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Que lire après « Persepolis » de Marjane Satrapi ?

Que lire après « Persepolis » de Marjane Satrapi ?

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Persepolis est une bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi, publiée en quatre tomes entre 2000 et 2003 aux éditions L’Association. L’autrice y retrace son enfance et son adolescence à Téhéran, de la révolution islamique de 1979 à son exil en Europe, puis son retour en Iran. Adapté en film d’animation en 2007 (prix du jury au Festival de Cannes), l’album a été traduit dans de nombreuses langues.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. Broderies (Marjane Satrapi, 2003)

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Chez les Satrapi, une fois le repas terminé et les hommes partis faire la sieste, les femmes se réunissent autour du samovar pour ce qu’elles appellent la « ventilation du cœur ». Trois générations de femmes iraniennes se confient alors sans tabou sur l’amour, le mariage, le sexe et les hommes. Les anecdotes s’enchaînent — certaines font rire aux éclats, d’autres glacent le sang.

Broderies prolonge directement l’univers de Persepolis : on y retrouve la même grand-mère au caractère trempé, le même cercle familial. Mais ici, ce sont les femmes seules qui parlent, et elles parlent de tout — mariages forcés, désillusions conjugales, ruses pour reprendre un peu de pouvoir sur leur vie. L’humour ne faiblit jamais, même au milieu des récits les plus durs.


2. Poulet aux prunes (Marjane Satrapi, 2004)

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Téhéran, novembre 1958. Nasser Ali Khan, grand-oncle de l’autrice et virtuose du târ, décide de se laisser mourir après que sa femme a brisé son instrument. Aucun autre târ ne lui procure le même plaisir de jeu. La bande dessinée retrace les huit derniers jours de ce musicien, entre souvenirs, fantasmes et visites de l’ange de la mort.

Derrière cette fable sur un instrument cassé se dévoile peu à peu une histoire d’amour impossible, celle d’Irâne, la femme que Nasser Ali n’a jamais pu épouser. L’album a reçu le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême 2005. La narration est construite comme un compte à rebours — jour après jour, on s’approche de la mort annoncée — et Satrapi entrelace flash-backs, visions et digressions familiales jusqu’à révéler, dans les dernières pages, les vraies raisons du désespoir de son grand-oncle.


3. Femme, vie, liberté (Marjane Satrapi, 2023)

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Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini meurt sous les coups de la police des mœurs iranienne pour un voile mal ajusté. Son décès déclenche un soulèvement sans précédent, porté par le slogan « Femme, vie, liberté ». Marjane Satrapi a réuni dix-sept dessinateurs et dessinatrices — parmi lesquels Joann Sfar, Coco, Lewis Trondheim et Mana Neyestani — ainsi que trois spécialistes (un politologue, un grand reporter et un historien) pour raconter cet événement majeur en bande dessinée.

En vingt-cinq chapitres, l’album alterne récits graphiques et textes de contextualisation pour éclairer les causes et les enjeux du mouvement. On y retrouve le regard incisif et l’engagement de Satrapi, cette fois non plus tourné vers ses propres souvenirs mais vers la jeunesse iranienne d’aujourd’hui.


4. L’Arabe du futur (Riad Sattouf, 2014)

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Né en 1978 d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf a grandi entre la Libye de Kadhafi, la Syrie d’Hafez al-Assad et la Bretagne. Cette série autobiographique en six tomes (2014-2022), vendue à plus de trois millions d’exemplaires et traduite en vingt-trois langues, restitue son enfance et son adolescence telles qu’il les a vécues : avec l’incompréhension, la curiosité et l’humour involontaire d’un enfant ballotté d’un monde à l’autre.

Chaque lieu est associé à une couleur dominante — jaune pour la Libye, rose pour la Syrie, bleu pour la France — qui traduit les émotions du jeune Riad. Au centre du récit, le père : intellectuel obsédé par le panarabisme, tour à tour séduisant et autoritaire, dont les contradictions s’accentuent de tome en tome jusqu’à une rupture familiale brutale. Le premier tome a reçu le Fauve d’or au Festival d’Angoulême 2015.


