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Que lire après « Le Donjon de Naheulbeuk » de John Lang ?

Que lire après « Le Donjon de Naheulbeuk » de John Lang ?

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Le Donjon de Naheulbeuk est une saga humoristique créée en 2001 par John Lang (alias Pen of Chaos), d’abord sous forme de feuilleton audio diffusé gratuitement sur Internet, puis adaptée en bande dessinée (Marion Poinsot au dessin) et en romans. Elle raconte les péripéties d’une compagnie d’aventuriers de niveau 1 — c’est-à-dire des débutants absolus, selon la terminologie des jeux de rôle sur table comme Donjons & Dragons — composée d’un ranger, d’un nain, d’une elfe, d’une magicienne, d’un ogre et d’un barbare, lancés dans le donjon éponyme à la recherche d’une statuette de Gladeulfeurha. La série tourne en dérision les codes de l’heroic fantasy et du jeu de rôle, et s’est imposée comme la grande référence de l’humour « rôliste ». À ce jour, la BD totalise 25 tomes et les romans couvrent six saisons.

Si vous êtes à la recherche de BD du même genre, voici quelques recommandations.


1. Reflets d’Acide (JBX, Le Fab, 2010)

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Née en 2004 sous forme de saga audio, Reflets d’Acide est l’autre grand feuilleton humoristique de fantasy né sur le web francophone. Son créateur, JBX, écrit les textes, interprète la quasi-totalité des voix et assure seul le mixage. La particularité qui saute aux oreilles (et aux yeux, une fois en BD) : les personnages s’expriment régulièrement en vers, un parti pris aussi culotté qu’addictif.

L’histoire démarre à Maender-Alkoor, cité lacustre bâtie au cœur d’un volcan. Wrandrall, un semi-démon discret sur ses origines, recrute dans une taverne une équipe d’aventuriers pour sa « Quête sans nom » : un elfe barde hautain (Enoriel), un nain bourru (Zarakaï), un zorlim — une sorte de mage lié à l’élément du feu — nommé Zéhirmahnn, et une barbare en pagne (Guertrude). Ce qui ressemble à un banal pillage de souterrain se révèle vite être le prélude à une intrigue bien plus vaste, où des complots millénaires et des divinités retorses mènent le jeu en coulisses.

L’adaptation en BD, dessinée par Le Fab (Fabien Dalmasso), totalise dix tomes, publiés d’abord chez Clair de Lune puis chez Delcourt. La série papier s’est arrêtée en 2020, mais l’aventure se poursuit désormais en webtoon (une bande dessinée numérique au format vertical, pensée pour la lecture sur smartphone). Par rapport à Naheulbeuk, le ton est plus dense, les jeux de mots plus acérés, et l’intrigue de fond plus sombre sous ses dehors comiques. Si vous aimez que la fantasy parodique sache aussi vous surprendre par son scénario, foncez.


2. Donjon Zénith (Lewis Trondheim, Joann Sfar, 1998)

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En 1997, Joann Sfar envoie par fax à Lewis Trondheim l’idée d’un personnage obligé de se faire passer pour un barbare auprès du gardien d’un donjon. De cette idée griffonnée est née Donjon, une série-fleuve publiée chez Delcourt qui totalise à ce jour plus de soixante albums répartis en huit sous-séries — et dont les deux auteurs ont longtemps prétendu vouloir atteindre les 300 tomes.

Précision importante : dans Donjon, tous les personnages sont des animaux anthropomorphes — des animaux qui marchent sur deux pattes, parlent et vivent comme des humains, à la manière de Blacksad ou des personnages de Disney, mais en version heroic fantasy. Donjon Zénith, le cœur historique de la série, se déroule à l’apogée du Donjon, sur la planète fictive de Terra Amata. On y suit Herbert, un canard employé comme sous-fifre, qui après avoir accidentellement provoqué la mort d’un barbare se retrouve contraint d’enfiler son armure pour accomplir une mission à sa place. À ses côtés, Marvin, un dragon bipède, grognon et redoutable bretteur, devient son compagnon de route. L’ensemble démarre comme une farce d’heroic fantasy — quiproquos, bagarres absurdes, dialogues pince-sans-rire — mais le ton s’assombrit à mesure que le Donjon, jadis prospère, sombre dans les guerres de pouvoir et la corruption. Les personnages vieillissent, les alliances se brisent, et la série finit par raconter la chute d’un monde.

