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Que lire après « Okko » de Hub ?

Que lire après « Okko » de Hub ?

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Publiée chez Delcourt à partir de 2005, Okko est une série de bande dessinée créée par Hub (Humbert Chabuel), répartie en cinq cycles de deux albums — l’eau, la terre, l’air, le feu et le vide. Elle se déroule dans l’empire du Pajan (anagramme de Japan), un Japon médiéval-fantastique plongé dans l’ère Asagiri — « l’ère de la brume » —, une période de guerre civile où les grands clans s’affrontent pour le contrôle de l’empire. Loin des champs de bataille, on y suit Okko, un rônin (un samouraï sans maître) à la tête d’un petit groupe de chasseurs de démons : Noburo, un géant au masque rouge dont personne ne connaît le vrai visage, le moine Noshin, bonze fantasque et amateur de saké capable d’invoquer les esprits de la nature, et Tikku, un jeune pêcheur devenu l’apprenti de Noshin.

Vendue à plus de 1 300 000 exemplaires et traduite en une dizaine de langues, la série fonctionne sur plusieurs niveaux à la fois : des combats au katana nerveux, un bestiaire surnaturel tiré du folklore japonais (oni, pânnagolins, esprits élémentaires), et l’apprentissage de Tikku, qui passe du statut de gamin naïf à celui de véritable invocateur sous la tutelle de Noshin. Hub, qui a travaillé comme designer aux côtés de Moebius et Luc Besson sur le film Le Cinquième Élément avant de créer Okko, y déploie un dessin précis et immersif, aussi à l’aise dans les scènes d’action que dans les paysages crépusculaires.

Si vous vous demandez quoi lire une fois les aventures du plus célèbre rônin du Pajan terminées, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. La Légende des Nuées Écarlates (Saverio Tenuta, 2006)

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Raïdo est un rônin manchot et amnésique qui erre à travers un Japon ancien où les kamis — les divinités de la nature — règnent encore. Il ne sait rien de son passé. Ses seuls indices : deux épées surnommées les « nuées écarlates », héritage d’un père dont il a oublié jusqu’au visage. Des voix répètent une litanie sans fin dans sa tête, et seule la rencontre avec Meiki parvient à les faire taire. À partir de là, Raïdo s’engage sur un chemin de pénitence pour retrouver sa mémoire et ses armes — un chemin qui le mènera jusqu’à la « ville qui parle au ciel », dernier bastion humain face à une glace surnaturelle qui progresse et dévore les terres alentour.

Publiée en quatre albums chez Les Humanoïdes Associés, cette série est le travail d’un seul homme : Saverio Tenuta, artiste italien formé à l’Académie des Beaux-Arts de Rome, qui a tout fait lui-même — scénario, dessin et couleur. Et il ne dessine pas : il peint. Chaque planche a la texture d’un tableau, avec un souci du détail dans les architectures, les armures et les paysages qui doit beaucoup à ses voyages réguliers au Japon. Le récit est violent (on y tranche sec), mais sait aussi prendre son temps — un duel au sabre peut être suivi, sans transition, d’un silence de plusieurs cases sur un temple dans la brume. Saverio Tenuta est décédé en août 2023 à l’âge de 54 ans, mais l’univers des Nuées Écarlates se prolonge à travers deux autres séries — Izunas et Le Masque de Fudo.


2. Samurai (Jean-François Di Giorgio & Frédéric Genêt, 2005)

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Okko et Samurai sont nées la même année, chez deux éditeurs différents, et ont grandi côte à côte dans les librairies. Là où Okko mise sur l’atmosphère et le fantastique, Samurai privilégie l’action et le mystère. Takeo, jeune samouraï élevé dans un monastère sans savoir qui sont ses parents, part à la recherche de son frère Akio, qui l’a abandonné dix ans plus tôt. Il est accompagné de Shiro, un serviteur ventru et poltron dont la principale fonction est d’alléger l’ambiance (il rougit, il tombe, il mange trop — c’est le comic relief assumé de la série). Très vite, la quête personnelle de Takeo se retrouve prise dans un enjeu bien plus vaste : le général Akuma complote contre l’Empereur, et tout semble tourner autour du XIIIe Prophète — une entité mystérieuse découverte dans un sarcophage souterrain, dont la nature exacte n’est révélée que progressivement.