5. Ces lignes qui tracent mon corps (Mansoureh Kamari, 2025)

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Mansoureh Kamari, Iranienne réfugiée en France depuis 2011, signe ici son premier roman graphique. Elle y raconte son enfance et son adolescence à Téhéran sous le joug d’un patriarcat institutionnalisé : les interdictions (rire, chanter, danser, aimer), les agressions sexuelles répétées, la possibilité légale d’être mariée à neuf ans. Le récit s’ouvre sur une scène où l’autrice, dans le présent, pose nue comme modèle dans un cours de dessin à Paris — un geste de liberté impensable dans le pays qu’elle a fui.

Entièrement composé dans des tons de gris, de noir et de blanc, rehaussé de touches de rouge et de chair, l’album oppose la noirceur d’une enfance volée à la lumière d’une émancipation conquise. Comme Persepolis, il s’agit d’un témoignage autobiographique sur la condition des femmes en Iran, mais d’une génération postérieure.


6. Iranienne : Rebelle et fière au pays des Mollahs (Éric Darbré, Zainab Fasiki & Aran de Shahdad, 2024)

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À Téhéran, Raya, 19 ans, cumule tout ce que le régime des mollahs abhorre : elle est lesbienne, punk, tatouée et amoureuse de la fête et du rock. Un terrible dilemme s’impose à elle : rester en Iran et se trahir, ou fuir à l’étranger et abandonner sa terre natale. Scénarisé par Éric Darbré et Aran de Shahdad, mis en images par la dessinatrice marocaine Zainab Fasiki, ce récit nourri de faits réels retrace les années qui ont précédé le soulèvement de 2022.

Là où Persepolis racontait l’Iran des années 1980 à travers les yeux d’une enfant, Iranienne dépeint la jeunesse contemporaine confrontée au même carcan théocratique, quarante ans plus tard. Le livre met en lumière les résistances souterraines — fêtes clandestines, réseaux LGBTQIA+, culture underground — et souligne, avec une franchise sans détour, que le fossé entre le régime et sa population n’a jamais été aussi profond.


7. Lire Lolita à Téhéran (Azar Nafisi, 2003)

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Ce récit autobiographique n’est pas une bande dessinée, mais il partage avec Persepolis un même ancrage : l’Iran sous la République islamique, vu par une femme qui refuse de s’y soumettre. Azar Nafisi, professeure de littérature à l’université de Téhéran, est contrainte de quitter son poste pour avoir refusé de porter le voile. Elle organise alors, de 1995 à 1997, un séminaire clandestin dans son salon avec sept de ses anciennes étudiantes.

Ensemble, elles lisent et débattent autour de Lolita de Nabokov, Gatsby le Magnifique de Fitzgerald ou Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Ces lectures ne sont pas un simple passe-temps : dans un pays où les libertés individuelles se réduisent de jour en jour, lire un roman interdit revient à affirmer que l’on existe encore en dehors du cadre imposé. Traduit en trente-deux langues et resté plus de cent semaines dans la liste des best-sellers du New York Times, le livre a été adapté au cinéma en 2024 par Eran Riklis, avec Golshifteh Farahani dans le rôle principal.


8. Palestine (Joe Sacco, 1993-1995)

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En décembre 1991, le journaliste et dessinateur américain Joe Sacco se rend en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pour deux mois. Lassé du traitement du conflit israélo-palestinien par les médias américains, il veut recueillir lui-même les témoignages des populations civiles. De ce voyage naît Palestine, œuvre considérée comme l’acte fondateur de la bande dessinée de reportage.

Sacco ne prétend pas à la neutralité : il assume un parti pris en faveur des voix palestiniennes, alors sous-représentées dans la presse occidentale. Son dessin est dense, chargé de visages, de foules et de décors ; avec une précision quasi documentaire, chaque planche restitue le quotidien des camps de réfugiés, les humiliations aux checkpoints, la violence de l’occupation. Le livre, préfacé par l’intellectuel palestinien Edward Said, a reçu l’American Book Award en 1996.


