Lou ! est une série de bande dessinée jeunesse créée par Julien Neel en 2004 et publiée aux éditions Glénat dans la collection « Tchô ! ». Elle met en scène Lou, une jeune fille créative et indépendante qui grandit au fil des huit tomes de la première saison. Collégienne amoureuse en secret de son voisin Tristan, elle vit seule avec une mère fantasque nourrie aux pizzas et un chat adopté. La série aborde de front la vie en famille monoparentale, les amitiés qui se nouent et se défont au gré des classes, les premiers coups de cœur et les crises d’ado, dans un univers aux couleurs pastels et aux références pop culture que les fans identifient au premier coup d’œil. Récompensée par deux prix jeunesse au Festival d’Angoulême (en 2005 et 2010) et écoulée à plus de 3,4 millions d’exemplaires, Lou ! a la particularité d’avoir grandi en même temps que son lectorat — Lou entre au collège dans le premier tome (2004) et approche de la vingtaine dans le dernier (2018).
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions. Toutes les séries présentées ci-dessous s’adressent à une tranche d’âge comparable à celle de Lou ! (globalement 9-14 ans, avec des variations selon les titres).
1. Lou ! Sonata (Julien Neel, 2020)

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La suite directe — c’est la même héroïne. Dans cette « saison 2 » de Lou !, publiée sous forme de romans graphiques plus volumineux (144 pages par tome, contre 48 auparavant), Lou a désormais vingt ans. Elle quitte le domicile familial pour s’installer seule — enfin, presque : le chat est toujours là — dans la ville de Tygre, où elle entame sa vie d’étudiante. Elle y découvre la solitude d’un premier appartement, la difficulté de se faire des amis dans une ville inconnue, et la question qui revient en boucle : qui est-on, une fois sorti·e du cadre familial et du groupe de copains ?
Le deuxième tome voit Lou organiser un festival de musique sur un terrain hérité à Mortebouse, un projet qui la confronte pour la première fois à de vraies responsabilités d’adulte — logistique, imprévus, tensions entre amis. La musique occupe d’ailleurs une place centrale dans cette saison : chaque tome est accompagné d’un véritable album musical composé par le collectif Krystal Zealot, conçu pour être écouté pendant la lecture. Un troisième et dernier tome est prévu pour conclure la série.
Tranche d’âge conseillée : la série Lou ! originale est généralement recommandée à partir de 9-12 ans (prix jeunesse 9-12 ans à Angoulême pour le tome 1), mais Sonata s’adresse à un lectorat un peu plus âgé — à partir de 13-14 ans environ — car les préoccupations ont changé : indépendance, orientation, sexualité effleurée. Julien Neel lui-même refuse la notion de « cible d’âge » et revendique une BD qui se lit à tout âge, chaque période de vie apportant une compréhension différente.
2. Le Journal d’Aurore (Marie Desplechin & Agnès Maupré, 2016)

