que Requiem, mais tout aussi impitoyable.


5. Hellsing (Kōta Hirano, 1997)

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Si Requiem vous a donné le goût des vampires surpuissants sur fond de nazisme, Hellsing devrait vous parler — et fort. Ce seinen manga (c’est-à-dire destiné à un public adulte), prépublié au Japon dans le magazine Young King Ours entre 1997 et 2008 puis compilé en dix volumes (publiés en France par Tonkam, réédités par Delcourt/Tonkam à partir de 2025), partage avec la série de Mills et Ledroit plusieurs points communs : les vampires comme machines de guerre, les nazis en antagonistes récurrents, et une violence graphique poussée jusqu’à l’excès.

Au cœur du récit : Alucard — anagramme transparent de Dracula — un vampire d’une puissance quasi illimitée, au service de l’organisation Hellsing. Fondée par Abraham Van Helsing lui-même (le chasseur de vampires du roman de Bram Stoker), cette agence clandestine britannique, rattachée à la Couronne et bras armé de l’Église protestante, a pour mission d’éliminer les menaces surnaturelles qui pèsent sur le Royaume-Uni. À sa tête, Sir Integra Fairbrook Wingates Hellsing, héritière de la lignée, dirige les opérations d’une poigne de fer. Lors d’une mission dans le village de Cheddar, Alucard transforme la policière Victoria Seras en vampire et en fait son assistante — un peu malgré elle.

Mais l’ennemi véritable se révèle progressivement : Millennium, une organisation nazie survivante du IIIe Reich, qui a mis au point une armée de vampires artificiels et projette de lancer un assaut total sur Londres. S’ajoute à cela la Section XIII Iscariot, division secrète du Vatican, dont les agents — notamment le redoutable père Anderson — poursuivent leurs propres objectifs avec une ferveur meurtrière. Le résultat est un affrontement à trois camps d’une brutalité extrême, où Londres subit un siège qui la laisse littéralement dévastée.

Comme Requiem, Hellsing refuse toute vision romantique du vampire : Alucard est une arme de destruction massive qui prend un plaisir évident à humilier ses adversaires avant de les anéantir. Kōta Hirano ne fait pas dans la demi-mesure, et c’est cette escalade permanente qui fait tenir l’ensemble sur la durée. Le trait évolue considérablement au fil des dix volumes, d’un style encore maladroit vers des compositions de plus en plus ambitieuses. À noter : les OAV Hellsing Ultimate (10 épisodes, 2006-2012) suivent fidèlement le manga et constituent une excellente porte d’entrée pour qui préfère l’animation.


6. Sláine (Pat Mills et Simon Bisley, 1983)

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Bien avant Requiem, Pat Mills avait déjà fait ses preuves dans la barbarie épique. Sláine est sa création la plus ancienne encore active : le personnage apparaît pour la première fois en 1983 dans le magazine britannique 2000 AD (le même qui publie Judge Dredd), et ses aventures se poursuivent à ce jour. Parmi les nombreux dessinateurs qui se sont succédé sur la série, c’est Simon Bisley qui a laissé l’empreinte la plus forte, avec le cycle du Dieu cornu (The Horned God), publié en 1989-1990 et traduit en français chez Zenda puis réédité chez Nickel et Délirium.

Sláine Mac Roth est un guerrier celte dans une Irlande mythique d’il y a douze mille ans, un monde baptisé Tír na nÓg (le Pays Jeune), où les tribus humaines coexistent avec des créatures monstrueuses et des dieux capricieux. Accompagné d’Ukko, un nain roublard qui lui sert de chroniqueur (et de ressort comique), Sláine doit réunir les quatre trésors sacrés des tribus celtes — le Chaudron de Sang, l’Épée d’argent lunaire, la Lance incandescente du soleil et la Pierre sacrée du destin — pour unifier les peuples face aux seigneurs Drune (des druides corrompus par la magie noire) et aux Fomors (des envahisseurs monstrueux issus de la mythologie irlandaise). Sa particularité physique ? Le spasme de déformation : en plein combat, son corps se tord et enfle de manière grotesque jusqu’à devenir une bête difforme d’une force terrifiante. Pas très élégant, mais redoutablement efficace.

Mills puise abondamment dans la mythologie celtique (le Lebor Gabála Érenn, un recueil médiéval irlandais qui retrace l’histoire mythique de l’Irlande, entre autres sources), qu’il débarrasse de ses réécritures chrétiennes pour restituer un univers résolument païen, centré sur le culte de la déesse-mère Danu. Les planches de Bisley, réalisées en couleurs directes à la gouache, évoquent les peintures de fantasy de Frank Frazetta (l’illustrateur américain célèbre pour ses couvertures de Conan) et de Richard Corben (autre figure de la BD américaine underground) : des corps hypertrophiés, des paysages hallucinés, une brutalité physique qui saute aux yeux. C’est l’un des jalons majeurs de la fantasy en bande dessinée — et, pour les amateurs de Requiem, l’occasion de découvrir ce que Mills faisait déjà dix ans avant Résurrection.


7. 666 (François Froideval et Franck Tacito, 1993)

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On termine avec une BD qui ne s’embarrasse d’aucune subtilité — et qui s’en porte très bien. 666, publiée chez Zenda en six tomes entre 1993 et 2000, réunit le scénariste François Froideval (déjà aux commandes des Chroniques de la Lune Noire) et le dessinateur Franck Tacito (qui retrouvera plus tard Pat Mills sur Claudia) pour un récit d’apocalypse littérale : les portes de l’Enfer se sont ouvertes, et les démons envahissent la Terre.

La parade de l’humanité ? Envoyer au front le père Carmody, un prêtre exorciste de Harlem, amateur d’alcools forts, qui règle les problèmes théologiques au fusil à pompe plutôt qu’au goupillon. Carmody mène la résistance contre les hordes infernales de Lilith, fille de Lucifer, qui a pris la tête d’un trust industriel américain et lâché ses troupes démoniaques sur Manhattan. L’épiscopat panique, les Nations unies s’agitent, le Vatican dégaine le canon à eau bénite (oui, vous avez bien lu), et une bande de jeunes geeks met au point un pistolet à eau sacrée. On est clairement dans le registre du grand n’importe quoi — et c’est voulu.

Froideval et Tacito jouent la carte du trash décomplexé avec un enthousiasme qui ne faiblit jamais au fil des six volumes. Les dialogues sont volontiers vulgaires, les situations poussées jusqu’à l’absurde, et le gore atteint des sommets graphiques — le tout saupoudré d’un érotisme provocateur et d’un humour de caserne qui ne plaira pas à tout le monde. Les titres des tomes donnent le ton : Ante Demonium, Allegro Demonio, Demonio Fortissimo, Lilith Imperatrix Mundi, Atomik Requiem, Missa Dicta Est. Si l’on devait résumer la série en une phrase, ce serait celle de l’éditeur : Froideval et Tacito sont au fantastique ce que Metallica est au heavy metal — trash. Une suite, 6666, a été lancée en 2004 — elle projette Carmody et Lilith dans un futur lointain — mais elle est restée inachevée après deux tomes.