Publiée chez Soleil, la série compte plus d’une douzaine de tomes pour l’arc principal (les neuf premiers dessinés par Genêt, les suivants par Cristina Mormile), auxquels s’ajoutent le spin-off Samurai Légendes et la préquelle Samurai Origines. Genêt a un vrai sens de la mise en scène : ses doubles pages de combat, avec leurs cadrages éclatés et leurs lignes de mouvement, évoquent les chambara — les films de sabre japonais, l’équivalent nippon du western. Di Giorgio connaît bien le registre (il est aussi l’auteur de Senseï et Shaolin) et il sait doser les révélations pour donner envie de lire le tome suivant. Moins contemplatif qu’Okko, plus généreux en rebondissements et en scènes d’action, Samurai assume pleinement son statut de série d’aventure au long cours.


3. Kogaratsu (Bosse & Michetz, 1985)

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Avant Okko, avant Samurai, il y avait Kogaratsu. Née dans les pages du journal Spirou en 1983 — à une époque où le manga n’avait pas encore débarqué en Europe —, cette série franco-belge est pionnière dans son genre. Nous sommes en 1610, au début de l’ère Edo, sur l’île de Hokkaidô. Nakamura Kogaratsu, jeune samouraï au talent martial évident, aide le fils de son ancien seigneur à reprendre ses terres. Mais le voilà contraint de renoncer à la femme qu’il aime — qui se trouve être la nièce du shôgun Tokugawa, rien que ça. Devenu rônin, il prend la route. Chaque album le place dans une situation différente : escorte d’une noble à travers un territoire hostile, enquête sur une trahison au sein de son propre clan, confrontation avec des moines guerriers (les yamabushi, des ascètes montagnards réputés pour leurs pouvoirs mystiques). D’abord arrogant et sûr de lui, Kogaratsu gagne en sagesse au fil des tomes — et en redoutabilité.

Scénarisée par Bosse (Serge Bosmans) et mise en images par Marc Michetz, la série compte treize tomes chez Dupuis. Michetz est un passionné absolu du Japon — Bosse le décrit comme « plus japonais qu’un Japonais » — et ça se voit : les torii (portiques sacrés), les intérieurs de dojos, les armures lacées des samouraïs et les paysages de Hokkaidô sont restitués avec une précision que peu de dessinateurs européens de l’époque pouvaient revendiquer. Les titres des albums donnent le ton : L’Autre Moitié du ciel, La Stratégie des phalènes, Par-delà les cendres. D’un tome à l’autre, Bosse varie les registres — thriller politique, récit de survie en montagne, enquête familiale — sans jamais perdre de vue son personnage, dont la fierté blessée et le sens de l’honneur constituent le vrai fil conducteur de la série.


4. Le Vent des Dieux (Patrick Cothias & Philippe Adamov, 1985)

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Retour aux années 1980, quand le Japon médiéval était encore un territoire quasi vierge pour la BD européenne. Le Vent des Dieux fait partie des séries qui ont défriché ce terrain, dans les pages du magazine Vécu chez Glénat. En 1280, Tchen Qin, samouraï au service du seigneur Oshikaga, est envoyé avec douze compagnons écraser une bande de paysans rebelles qui refusent de payer l’impôt. L’expédition tourne au massacre — pas celui prévu. Tchen Qin est grièvement blessé et sombre aux portes de la mort. Mara, une femme répudiée, parvient à le ramener à la vie, mais il a tout oublié : son nom, son passé, ses compétences de guerrier. Il devra tout réapprendre, dans un Japon du XIIIe siècle où les seigneurs féodaux (les daimyô, maîtres absolus de leurs territoires) se livrent une lutte permanente pour le pouvoir.