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Aurore a quatorze ans, deux sœurs qui la détestent (en tout cas, c’est ce qu’elle affirme), des parents qu’elle juge « insignifiants » et une hostilité franche envers toute forme d’effort scolaire. Heureusement, il y a Lola, sa meilleure amie — qui se demande si elle n’est pas lesbienne parce qu’elle trouve tous les garçons affreux — et Marceau, le nouveau demi-frère de Lola, pour lequel Aurore a un coup de foudre immédiat. Le quotidien d’une ado de troisième, en somme, mais raconté avec un mauvais caractère jubilatoire.
Cette BD est l’adaptation des romans éponymes de Marie Desplechin, parus à l’École des Loisirs entre 2006 et 2009. Desplechin signe elle-même le scénario et a choisi Agnès Maupré au dessin après avoir découvert son travail sur Milady de Winter (une BD adaptant le personnage d’Alexandre Dumas). L’adaptation tient en deux tomes (Jamais contente… toujours fâchée ! et Rien ne va plus !) qui condensent la matière des trois romans originaux. Le récit repose largement sur la voix off : on entend Aurore commenter sa propre vie — capable de se décrire comme « une catastrophe scolaire » tout en accusant ses professeurs d’être ennuyeux, ou de tomber amoureuse de Marceau tout en niant farouchement que ça lui fait quoi que ce soit. Entre le piercing à la langue de sa grande sœur Jessica (financé par la grand-mère, au grand dam des parents), les vacances au camping, la naissance d’un groupe de rock et les débuts amoureux, il se passe finalement beaucoup de choses dans cette vie prétendument « moins passionnante que celle du rat-taupe des plateaux d’Abyssinie » — comparaison dont Aurore elle-même est l’autrice.
Tranche d’âge conseillée : les romans originaux sont indiqués à partir de 12 ans par l’éditeur (l’École des Loisirs). La BD, classée « Tout public » chez Rue de Sèvres (le département BD de la même maison d’édition), convient aux lectrices et lecteurs de 11-14 ans.
3. Le Journal d’Aurélie Laflamme (Véronique Grisseaux & Laëtitia Aynié, d’après India Desjardins, 2015)

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Aurélie a quatorze ans, des « neurones d’écureuil » (son expression), une meilleure amie prénommée Kat dont le cerveau a été « ramolli par les garçons » et une théorie bien à elle : puisque son père est décédé, c’est peut-être parce que des extraterrestres l’ont oubliée sur Terre. Façon comme une autre de ne pas affronter le deuil. On est au Québec, et la BD adapte la série de romans à succès d’India Desjardins (plus de 450 000 exemplaires vendus pour le seul premier tome). Le scénario est signé Véronique Grisseaux, qui a notamment été scénariste de la série télévisée Un Gars/Une Fille, et le dessin est de Laëtitia Aynié.
La série BD, publiée chez Jungle/Michel Lafon, compte sept tomes qui couvrent l’adolescence puis l’entrée dans la vie adulte d’Aurélie — le dernier la retrouve à vingt-deux ans, diplôme en poche, en stage dans un magazine. Sous les catastrophes en série et le comique de situation (Aurélie a le don de transformer chaque situation banale en fiasco mémorable), la BD traite du deuil paternel, de la recomposition familiale — sa mère finit par fréquenter le directeur de son collège, ce qui ne plaît guère à l’intéressée — et de la difficulté de trouver sa place. Le vocabulaire québécois (« c’est plate », « se faire ramollir le cerveau », « avoir les neurones en feu ») dépayse agréablement le lectorat français et donne au récit une couleur locale que l’adaptation a eu la bonne idée de conserver.
Tranche d’âge conseillée : classée en « BD jeunesse » par l’éditeur, la série est généralement recommandée à partir de 10-11 ans et trouvera son public jusqu’à 14-15 ans. Les romans originaux sont destinés aux adolescents (12 ans et plus).
4. Les Cahiers d’Esther (Riad Sattouf, 2016)

