A Sign of Affection (Yubisaki to Renren) est un shōjo manga écrit et dessiné par le duo Suu Morishita (Makiro au scénario, Nachiyan au dessin), prépublié dans le magazine Dessert de Kōdansha depuis juillet 2019. On y suit Yuki, une étudiante sourde, et Itsuomi, un jeune homme polyglotte, dont la relation naît d’une rencontre fortuite dans un train. Récompensé par le grand prix manga An An (onzième édition) et nommé à plusieurs reprises au Prix du manga Kōdansha, il a aussi été adapté en anime par Ajia-do Animation Works en 2024.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des recommandations qui partagent avec cette série un même intérêt pour les sentiments retenus et la difficulté de se faire entendre.
1. Hibi Chouchou — Edelweiss et Papillons (Suu Morishita, 2012)

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Première série longue de Suu Morishita, Hibi Chouchou compte 12 tomes prépubliés dans Margaret chez Shūeisha (Panini Manga en France). Suiren, l’héroïne, est une lycéenne d’une beauté si frappante qu’elle provoque des attroupements à chacune de ses apparitions. Pour avoir la paix, elle a peu à peu cessé de sourire et de parler. Le seul garçon qui ne semble pas la remarquer est Kawasumi, membre discret du club de karaté.
Le shōjo classique place d’ordinaire un garçon inaccessible face à une fille effacée ; ici, les rôles sont inversés : c’est Suiren qui fascine, et Kawasumi qui passe inaperçu. Leur rapprochement avance par silences, regards furtifs et gestes infimes — on retrouve cette façon propre à Suu Morishita de raconter un sentiment sans le formuler à voix haute. Si A Sign of Affection vous a plu, vous reconnaîtrez immédiatement la même patte — un chapitre entier peut tenir sur un frôlement de mains.
2. A Silent Voice (Yoshitoki Ōima, 2013)

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Shōnen manga en 7 tomes publié dans le Weekly Shōnen Magazine de Kōdansha (Ki-oon en France), A Silent Voice aborde la surdité sous un angle bien plus âpre. Shoya Ishida, ancien harceleur, retrouve au lycée Shoko Nishimiya, la jeune fille sourde qu’il a persécutée à l’école primaire. Devenu lui-même un paria après que sa classe entière s’est retournée contre lui, il est rongé par la culpabilité et tente de renouer le contact.
Là où A Sign of Affection est une romance solaire, A Silent Voice est un récit sur la honte et ses séquelles. Le harcèlement scolaire (ijime), l’isolement et la difficulté de se pardonner traversent chaque chapitre. Yoshitoki Ōima, dont la mère est interprète en langue des signes, accorde un soin particulier à la représentation des échanges signés : certaines cases ne sont volontairement pas traduites, ce qui oblige à lire les gestes eux-mêmes. Le film réalisé par Kyoto Animation en 2016 a élargi l’audience de la série, mais le manga développe bien davantage les personnages secondaires et gagne à être découvert indépendamment.
3. Sawako (Karuho Shiina, 2005)

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Trente tomes publiés chez Kana entre 2009 et 2018 (prépubliés dans Bessatsu Margaret chez Shūeisha) : Sawako (Kimi ni Todoke) est l’un des shōjo les plus lus de sa décennie. L’héroïne, Sawako Kuronuma, est une lycéenne timide dont l’apparence — longs cheveux noirs, teint pâle, regard sombre — lui vaut le surnom de « Sadako », en référence au spectre du film Ring. Ses camarades la fuient, persuadé·es qu’elle porte malheur, alors qu’elle ne demande qu’à se rendre utile.
Puis arrive Kazehaya, un garçon apprécié de tous, qui la salue chaque matin comme s’il n’y avait rien d’étrange chez elle. Ce geste simple — la traiter normalement — suffit à fissurer des années d’isolement. La série prend son temps : Sawako et Kazehaya ne se déclarent qu’au tome 17, et le récit s’étend jusqu’à l’entrée à l’université. Mais c’est précisément cette lenteur qui rend chaque avancée si précieuse. L’amitié entre Sawako, Ayane et Chizuru compte d’ailleurs au moins autant que la romance : c’est elle qui permet à Sawako de croire qu’on peut vouloir d’elle sans arrière-pensée.
4. Honey Lemon Soda (Mayu Murata, 2016)

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Édité en France par nobi nobi! depuis 2024 (prépublié dans le magazine Ribon chez Shūeisha), Honey Lemon Soda met en scène Uka Ishimori, une lycéenne que le harcèlement subi au collège a rendue quasi muette. Surnommée « la Pierre » par ses anciens camarades, elle espère un nouveau départ au lycée, mais ses réflexes de repli la suivent. La rencontre avec Kai Miura, un garçon aux cheveux couleur citron, extraverti et franc, vient rompre ce cycle.
Comme Yuki dans A Sign of Affection, Uka est une héroïne dont la voix a été étouffée — non par un handicap physique, mais par des années de brimades qui l’ont convaincue qu’elle ne méritait pas d’être écoutée. C’est cette reconquête de la parole et de la confiance qui porte l’ensemble de la série. Le dessin de Mayu Murata épouse cette trajectoire : les premières pages, ternes et étriquées, s’ouvrent au fil des chapitres en compositions plus larges et plus claires, à mesure qu’Uka reprend pied. Plus de 12 millions d’exemplaires écoulés au Japon et un anime diffusé début 2025 témoignent d’un succès qui ne doit rien au hasard.
5. Shirayuki aux cheveux rouges (Sorata Akiduki, 2006)