La grande force de Donjon tient à sa structure : chaque sous-série (Potron-Minet pour les origines, Crépuscule pour le futur, Monsters pour les hors-série…) éclaire un pan différent du même monde, avec des dessinateurs invités comme Christophe Blain, Boulet ou Larcenet. Chaque album apporte une pièce du puzzle — et le plaisir de voir les connexions se former entre les séries est redoutable. Pour qui sort de Naheulbeuk, Donjon Zénith offre un humour tout aussi vif, porté par une ambition narrative à une tout autre échelle.


3. Krän le barbare (Éric Hérenguel, 1999)

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« Frappe d’abord, écoute ensuite ! » Voilà la devise de Krän, colossal héritier du royaume de Torgnol, doté d’un sens de l’humour équivalent à celui d’une enclume et issu d’une longue lignée d’abrutis-costauds. Quand Krän commet l’erreur de succomber aux charmes de la déesse de l’amour, une terrible malédiction frappe tout son peuple : la perte définitive de sa virilité. S’ensuit la Grande Quête des Quéquettes, aussi absurde que son nom le laisse présager.

Publiée aux éditions Vents d’Ouest, la série s’étend sur dix tomes (plus un spin-off en gags d’une page, Krän Univers). Éric Hérenguel assure seul le scénario et le dessin sur les six premiers volumes. Le trait est généreux, dynamique, volontiers excessif dans les scènes d’action — c’est-à-dire à peu près toutes les pages. Les personnages secondaires valent le détour : Kunu, fidèle compagnon de route ; la Mort en personne, qui garde un faible pour Krän (son meilleur pourvoyeur de cadavres) ; ou encore Felony, déesse des enfers aux stratagèmes aussi variés qu’infructueux.

Le registre est nettement plus gore et plus trash que Naheulbeuk : ici, les tripes ne sont pas une métaphore, et le sang coule à flots dans la bonne humeur. Si vous cherchez une parodie d’heroic fantasy qui pousse le curseur du n’importe quoi un cran plus loin, Krän est fait pour vous.


4. Gloutons & Dragons (Ryoko Kui, 2014)

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Et si le vrai défi d’une expédition en donjon n’était pas le dragon final, mais le ravitaillement ? C’est la question que pose Gloutons & Dragons (Dungeon Meshi en japonais), manga publié entre 2014 et 2023, et édité en France par Casterman dans la collection Sakka (14 tomes). L’adaptation en anime par le studio Trigger, diffusée sur Netflix en 2024, a fait connaître la série à un public encore plus large.

Laïos, un guerrier obsédé par les monstres, doit retourner au fond d’un donjon pour sauver sa sœur Farynn, dévorée par un dragon. Problème : son groupe a tout perdu — équipement, argent, provisions. Sa solution, accueillie avec un enthousiasme modéré par ses compagnons Marcyle (magicienne demi-elfe) et Tylchak (halfelin — l’équivalent d’un hobbit — et serrurier de son état) : cuisiner les monstres du donjon. Scorpions au court-bouillon, golems en salade, basilic rôti — chaque chapitre fait office à la fois d’épisode d’aventure et de fiche-recette illustrée, grâce aux conseils de Senshi, un nain installé en autarcie dans le donjon depuis une décennie.

Derrière la comédie gastronomique, Ryoko Kui construit un univers cohérent où l’écosystème du donjon obéit à des règles biologiques solides. À partir du tome 5 environ, l’intrigue gagne en ampleur et en gravité, jusqu’à des enjeux qui dépassent largement la question du menu du soir. La série a été couronnée au Japon, notamment par la première place du Kono Manga ga sugoi! 2016 — un classement annuel très suivi qui désigne les meilleurs mangas de l’année. Un croisement réjouissant entre Donjons & Dragons et un guide Michelin souterrain.


5. Goblin’s (Tristan Roulot, Corentin Martinage, 2007)

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Dans l’heroic fantasy, les gobelins servent en général de chair à canon dès le premier couloir du donjon. Goblin’s leur offre enfin le rôle principal — et ça ne s’améliore pas pour autant, car ces petites créatures vertes sont aussi malchanceuses qu’incompétentes, animées par une foi aveugle en un avenir qui s’obstine à ne jamais leur sourire.