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Chaque semaine, Riad Sattouf (l’auteur de L’Arabe du futur, autobiographie dessinée de son enfance entre la France, la Libye et la Syrie) appelle une jeune fille réelle — dont le prénom a été modifié — et lui demande de raconter sa semaine. Il transforme ces confidences en une planche de BD, d’abord publiée dans l’hebdomadaire L’Obs, puis compilée chaque année en album. Résultat : neuf tomes qui suivent Esther de ses 10 à ses 18 ans, de 2016 à 2024. On y croise les chanteurs Tal et Kendji Girac (ses idoles de CM2), le « petit pont massacreur » (un jeu de cour d’école assez brutal), les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015 vus depuis une salle de classe, le coronavirus, et enfin Parcoursup (la plateforme d’orientation post-bac qui stresse des familles entières) — bref, une décennie entière de vie française vue par une enfant qui devient adulte au fil des pages.
Ce qui distingue Les Cahiers d’Esther, c’est la fidélité avec laquelle Sattouf retranscrit le vocabulaire, les modes et les rapports de force à l’intérieur d’une classe d’âge. Esther ne filtre rien : elle parle de ses copines, de « Youporn » (découvert par accident), des garçons qu’elle trouve « trop cons », du racisme ordinaire dans la cour de récré. Sattouf, de son côté, ne corrige rien — il dessine ce qu’elle lui raconte, y compris ce qui dérange. La série, vendue à plus de deux millions d’exemplaires, a également été adaptée en série d’animation sur Canal+.
Tranche d’âge conseillée : c’est la BD de cette sélection où les avis divergent le plus. Plusieurs libraires la recommandent à partir de 10-11 ans (l’âge d’Esther dans le premier tome), mais certaines planches abordent sans détour la vulgarité du langage enfantin, la pornographie en ligne ou le harcèlement scolaire. D’autres sources situent le seuil à 12-13 ans. Comme le formule l’éditeur (Allary Éditions) : ce sont des « histoires d’enfants pas forcément pour les enfants ».
5. Cœur Collège (BeKa & Maya, 2021)

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Garance, « déjà cynique à 11 ans », et Linon, secrètement amoureuse du mystérieux Noa, décident de mener une enquête sur l’amour. Concrètement : elles interrogent les élèves de leur collège, observent les couples qui se forment et se séparent, demandent aux « populaires » (les filles les plus admirées de l’école) comment elles font pour plaire, et tentent de comprendre pourquoi un garçon peut envoyer des messages passionnés un jour et ignorer son amoureuse le lendemain. Le duo de scénaristes BeKa — pseudonyme de Caroline Roque et Bertrand Escaich, par ailleurs auteurs de la série humoristique Les Rugbymen — s’associe à Maya, jeune dessinatrice sarde (de son vrai nom Martina Mura) formée à l’Académie européenne du manga en Toscane. Son dessin mêle l’influence du manga (grands yeux, expressions marquées) et la mise en page de la BD européenne classique — un croisement qui colle bien à l’univers du collège actuel.
La série ne se limite pas aux histoires de cœur. Au fil des cinq tomes parus, elle aborde la séparation des parents de Garance (et la garde alternée qui s’ensuit), le harcèlement dont est victime Enjoy après avoir refusé de sortir avec un « populaire », le consentement, les relations toxiques et le coming-out de deux personnages secondaires. Ces sujets sont traités sans lourdeur ni leçon de morale appuyée — les personnages apprennent en tâtonnant, comme dans la vraie vie. Les personnages secondaires comptent pour beaucoup : Adèle, street-artiste gothique qui dissimule une vraie générosité derrière ses airs rebelles ; Enjoy, « la plus belle fille de l’école » qui se révèle bien plus complexe que son image ; Charlie, chroniqueur autoproclamé des potins amoureux du collège.
Tranche d’âge conseillée : la série est publiée chez Dupuis dans la catégorie « Tous publics » mais s’adresse principalement aux 10-14 ans. Plusieurs parents la décrivent comme « le cadeau idéal pour une fille entre 10 et 14 ans », même si la BD n’a rien d’exclusivement féminin dans ses thématiques.
6. Souriez (Raina Telgemeier, 2011)

