Créée en 1999 par Emmanuel Guibert (scénario) et Marc Boutavant (dessin), Ariol est une bande dessinée jeunesse publiée à l’origine dans le magazine J’aime lire (Bayard Presse), puis éditée en albums — d’abord chez Bayard BD, ensuite dans la collection BD Kids. La série met en scène Ariol, un petit âne bleu à lunettes qui vit en banlieue avec ses parents. Son quotidien d’écolier en CM1 — les copains, les amours, les vacances chez Papi Atole et Mamie Annette, la fascination pour le Chevalier Cheval (son héros de fiction préféré) — s’inspire directement des souvenirs d’enfance du scénariste, qui aime répéter qu’« Ariol, c’est lui ». Ce qui distingue la série, c’est l’attention portée aux détails minuscules de la vie enfantine : dix pages peuvent être consacrées à un genou écorché ou à une dispute dans la cour, et ces petits riens résonnent aussi bien chez les enfants que chez les adultes. Ariol totalise plusieurs millions d’exemplaires vendus, a été adapté en dessin animé (78 épisodes, produits par le studio Folimage) et a valu à ses auteurs le prix René Goscinny pour l’ensemble de l’œuvre d’Emmanuel Guibert (2017) ainsi que le prix La Grande Ourse pour Marc Boutavant (2022).
Si vous êtes à la recherche de lectures dans le même esprit, voici quelques recommandations : des BD jeunesse ancrées dans le quotidien des enfants, où l’on parle d’école, de famille, de copains et de bêtises. Toutes s’adressent globalement à la même tranche d’âge qu’Ariol (environ 6-10 ans), avec quelques variations selon les éditeurs et les libraires — précisées pour chaque titre.
1. Pico Bogue (Dominique Roques et Alexis Dormal, 2008)

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Pico Bogue est une série publiée chez Dargaud, née d’une collaboration peu banale : celle d’une mère, Dominique Roques (scénario), et de son fils, Alexis Dormal (dessin et couleurs). Picolino Bogue, dit Pico, est un garçon d’une dizaine d’années à la tignasse rousse indomptable, qui pose en permanence des questions auxquelles personne n’a de réponse satisfaisante : pourquoi faut-il manger des légumes si on va mourir un jour quand même ? Pourquoi les adultes disent-ils le contraire de ce qu’ils font ? Sa petite sœur Ana Ana, blonde et tout aussi têtue, complète un duo familial où les interrogations de fond s’entremêlent avec les disputes pour la dernière part de gâteau.
Ce mélange de réflexion et d’espièglerie rapproche souvent Pico Bogue de Mafalda (Quino) ou de Calvin et Hobbes (Bill Watterson) : des séries où l’enfance n’est pas simplement un cadre à gags, mais un point de vue sur le monde des adultes et ses contradictions. Le dessin d’Alexis Dormal, rond et vif, traduit chaque micro-émotion — un froncement de sourcils, un sourire en coin, un élan d’affection soudain — et a valu à la série une sélection pour le Fauve d’or au Festival d’Angoulême en 2021. Dix-sept tomes sont parus à ce jour.
Âge conseillé : à partir de 9 ans selon Dargaud. Les dialogues demandent un certain niveau de lecture, mais les adultes y trouvent largement leur compte — c’est l’un des rares cas où le parent qui lit par-dessus l’épaule risque de finir par emprunter l’album.
2. Tom-Tom et Nana (Jacqueline Cohen et Bernadette Després, 1977)