Publiée chez Soleil, la série compte onze tomes (dont un album en 3D, parce que pourquoi pas). Chaque volume fonctionne autour de gags récurrents et de personnages bien identifiés : le Chef, Goblin des Bois (éternel pigeon des marchands), Papi Goblin, l’Élu (dont on attend depuis dix albums qu’il daigne ouvrir la bouche), l’Ingénieur… Le tout dans un monde d’heroic fantasy où trolls, orques, dragons et elfes traitent les gobelins avec le mépris qu’on réserve d’habitude aux moustiques — en moins efficace.

Le dessin de Corentin Martinage, coloré et expressif, penche du côté du cartoon, avec des gobelins dont le taux de mortalité par page frôle celui d’un film de zombies. Tristan Roulot, au scénario, multiplie les clins d’œil à Tolkien, Lovecraft ou Game of Thrones tout en assurant des gags autonomes. La série convient parfaitement aux lecteur·ices de Naheulbeuk qui apprécient le comique burlesque en territoire fantasy — vu, pour une fois, du côté des figurants qu’on a l’habitude de massacrer sans remords au premier chapitre.


6. La Terre du Milieu mais un peu sur la gauche (Antoine Piers, Arnaud Lehue, 2021)

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Pourquoi les Aigles n’ont-ils pas déposé Frodon directement au Mordor ? Gandalf aurait-il pu régler le problème en cinq minutes s’il avait un peu moins procrastiné ? Autant de questions existentielles que les fans de Tolkien se posent depuis des décennies, et auxquelles Antoine Piers (scénario) et Arnaud Lehue (dessin) apportent leurs réponses sous forme de strips parodiques — de courtes bandes dessinées en une ou deux pages, chacune construite autour d’un gag.

Publiée aux éditions Jungle (collection Jungle Parodie, trois tomes parus), la série transpose Le Seigneur des Anneaux dans le royaume de Yapa-Mordom. On y croise Frognon, Gandoulf, Gloume, Sairumen, Biblot et toute la communauté, rebaptisée pour l’occasion. Le seigneur Zeron, lui, a forgé dans les feux de la montagne du Karma… un agneau pour les gouverner tous. Les gags puisent aussi bien dans les romans de Tolkien que dans les films de Peter Jackson et, à partir du troisième tome, dans la série Amazon Les Anneaux de Pouvoir.

Le format court (saynètes de quelques cases) en fait une lecture idéale à picorer, à laisser sur une table basse ou à offrir à tout·e tolkieniste de votre entourage. Les caricatures des personnages sont bien trouvées et le dessin d’Arnaud Lehue, rond et coloré, se prête bien à l’exercice. Attention cependant : la plupart des gags supposent une bonne connaissance de l’univers de Tolkien (livres ou films) pour fonctionner. C’est de la parodie ciblée, pas de l’humour tous publics — mais si vous avez vu les films de Jackson ou lu Tolkien, vous reconnaîtrez chaque situation détournée.


7. Dragon & Poisons (Isabelle Bauthian, Rebecca Morse, 2019)

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À Pâmoison, cité portuaire où absolument tout est empoisonné — la végétation, les animaux, les relations humaines —, trois aventuriers se disputent la gloire : Greyson le guerrier sans peur, Névo le médecin roublard et Natch l’ingénieure grande gueule. Amis dans la vie, concurrents sans pitié dans l’aventure. Quand Greyson et Névo doublent Natch pour s’attaquer au puits aux souhaits (gardé par un dragon qui exauce les vœux), l’expédition tourne au drame. Dix-neuf ans plus tard, les deux compères, devenus de vieux losers bedonnants, décident de retourner affronter le dragon pour réparer les erreurs de leur jeunesse.

Publiée chez Drakoo (le label fantasy des éditions Delcourt) en deux tomes, cette série scénarisée par Isabelle Bauthian — romancière et biologiste de formation, lauréate du prix Elbakin 2018 pour son roman Grish-Mère — se fait un plaisir de tordre les codes du genre. Le triangle amoureux prévisible prend des chemins de traverse, la quête du trésor vire au règlement de comptes intime, et le dragon se révèle plus philosophe que féroce. Les dialogues font mouche, les personnages sont faillibles et touchent juste, et le premier tome se termine sur un retournement qui donne envie d’enchaîner le second sans reprendre son souffle.

Rebecca Morse signe un dessin expressif et généreux, mis en couleur par Aurélie F. Kaori. Drôle, inventive, et plus émouvante qu’on ne l’aurait cru, la série prouve en deux tomes seulement qu’on peut renouveler la fantasy d’aventure sans se prendre au sérieux — tout en prenant ses personnages, eux, très au sérieux.