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Seul shōjo de cette sélection à quitter le Japon contemporain, Shirayuki aux cheveux rouges se déroule dans un univers médiéval fictif (prépublié dans LaLa chez Hakusensha, édité en France par Kana, 27 tomes en cours). Shirayuki, jeune herboriste née avec une chevelure d’un rouge vif, fuit le royaume de Tanbarun pour échapper au prince Raji, qui veut faire d’elle sa concubine. Dans la forêt du royaume voisin, elle rencontre Zen Wistaria, qui se révèle être le second prince de Clariness.
Shirayuki ne doit rien à personne : elle passe un concours pour devenir pharmacienne royale et gagne sa place à la cour par ses connaissances en botanique. C’est une héroïne qui se définit par ce qu’elle sait faire, pas par ce qu’elle représente aux yeux des autres. Sa relation avec Zen se construit sur un respect mutuel, chacun soucieux de ne pas entraver la liberté de l’autre — un équilibre que l’on retrouve entre Yuki et Itsuomi. La série se singularise aussi par ses intrigues de cour et ses arcs consacrés à la pharmacopée, qui ancrent la romance dans un quotidien concret et lui évitent de tourner à vide.
6. Blue Spring Ride (Io Sakisaka, 2011)

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Avec 13 tomes parus chez Kana (prépubliés dans Bessatsu Margaret chez Shūeisha), Blue Spring Ride (Ao Haru Ride) est l’un des shōjo les plus vendus des années 2010. On y suit les retrouvailles entre Futaba Yoshioka et Kō Mabuchi — anciennement Kō Tanaka —, son premier amour du collège. Séparés par un déménagement et un divorce familial, ils se retrouvent au lycée. Mais Kō n’est plus le garçon doux que Futaba a connu : la mort de sa mère l’a rendu distant, voire cassant.
Tout l’intérêt du récit tient dans cet écart : Futaba est amoureuse d’un souvenir, et doit décider si le Kō d’aujourd’hui lui plaît aussi. De son côté, elle s’est elle-même fabriqué un personnage de garçon manqué pour ne plus être rejetée par les filles de sa classe, comme au collège. La question est donc la même pour les deux : se montrer tel·le que l’on est, au risque de déplaire. L’anime produit par Production I.G en 2014 ne couvre qu’une partie de l’intrigue ; pour connaître le dénouement, il faut passer par le manga — ce qui, en l’occurrence, n’est pas un sacrifice.
7. My Happy Marriage (Akumi Agitogi & Rito Kohsaka, 2018)

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Adapté du light novel d’Akumi Agitogi, mis en images par Rito Kohsaka (conception des personnages par Tsukiho Tsukioka), ce manga paraît sur Gangan Online chez Square Enix (Kurokawa en France). L’action se situe dans un Japon inspiré de l’ère Taishō, où certaines familles nobles possèdent des pouvoirs surnaturels. Miyo Saimori, issue d’une telle lignée mais dépourvue de tout don, sert de domestique à sa propre demi-sœur Kaya. Considérée comme un fardeau, elle est envoyée épouser Kiyoka Kudō, chef d’une famille dont la réputation de froideur a déjà fait fuir plusieurs prétendantes.
La surprise vient de Kiyoka : loin du tyran annoncé, il est simplement un homme peu démonstratif, qui traite Miyo avec une courtoisie à laquelle elle n’a jamais eu droit. Le récit emprunte au conte — la jeune fille maltraitée qui trouve refuge auprès d’un époux inattendu — mais l’inscrit dans un cadre politique concret, entre rivalités de clans et complots militaires. Le registre diffère nettement d’A Sign of Affection, mais on y retrouve un même fil : un personnage que personne ne regardait, et qui commence à exister sous les yeux de quelqu’un.
8. Lovely Complex (Aya Nakahara, 2001)

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Publié en 17 tomes chez Delcourt (prépublié dans Bessatsu Margaret chez Shūeisha), Lovely Complex met en scène Risa Koizumi, lycéenne de 170 cm, et Atsushi Ōtani, garçon de 156 cm. Leur différence de taille — inversée par rapport à la norme attendue au Japon — fait d’eux le duo comique involontaire de leur classe. Leurs camarades les surnomment « All Hanshin Kyojin », du nom d’un célèbre tandem d’humoristes à la carrure asymétrique.
Le ton est ici franchement comique, et la série ne s’en excuse jamais. Risa et Ōtani se chamaillent sans relâche, partagent les mêmes goûts musicaux et la même passion pour les jeux vidéo, mais refusent obstinément de voir ce qui crève les yeux de tout leur entourage. Le sujet de fond, pourtant, est sérieux : les deux héros doivent accepter que leur physique ne les condamne pas à rester seul·es, et apprendre à ne plus confondre taille et valeur. Lauréat du prix Shōgakukan 2004 dans la catégorie shōjo, Lovely Complex n’a rien perdu de sa vitalité vingt ans après sa parution. Dans un genre où beaucoup de séries vieillissent mal, celle-ci tient encore la route.