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Née en même temps que le magazine J’aime lire, en 1977, Tom-Tom et Nana est l’une des BD jeunesse les plus lues en France. La série — scénarisée par Jacqueline Cohen, rejointe ensuite par Évelyne Reberg, et dessinée par Bernadette Després — met en scène la famille Dubouchon, qui tient le restaurant À la bonne fourchette. Tom-Tom, 9 ans, et sa petite sœur Nana, 6 ans, y sèment un joyeux désordre à une cadence infernale : ils décident de repeindre la cuisine en cachette, tentent de dresser le chat pour servir les clients, ou organisent un spectacle de magie qui tourne au désastre. Le père Adrien, chef-cuisinier perpétuellement exaspéré, et la mère Yvonne, éternellement débordée, n’ont jamais le dernier mot.
Chaque histoire tient en dix planches et fonctionne comme un engrenage : une idée en apparence innocente dégénère en catastrophe par effet domino, chaque tentative de réparation aggravant la précédente. Le dessin de Bernadette Després, au trait volontairement simplifié et proche de ce que dessinerait un enfant, possède un vrai sens du mouvement et du rythme — les gags visuels racontent l’histoire presque autant que le texte des bulles, ce qui permet aux lecteur·ices débutant·es de suivre sans déchiffrer chaque mot. La série a été vendue à plus de 15 millions d’exemplaires en 34 tomes. Bernadette Després, disparue en novembre 2024, avait reçu un Fauve d’honneur au Festival d’Angoulême en 2019. À noter : Tom-Tom et Nana est le prédécesseur direct d’Ariol dans les pages de J’aime lire. C’est même en remplaçant cette série que Marc Boutavant et Emmanuel Guibert ont créé leur petit âne bleu.
Âge conseillé : à partir de 6 à 7 ans selon les éditions (Fnac et Bayard indiquent 7-10 ans).
3. La Cantoche (Nob, 2016)

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Nob, auteur tourangeau déjà connu pour Mamette et Dad, consacre cette série au lieu le plus redouté et le plus fréquenté de la vie scolaire : la cantine. La Cantoche, publiée dans la collection BD Kids (Bayard Jeunesse), se présente sous la forme de gags en quatre cases mettant en scène une galerie d’élèves sans héros récurrent — des timides, des bagarreurs, des gourmands, des premiers de la classe — tous réunis par le rituel du plateau-repas. On y négocie avec le cuisinier fan de légumes, on se lance des boulettes de purée, on tente de refiler discrètement ses épinards au voisin, et on apprend que les frites sont, techniquement, des légumes.
Le format court (un gag par page ou double page) rend la lecture immédiatement accessible, y compris pour les enfants qui découvrent la BD. L’humour fonctionne surtout par reconnaissance : les jeunes lecteur·ices identifient aussitôt les situations, les types de camarades, les petites injustices du réfectoire. Le dessin de Nob, coloré et plein de rondeur, donne à l’ensemble un ton chaleureux qui fait sourire plutôt que grimacer. Dix tomes sont parus à ce jour, plus un « best of ».
Âge conseillé : à partir de 6 à 7 ans selon les sources (BD Kids indique 7 ans, certains libraires descendent à 6 ans). La brièveté des gags et le peu de texte en font une excellente toute première BD en lecture autonome.
4. Le Petit Nicolas : la bande dessinée originale (René Goscinny et Jean-Jacques Sempé, 2017)

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Avant de devenir le héros des célèbres récits illustrés publiés à partir de 1959 (des textes courts accompagnés de dessins, édités chez Denoël puis en Folio Junior), le Petit Nicolas est né sous la forme d’une bande dessinée en couleur, publiée entre 1955 et 1956 dans l’hebdomadaire belge Le Moustique. Ces 28 planches, signées Sempé au dessin et Goscinny au scénario (sous le pseudonyme d’Agostini), étaient restées inédites en album jusqu’à leur publication par IMAV éditions en 2017, puis reprises en poche chez Gallimard Jeunesse.
On y retrouve, déjà en place, les éléments de la série : Nicolas et sa bande de copains aux noms improbables — Alceste le gourmand perpétuel, Agnan le chouchou de la maîtresse, Clotaire le dernier de la classe — se retrouvent dans la cour de récréation pour des parties de billes, des bagarres et des quiproquos avec le surveillant général, surnommé le Bouillon. L’intérêt de cet album est qu’il permet de voir Goscinny et Sempé poser les bases de leur univers : les personnages sont déjà là, le ton aussi, mais sous une forme plus brute. Le trait de Sempé est plus direct et moins aérien que dans les illustrations ultérieures — on sent le dessin de presse, le croquis rapide, le geste spontané. Pour les enfants qui connaissent déjà Le Petit Nicolas en récits illustrés, c’est l’occasion de redécouvrir les personnages dans un format différent. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore, c’est une entrée par la BD plutôt que par le texte.
Âge conseillé : à partir de 9 ans selon Gallimard Jeunesse (Folio Junior). Certains avis situent la lecture dès 7-8 ans, mais l’humour repose beaucoup sur le décalage entre ce que raconte Nicolas — qui se croit toujours dans son bon droit — et ce que comprend le lecteur, un ressort comique qui demande un minimum de recul.
5. Anatole Latuile (Anne Didier, Olivier Muller et Clément Devaux, 2009)