Le premier cycle de cinq tomes, dessinés par Adamov, forme un tout cohérent et constitue le cœur de la série. C’est aussi le plus recommandable. Adamov ne cache rien : les scènes de seppuku (le suicide rituel par éventration, pratiqué par les samouraïs pour sauver leur honneur) sont montrées dans leur brutalité complète, l’érotisme est explicite — très inspiré des estampes shunga de l’époque Edo — et la violence des rapports de pouvoir n’est jamais édulcorée. On est loin d’une vision romantique du Japon des samouraïs : Cothias dépeint une société où la hiérarchie écrase tout, où les femmes sont traitées en objets et où l’honneur est souvent un prétexte pour tuer. À partir du tome 6, Thierry Gioux reprend le dessin et la série se poursuit sur seize volumes, mais le premier cycle se suffit à lui-même.


5. L’Habitant de l’infini (Hiroaki Samura, 1993)

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Hiroaki Samura n’avait que 23 ans lorsqu’il a créé Manji, un samouraï qui ne peut pas mourir. Des vers sacrés, les kessen-chû, ont été implantés dans son corps par une nonne de huit cents ans : ils referment ses plaies, recollent ses membres tranchés et le maintiennent en vie contre sa volonté. Manji traîne cette malédiction comme un fardeau — il a tué cent hommes innocents, dont son propre seigneur, et l’immortalité l’empêche de payer pour ses crimes par la mort. Sa route croise celle de Rin Asano, une adolescente dont le père, maître d’un dojo, et la mère ont été assassinés par Anotsu Kagehisa, le chef de l’Ittô-ryû, une école d’escrime dissidente qui veut renverser l’ordre établi des arts martiaux. Manji accepte de l’aider : pour chaque scélérat tué, il se rapproche de son quota de mille — seuil fixé par la nonne pour lever la malédiction.

Publié en France chez Casterman (collection Sakka) en trente tomes, le manga se déroule durant l’ère Edo (1603-1868), la longue période de paix imposée par le shôgunat Tokugawa — un calme apparent sous lequel les tensions entre écoles de sabre couvent en permanence. Le dessin de Samura, réalisé à l’encre de Chine, est volontairement brut, presque griffé — des traits qui semblent jetés à la hâte mais tombent toujours juste. Les duels ne s’étirent pas sur des dizaines de pages : ils explosent en quelques cases, et c’est souvent fini avant qu’on ait compris qui a frappé le premier. Mais la série ne se résume pas à ses affrontements. Les membres de l’Ittô-ryû, censés être les « méchants », ont chacun leurs raisons, leurs doutes et parfois leur honneur — ce qui rend la vengeance de Rin beaucoup moins simple qu’il n’y paraît. Trente volumes, c’est long ; mais Samura a tenu ce rythme pendant dix-neuf ans sans fléchir, la série a reçu un prix Eisner, et Takashi Miike en a tiré un film en 2017 — autant de signes qu’on n’a pas affaire à une série à rallonge, mais à un projet tenu de bout en bout.


6. Lone Wolf & Cub (Kazuo Koike & Goseki Kojima, 1970)

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Si toutes les séries de cette liste ont une dette envers un manga, c’est celui-ci. Lone Wolf & Cub (en japonais Kozure Ōkami, « le loup accompagné de son petit ») a influencé des auteur·ices aussi divers que Frank Miller ou Quentin Tarantino, et n’a toujours pas été détrôné cinquante ans après sa parution. L’histoire : Ogami Ittô est le kôgi kaishakunin du shôgun — autrement dit, l’homme chargé d’assister les seigneurs condamnés à se donner la mort par seppuku, puis de leur trancher la tête une fois le geste accompli. C’est une fonction prestigieuse et redoutée. Le clan Yagyû, qui convoite ce poste, monte un complot pour faire accuser Ittô de trahison. Sa femme est tuée. Il perd tout : titre, honneur, statut. Plutôt que de se soumettre ou de mourir, il choisit la meifumadô, la « Voie de l’Assassin » — un chemin de vengeance qui passe par les enfers bouddhistes. Il prend la route avec son fils Daigoro, un bambin qu’il pousse dans un landau en bois, et loue ses services de tueur à qui peut payer.