9. Chroniques de Jérusalem (Guy Delisle, 2011)

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Guy Delisle, auteur québécois de bande dessinée, s’installe pour un an à Jérusalem avec sa famille. Son épouse travaille pour Médecins sans frontières ; lui s’occupe des enfants et arpente la ville, carnet de croquis en main. Il en résulte un récit au jour le jour, entre carnet de voyage et chronique politique, dans une cité où cohabitent — non sans heurts — juifs, chrétiens et musulmans.

Le regard de Delisle est celui d’un père au foyer athée, volontiers perplexe, qui essaie de comprendre pourquoi un même trottoir peut relever de juridictions différentes selon les heures et les jours. Son humour pince-sans-rire et son dessin épuré font le reste : on rit, on s’étonne, et on finit par saisir des réalités que des reportages plus solennels peinent à rendre lisibles. L’album a reçu le Fauve d’or du meilleur album au Festival d’Angoulême 2012.


10. Pyongyang (Guy Delisle, 2003)

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Avant Jérusalem, Guy Delisle a passé deux mois en Corée du Nord pour superviser la production de dessins animés dans un studio de Pyongyang. Ce séjour dans l’un des pays les plus fermés du monde donne lieu à un récit où le comique et l’effroi ne cessent de se chevaucher : Delisle raconte avec le même flegme une coupure d’électricité générale et l’obligation de s’incliner devant la statue géante de Kim Il-sung.

Propagande omniprésente, rues désertes, guide-accompagnateur imposé en permanence, absence totale de personnes handicapées dans l’espace public : Delisle note tout, sans jamais hausser le ton. C’est précisément ce décalage — un narrateur désinvolte face à un régime totalitaire — qui rend l’album si efficace. On rit, puis on réalise qu’il n’y a pas de quoi.


11. Le Piano oriental (Zeina Abirached, 2015)

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Zeina Abirached, autrice franco-libanaise née à Beyrouth en 1981, tisse ici un double récit en noir et blanc. D’un côté, l’histoire d’Abdallah Kamanja, pianiste libanais et aïeul de l’autrice, qui dans le Beyrouth des années 1960 tente de mettre au point un piano capable de jouer les quarts de ton propres à la musique orientale. De l’autre, le parcours de Zeina elle-même, entre deux langues et deux cultures, au moment de son installation à Paris.

L’instrument, qui n’a existé qu’en un seul exemplaire avant que la guerre civile ne ravage le Liban, fonctionne comme une métaphore de la coexistence entre Orient et Occident. Le graphisme, saturé d’arabesques et d’onomatopées, donne au livre une dimension presque musicale. Les lecteur·ices de Persepolis y retrouveront des thèmes familiers — l’exil, la double culture, la quête d’identité — traités avec une grâce et une inventivité graphique remarquables.


12. Shadi : une histoire du vol PS752 (Shaghayegh Moazzami, Touka Neyestani & Mana Neyestani, 2025)

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Le 8 janvier 2020, le vol PS752 de Ukraine International Airlines est abattu par deux missiles de l’armée iranienne peu après son décollage de Téhéran. Les 176 passagers périssent, dont Shadi, une jeune Iranienne installée à Toronto, de passage en Iran pour les fêtes et sur le point d’épouser Nima, fils de Touka Neyestani.

Trois auteurs et autrices proches de la victime — les frères Neyestani, dessinateurs de presse en exil, et Shaghayegh Moazzami, illustratrice et amie de Shadi — unissent leurs voix et leurs styles graphiques pour lui rendre hommage.

L’album croise souvenirs intimes, deuil et dénonciation de l’opacité du régime, qui a d’abord nié toute responsabilité. Comme dans Persepolis, le récit personnel se conjugue à la critique politique ; ici, trois perspectives et trois écritures graphiques composent un requiem contre le silence imposé par la République islamique.