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Publiée dans J’aime lire depuis 2005 et éditée en albums chez BD Kids à partir de 2009, Anatole Latuile est l’œuvre d’un trio familial : Anne Didier et son frère Olivier Muller au scénario, Clément Devaux au dessin. Anatole est un écolier dont le talent principal consiste à transformer la moindre situation ordinaire en catastrophe spectaculaire. Préparer un exposé ? Il finit par espionner la voisine. Participer à un jeu concours ? Il oublie complètement ses devoirs. Garder sa petite sœur ? La maison ne s’en remet pas. Sa bande de copains — Jason Bombix, Olympe Fayoli (première de la classe), Henriette Bichon — subit ou encourage ses plans foireux, tandis que la maîtresse, madame Goulominoff, et le directeur, monsieur Auzaguet, tentent tant bien que mal de maintenir l’ordre.
Là où Ariol privilégie l’observation et les sentiments, Anatole Latuile mise sur l’action et l’enchaînement physique : les bêtises s’emboîtent, chaque tentative pour rattraper la précédente ne faisant qu’empirer les choses — du pur comique de situation à un rythme soutenu. L’enfant lecteur a généralement trois pages d’avance sur les adultes de l’histoire, qui ne comprennent jamais rien à temps. La série a franchi le cap du million d’exemplaires vendus et a été adaptée en dessin animé (52 épisodes diffusés sur France Télévisions), en livre audio et en escape game.
Âge conseillé : à partir de 7 ans selon Bayard Jeunesse. Apprécié jusqu’à 10-11 ans, c’est la série idéale pour les enfants qui veulent du rythme et de l’action.
6. Cédric (Raoul Cauvin et Laudec, 1986)

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Classique de la BD franco-belge, Cédric est né en 1986 dans les pages de l’hebdomadaire Spirou. Le scénariste Raoul Cauvin — l’un des plus prolifiques de la bande dessinée francophone, à qui l’on doit aussi Les Tuniques bleues et L’Agent 212 — y met en scène, avec le dessinateur Laudec (Antonio de Luca), un petit garçon de huit ans nommé Cédric Dupont. Élève peu studieux, Cédric a un souci bien plus important que ses notes : il est amoureux de Chen, une camarade de classe d’origine chinoise, à qui il tente de déclarer ses sentiments album après album — sans jamais y parvenir. Un malentendu, un rival (l’insupportable Nicolas d’Aulnay des Charentes du Ventou, premier de la classe et fils de famille fortunée) ou sa propre maladresse s’interposent systématiquement.
L’autre figure centrale de la série est Pépé, le grand-père paternel de Cédric : ronchon et têtu, mais toujours prêt à couvrir les bêtises de son petit-fils ou à se chamailler avec le père de Cédric au sujet de l’éducation. C’est cette mécanique à trois générations — l’enfant, les parents, le grand-père — qui distingue Cédric des BD purement scolaires : beaucoup de gags se déroulent à la maison, autour de la table ou devant la télévision, et les adultes y sont aussi drôles et faillibles que les enfants. Publiée aux éditions Dupuis, la série compte 36 tomes et plus de huit millions d’exemplaires vendus. Elle a aussi été adaptée en dessin animé et déclinée en romans dans la Bibliothèque rose.
Âge conseillé : la série est généralement recommandée à partir de 7-8 ans. Dupuis n’affiche pas de tranche d’âge stricte, mais Spirou et Le Journal de Mickey, où Cédric a aussi été publié, visent les 7-14 ans. Accessible dès le CE1 pour les bon·nes lecteur·ices.
7. Akissi (Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, 2010)

