Dororo est un manga d’Osamu Tezuka publié entre 1967 et 1969 dans les magazines Weekly Shōnen Sunday puis Bōken-ō. Situé à l’époque Sengoku, on y suit Hyakkimaru, un jeune homme dont les quarante-huit parties du corps ont été livrées aux démons par son propre père avant sa naissance. Accompagné de Dororo, un orphelin voleur, il arpente le Japon féodal pour abattre chaque démon et récupérer, un à un, ce qui lui a été pris.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques pistes.
1. Search and Destroy (Atsushi Kaneko, 2018)

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Search and Destroy reprend la trame de Dororo et la transplante dans un futur dystopique où des robots mercenaires asservissent la population pour le compte d’une élite. Hyaku, une jeune femme au corps bardé d’implants cybernétiques, traque un à un ceux qui lui ont volé ses organes à la naissance. Doro, petit voleur des rues, s’accroche à ses pas et tempère — à peine — sa fureur.
Kaneko — auteur de Bambi and Her Pink Gun et de SOIL — impose ici un noir et blanc aux aplats brutaux où l’on reconnaît David Lynch, Charles Burns et le punk rock. Là où Tezuka glissait de l’humour et de la tendresse entre les combats, Kaneko ne laisse place qu’à la rage. Les questions de fond demeurent — justice, corruption, corps exploités — mais le registre est à l’opposé. Trois volumes, pas un de trop.
2. Berserk (Kentaro Miura, 1989)

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Dans un monde de dark fantasy nourri par l’Europe médiévale, Guts, mercenaire solitaire, poursuit Griffith, ancien compagnon d’armes devenu l’un des cinq membres de la Main de Dieu. Le surnaturel, ici, ne cohabite pas avec l’humain : il le dévore. Chaque victoire de Guts entame un peu plus son corps et sa raison.
Comme Hyakkimaru, Guts est mutilé — un bras tranché, un œil crevé — et condamné à se battre contre des forces qui l’ont désigné comme proie. Miura a consacré plus de trente ans à cette série. Son dessin, d’une minutie obsessionnelle — armures rivetées, architectures en ruine, monstres composites —, a fixé un standard graphique que le manga de dark fantasy n’a pas encore dépassé. Après la mort de l’auteur en mai 2021, la publication a repris sous la direction de son ami Kōji Mori et du Studio Gaga, à partir des notes et intentions que Miura leur avait confiées.
3. L’Habitant de l’infini (Hiroaki Samura, 1993)

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Manji est un rōnin maudit : des vers sacrés logés dans son corps referment toutes ses blessures, même mortelles. Pour racheter le meurtre de cent innocents, il s’engage à en abattre mille. Sa route croise celle de Rin Asano, une jeune femme déterminée à venger le massacre de ses parents par Anotsu Kagehisa, chef de l’école de sabre Ittō-ryū.
Même structure que Dororo : un guerrier prisonnier d’un pacte inscrit dans sa chair, lié à un compagnon plus jeune dont la vengeance dicte l’itinéraire. Samura situe son récit sous le shogunat Tokugawa et y déploie des combats au sabre d’une brutalité sèche. Son trait à l’encre de Chine — nerveux, dense, volontairement « sale » — donne aux trente volumes de la série (1993–2012) une identité graphique immédiate, reconnaissable dès la première planche.
4. Lone Wolf & Cub (Kazuo Koike et Goseki Kojima, 1970)

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Ogami Ittō, ancien bourreau officiel du shōgun, est victime d’un complot ourdi par le clan Yagyū. Dépossédé de son rang, de sa famille et de son honneur, il choisit la voie de l’assassin et erre à travers le Japon de l’ère Edo avec son fils Daigorō, trois ans, qu’il pousse dans un landau de bois.
Plus de sept mille pages en vingt-huit volumes : Lone Wolf & Cub est un pilier du gekiga. Koike y dépeint la mécanique du pouvoir féodal — castes, rituels, codes d’honneur, trahisons de clan — avec une rigueur qui donne au récit son épaisseur. Kojima, de son côté, travaille au lavis : ses paysages installent un calme trompeur qui rend chaque explosion de violence plus franche. Frank Miller a dessiné les couvertures de l’édition américaine, et le comics indépendant des années 1980 s’en est largement inspiré.
5. La Vie de Bouddha (Osamu Tezuka, 1972)