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À onze ans, Raina n’aspire qu’à être une collégienne comme les autres. Mais un soir, en rentrant des scouts, elle trébuche et se casse les deux dents de devant. S’ensuit un parcours orthodontique qui va durer des années : appareils dentaires, chirurgie, casque métallique à porter la nuit, prothèse avec fausses dents — le tout à un âge où l’on voudrait surtout ne pas attirer l’attention. Ce récit autobiographique de Raina Telgemeier, d’abord publié aux États-Unis en 2010 sous le titre Smile, a été numéro 1 des ventes du New York Times dans la catégorie BD. Toutes œuvres confondues, Telgemeier a écoulé plus de six millions d’exemplaires et a reçu le prix Eisner du meilleur auteur en 2015 (les Eisner Awards sont l’équivalent américain des Fauves d’Angoulême — et elle fut la première femme à recevoir cette distinction en vingt-sept ans d’existence de la catégorie).
La version française, publiée chez Akileos, s’intitule Souriez — ironique pour une héroïne qui passe la moitié du livre à cacher sa bouche. Mais par-delà la saga dentaire (qui parlera à quiconque a un jour porté un appareil), la BD raconte surtout les années collège et lycée de Raina : des copines qui se révèlent moins fiables qu’elle ne le croyait, un premier béguin pour un garçon qui ne la remarque pas, un tremblement de terre (celui de Loma Prieta en 1989, qui a frappé la région de San Francisco où elle vit) — et finalement la découverte du dessin comme vocation. L’ensemble se lit vite, grâce à un découpage limpide et des couleurs vives. Surtout, Telgemeier ne s’apitoie jamais sur son propre sort : elle raconte ses mésaventures avec suffisamment de recul pour qu’on rie avec elle plutôt que pour elle.
Tranche d’âge conseillée : généralement recommandée à partir de 9-10 ans par les libraires, la BD est souvent décrite comme idéale pour les 10-12 ans. Elle figure régulièrement dans les sélections de lecture des CDI (les bibliothèques des collèges français).
7. Les Carnets de Cerise (Joris Chamblain & Aurélie Neyret, 2012)

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Cerise a onze ans, vit seule avec sa mère dans une grande maison à la campagne et rêve de devenir romancière. En attendant, elle observe les adultes de son village — son sujet d’étude favori — et consigne ses découvertes dans un carnet intime. Son premier mystère concerne un vieil homme qu’elle surnomme « Monsieur Mystère » : chaque dimanche, il s’engouffre dans la forêt avec de gros pots de peinture. Accompagnée de ses amies Line (calme, passionnée de photo) et Erica (râleuse mais toujours partante), Cerise le suit et découvre un ancien zoo abandonné. Michel — c’est son vrai nom — y peint des fresques d’animaux grandeur nature sur les rochers et les murs. Ancien employé du zoo, il n’a jamais accepté la fermeture du lieu et tente, à sa manière, de le faire revivre. L’enquête de Cerise va l’amener à comprendre ce deuil silencieux et, surtout, à aider Michel à en sortir.
Chaque tome suit le même principe : Cerise enquête sur un adulte du village et finit par découvrir une blessure ancienne que cette personne n’a jamais réussi à formuler. La série se distingue d’abord par sa forme : des planches de BD classiques alternent avec les pages du carnet de Cerise — écriture manuscrite, petits dessins, coupures de presse collées, photos — ce qui donne l’impression de feuilleter un vrai journal intime. C’est ce mélange qui a valu à la série, signée Joris Chamblain (scénario) et Aurélie Neyret (dessin et couleurs), le Fauve Jeunesse au Festival d’Angoulême 2014. Le premier cycle compte cinq tomes publiés entre 2012 et 2017, auxquels s’ajoutent un hors-série (Les Carnets de Cerise et Valentin, 2018) et un sixième tome paru en 2024. Côté graphique, les aquarelles de Neyret changent de palette d’un tome à l’autre — automnale dans le premier, hivernale dans le troisième, estivale dans le quatrième — de sorte que chaque album a sa propre atmosphère visuelle, calquée sur l’histoire racontée.
Tranche d’âge conseillée : BDfugue indique « à partir de 9 ans ». BDthèque la classe dans les « albums jeunesse 10-13 ans ». Dans les faits, de nombreux parents rapportent que la série plaît dès 7-8 ans, et des lecteurs adultes reconnaissent avoir été touchés par les histoires de Michel ou de Sandra — le premier tome, en particulier, fonctionne sur deux niveaux de lecture que les enfants et les adultes ne reçoivent pas de la même façon.