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Avec Akissi, Marguerite Abouet — scénariste de la série Aya de Yopougon, qui raconte la vie de jeunes adultes dans un quartier populaire d’Abidjan, en Côte d’Ivoire — puise dans ses propres souvenirs d’enfance ivoiriens. Publiée chez Gallimard Jeunesse et prépubliée dans le magazine Astrapi, la série met en scène une petite fille casse-cou et sans complexes : les chats du quartier la poursuivent pour lui voler son poisson, son petit singe Boubou manque de finir en ragoût à la sauce graine (une sauce à base d’huile de palme, courante en Afrique de l’Ouest), et son grand frère Fofana la traite de margouillat — un petit lézard tropical très commun, utilisé ici comme insulte pour lui signifier qu’elle ne vaut pas grand-chose. Rien de tout cela ne freine Akissi. Mathieu Sapin, au dessin, donne aux planches un rythme enlevé, entre poursuites, chutes et cavalcades. Les couleurs sont signées Clémence Sapin.
L’originalité d’Akissi tient à son décor ivoirien : les rues animées d’Abidjan, les cours partagées entre voisins, les marchés, les croyances locales (dans un tome, Akissi tente de concocter un remède magique) dessinent un cadre radicalement différent de celui des BD jeunesse européennes. Mais les ressorts comiques — la fratrie, les bêtises, l’amitié, la débrouillardise — sont les mêmes partout. La série compte onze tomes, auxquels s’ajoute depuis 2024 un spin-off, Akissi de Paris, qui suit l’héroïne désormais adolescente et confrontée à l’intégration dans un collège parisien.
Âge conseillé : à partir de 6-7 ans pour la série originale (publiée dans Astrapi, destiné aux 7-11 ans). Le spin-off Akissi de Paris, qui aborde l’adolescence et l’immigration, est recommandé à partir de 12 ans par Gallimard Jeunesse.
8. Avni (Romain Pujol et Vincent Caut, 2014)

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Avni — pour Animal Vraiment Non Identifié — est une série créée en 2013 par le scénariste Romain Pujol (co-auteur de l’adaptation BD des Lapins Crétins) et le dessinateur Vincent Caut, prépubliée dans le magazine Toboggan (Milan Presse) et éditée en albums chez BD Kids (Bayard Jeunesse) depuis 2014. Le principe : dans un monde où chaque personnage est un animal clairement identifié (ours, serpent, poule, crocodile), Avni, lui, ne ressemble à rien de connu. C’est une petite créature ronde et jaune, qui peut déformer son corps, changer de taille et de couleur à volonté. À l’école, cette particularité intrigue ses camarades — et provoque pas mal de quiproquos.
Derrière les gags (présentés en une double page, rapides à lire), la série traite de la différence et de l’acceptation de soi sans jamais appuyer le message : Avni n’est ni malheureux ni rejeté, il est juste… différent, et cette différence produit des situations comiques plutôt que dramatiques. Vincent Caut, lauréat de plusieurs prix au Festival d’Angoulême alors qu’il était encore lycéen, signe un dessin coloré et très lisible. La série compte dix tomes et fonctionne particulièrement bien comme toute première BD : peu de texte par page, des histoires bouclées en deux pages, et un héros dont les pouvoirs garantissent que chaque gag réserve une surprise.
Âge conseillé : à partir de 6 ans selon Bayard Jeunesse et plusieurs libraires. Le format court et le vocabulaire accessible en font une lecture adaptée dès le CP.