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Publiée dans la revue Comic Tom entre 1972 et 1983, La Vie de Bouddha suit le parcours de Siddhārtha Gautama, prince du clan Shakya, depuis sa naissance dans l’Inde ancienne jusqu’à sa mort après des décennies d’enseignement. Tezuka ne livre pas une hagiographie : il peuple son récit de dizaines de figures secondaires — bandits, parias, guerriers, ascètes — dont les destins comptent autant que celui du futur Bouddha.
Sur près de trois mille pages, Tezuka interroge le système des castes, la violence institutionnelle et l’origine de la souffrance avec la même lucidité que dans Dororo, mais dans un registre plus contemplatif. Le ton alterne gravité et humour — petits anachronismes volontaires inclus. C’est l’un des rares mangas à traiter du sacré sans dogmatisme — Tezuka ramène la spiritualité à l’échelle des vies ordinaires.
6. Kirihito (Osamu Tezuka, 1970)

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Kirihito Osanai, jeune médecin prometteur, est envoyé dans un village isolé de l’île de Shikoku pour étudier la Monmō, une maladie qui déforme les os de ses victimes jusqu’à leur donner l’apparence d’un chien, avant de les tuer. Son supérieur, le professeur Tatsuga’ura, défend la thèse d’un virus ; Kirihito soupçonne une cause environnementale. L’enjeu n’est pas seulement scientifique : Tatsuga’ura a besoin de cette théorie pour accéder à la présidence de l’ordre des médecins.
Publié dans Big Comic entre 1970 et 1971, Kirihito incarne le tournant adulte de Tezuka vers le gekiga. On y retrouve l’un de ses thèmes constants : la médecine comme arène de pouvoir et de corruption. Le protagoniste, lui-même atteint par la Monmō, est réduit à une condition animale — un corps défiguré par les ambitions d’autrui, qu’il faut apprendre à habiter malgré tout. On retrouve le motif central de Dororo, transposé du champ de bataille à l’hôpital.
7. Vagabond (Takehiko Inoue, 1998)

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Adapté du roman La Pierre et le Sabre d’Eiji Yoshikawa, Vagabond retrace la vie romancée de Miyamoto Musashi, le plus célèbre bretteur de l’histoire du Japon. Après la défaite de son camp à la bataille de Sekigahara en 1600, le jeune Shinmen Takezō — violent, sans direction — entame une errance qui le transformera en sabreur d’exception, puis, lentement, en homme apaisé.
Comme Dororo, c’est un récit d’itinérance où chaque duel marque une étape dans une mue intérieure. Inoue travaille à l’encre et au pinceau ; ses doubles pages atteignent par moments une intensité proche de la peinture sumi-e, et les silences y pèsent autant que les coups. Lauréat du Grand prix du Prix culturel Osamu Tezuka en 2002, le manga compte trente-sept volumes mais reste en pause depuis 2015. Inoue a expliqué cette interruption par le besoin de retrouver le désir de dessiner — loin de toute pression éditoriale.
8. Fullmetal Alchemist (Hiromu Arakawa, 2001)

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Edward et Alphonse Elric, deux frères alchimistes, ont tenté l’interdit : une transmutation humaine pour ressusciter leur mère. L’opération a échoué. Edward y a perdu un bras et une jambe ; Alphonse, son corps entier — son âme est désormais arrimée à une armure vide. Ensemble, ils parcourent le pays fictif d’Amestris à la recherche de la Pierre philosophale, seul moyen de restaurer ce qui leur a été pris.
La parenté avec Dororo tient à un même ressort : un corps sacrifié qu’il faut reconquérir. Mais Arakawa greffe sur ce motif une intrigue politique dense — armée, complots d’État, génocide — et un système d’alchimie régi par le principe de l’échange équivalent : rien ne se crée sans sacrifice. Vingt-sept volumes, plus de soixante-dix millions d’exemplaires, et surtout : une fin qui tient toutes les promesses du début — ce qui reste une rareté dans le shōnen.