13. Nous étions les ennemis (George Takei, Justin Eisinger, Steven Scott et Harmony Becker, 2019)

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George Takei est surtout connu pour son rôle du commandant Sulu dans Star Trek. Dans cette autobiographie dessinée, il revient sur un pan largement occulté de l’histoire américaine : l’internement des Américains d’origine japonaise après l’attaque de Pearl Harbor en 1941. Takei avait quatre ans lorsque sa famille a été envoyée au camp de Fort Rohwer, en Arkansas, où elle est restée près de trois ans.

Le récit alterne entre le regard de l’enfant — pour qui le camp est d’abord une aventure — et celui de l’adulte qui, grâce aux conversations avec son père, a pris la mesure de l’injustice subie. L’album, récompensé par le Will Eisner Award 2020, ne se contente pas de documenter le passé : dans ses dernières pages, Takei établit un parallèle net avec le traitement réservé aux migrants sous l’administration Trump, et rappelle que la démocratie américaine a déjà failli à ses propres principes.


14. Maus (Art Spiegelman, 1986-1991)

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Maus est une œuvre fondatrice du roman graphique. Art Spiegelman y recueille le témoignage de son père Vladek, juif polonais rescapé d’Auschwitz, et expose en parallèle leur relation père-fils abîmée dans le New York des années 1980. Les Juifs y sont représentés en souris, les nazis en chats et les Polonais en cochons — un dispositif allégorique qui, loin de simplifier le récit, en accentue le malaise : on ne s’habitue jamais tout à fait à voir des souris entrer dans les chambres à gaz.

L’œuvre, fruit de treize années de travail, a reçu un prix Pulitzer spécial en 1992 — une première pour une bande dessinée. Maus ne se limite pas au témoignage historique sur la Shoah : Spiegelman y met aussi en scène ses propres doutes, sa culpabilité de fils né après la catastrophe, et l’ombre portée du traumatisme parental sur sa vie d’adulte. Dans plusieurs passages, il se dessine lui-même à sa table de travail, submergé par le poids de ce qu’il essaie de représenter — et c’est cette honnêteté qui donne au livre sa profondeur.


15. Fun Home (Alison Bechdel, 2006)

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Alison Bechdel — à qui l’on doit le célèbre test éponyme sur la représentation des femmes au cinéma — sous-titre Fun Home « une tragicomédie familiale ». Elle y revient sur sa jeunesse en Pennsylvanie, dans la maison qui abritait aussi le salon funéraire (le « Fun Home ») dirigé par son père, Bruce Bechdel, professeur d’anglais qui consacre l’essentiel de son énergie à la restauration maniaque de leur maison victorienne et impose à sa famille une dictature esthétique permanente.

Le cœur du récit tient dans une double révélation : Alison découvre sa propre homosexualité en même temps que celle, longtemps dissimulée, de son père, dont la mort brutale à 44 ans a tout d’un suicide. Proust, Joyce, Fitzgerald, Camus sont convoqués non comme ornements mais comme grilles de lecture : Bechdel déchiffre sa propre famille à travers les livres qui ont façonné l’univers paternel. Fun Home a reçu le Will Eisner Award 2007.


16. Blankets, manteau de neige (Craig Thompson, 2003)

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Ce roman graphique autobiographique de près de 600 pages retrace l’enfance et l’adolescence de Craig Thompson dans une famille baptiste du Wisconsin rural. Entre un père rude, une éducation religieuse étouffante et les brimades subies à l’école, le jeune Craig se réfugie dans le dessin — un « plaisir frivole » que ses éducateurs cherchent à réprimer. Tout bascule lorsqu’il rencontre Raina lors d’un camp paroissial : c’est le premier amour, vécu avec une intensité que la culpabilité religieuse ne parvient pas à entamer.

Le noir et blanc de Thompson parle autant que le texte : les paysages enneigés du Wisconsin se déploient en pleines pages silencieuses, les flocons de neige se confondent avec des motifs calligraphiques, et les scènes d’intimité entre les deux adolescents sont d’une pudeur et d’une justesse qui serrent le cœur. Blankets a reçu le Will Eisner Award 2004 et le prix ACBD 2005.