Publié entre 1970 et 1976 au Japon et disponible en France chez Panini Manga en édition prestige (douze volumes de 700 pages chacun), ce manga totalise plus de 8 000 pages. Le dessin de Goseki Kojima alterne des passages au lavis — des paysages peints à l’encre diluée qui évoquent les rouleaux de peinture traditionnels japonais — et des scènes d’action d’une brutalité sèche, où un duel peut se résoudre en une seule case muette. Le scénario de Kazuo Koike (également auteur de Crying Freeman) est nourri d’un savoir encyclopédique sur l’ère Edo : le fonctionnement du bakufu (le gouvernement militaire du shôgun), le code du bushidô (l’éthique des samouraïs), la vie quotidienne des paysans, des marchands et des courtisanes — on apprend autant sur le Japon du XVIIe siècle à travers Lone Wolf & Cub que dans un livre d’histoire, sauf qu’ici, les pages se tournent toutes seules. L’adaptation en six films avec Tomisaburo Wakayama (1972-1974), connue en Occident sous le titre Baby Cart, a contribué à faire connaître la série hors du Japon et reste un classique du cinéma de sabre.


7. Dororo (Osamu Tezuka, 1967)

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On termine avec celui que les Japonais surnomment le « dieu du manga » — le créateur d’Astro Boy, du Roi Léo et de Black Jack, entre autres. Avec Dororo, Osamu Tezuka s’aventure sur un terrain plus sombre que d’habitude. L’histoire se situe durant l’époque Sengoku (XVe-XVIIe siècle), une ère de guerres civiles où le Japon était morcelé entre seigneurs rivaux. Le seigneur Daigo Kagemitsu, prêt à tout pour régner, conclut un pacte avec 48 démons : en échange de la prospérité de son domaine, il leur sacrifie 48 parties du corps de son enfant à naître. Le bébé vient au monde privé de bras, de jambes, d’yeux, d’oreilles, de peau — un tronc informe abandonné au fil de la rivière. Recueilli par un médecin, l’enfant reçoit des prothèses articulées — dont certaines cachent des lames — et grandit sous le nom de Hyakkimaru. Privé de ses cinq sens, il développe une perception surnaturelle qui lui permet de repérer les démons. Et chaque démon vaincu lui restitue un morceau de son anatomie : un bras ici, un œil là. Sur sa route, il croise Dororo, un gamin orphelin, voleur et grande gueule, qui s’impose comme compagnon de voyage sans qu’on lui ait rien demandé.

Le concept est imparable — un héros qui se reconstruit littéralement, organe par organe, combat après combat. Tezuka avait prévu une série longue, mais le récit a pris une direction plus noire que ce qu’il souhaitait, et il l’a abrégé : la fin est un peu brusque, et certaines pistes restent ouvertes. Ce n’est pas un défaut rédhibitoire, mais il faut le savoir. En revanche, ce qui frappe, c’est la façon dont Tezuka glisse de l’humour au milieu de la noirceur : les échanges entre Hyakkimaru (stoïque, taciturne) et Dororo (agité, bavard, constamment affamé) fonctionnent comme un duo comique classique du théâtre japonais — le manzai, où un personnage sérieux (le tsukkomi) subit les pitreries d’un partenaire turbulent (le boke). Sauf qu’ici, le duo traverse un Japon ravagé par la famine et les démons. Disponible en édition prestige chez Delcourt (deux volumes), la série a connu un second souffle grâce à l’adaptation en anime de 2019 (studio MAPPA), qui a repris le concept de Tezuka pour aller plus loin — personnages approfondis, fin réécrite, animation soignée — et qui constitue, pour beaucoup, la meilleure porte d’entrée dans cet univers.