Made in Abyss est un seinen manga d’Akihito Tsukushi, prépublié depuis 2012 dans le magazine Web Comic Gamma (Takeshobo). On y suit Rico et Légu dans leur descente vers les profondeurs de l’Abysse, un gouffre dont chaque strate se révèle plus hostile que la précédente — et dont on ne remonte jamais indemne. La version française est publiée par Ototo depuis 2018.
Si vous cherchez quoi lire ensuite, voici des mangas qui partagent avec Made in Abyss le goût des mondes régis par des lois cruelles et des enfants jetés bien trop tôt dans la gueule du loup.
1. Girls’ Last Tour (Tsukumizu, 2014)

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La civilisation s’est éteinte. Deux jeunes filles, Chito et Yuuri, errent à bord de leur Kettenkrad au milieu de ruines titanesques. Pas de quête héroïque ni de grand ennemi : leur quotidien se résume à trouver de la nourriture, du carburant et un abri pour la nuit. Le ton est doux, mélancolique, parfois drôle — Yuuri a le don de désamorcer les situations les plus sombres par sa gloutonnerie ou son indifférence joyeuse.
Les deux héroïnes s’interrogent sur les vestiges qu’elles trouvent — livres, armes, musique — avec une candeur qui transforme la moindre trouvaille en énigme philosophique. À quoi servaient les guerres ? Pourquoi fabriquer des appareils photo ? La série, achevée en 6 volumes (Omaké Books), fait le pari d’un récit contemplatif où l’absence de but devient elle-même le sujet.
2. The Promised Neverland (Kaiu Shirai & Posuka Demizu, 2016)

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Emma, Norman et Ray coulent des jours heureux à Grace Field House, un orphelinat idyllique dirigé par leur « Maman », Isabella. Mais les enfants ne sont pas des orphelins — ils sont du bétail, élevé pour nourrir des démons. Dès cette révélation, le manga se transforme en thriller cérébral où l’intelligence et la stratégie sont les seules armes face à un système verrouillé de toutes parts.
Les plans d’évasion déraillent, les alliés potentiels se dérobent. Le duo Shirai-Demizu tient cette mécanique du suspense sur 20 volumes (Kazé/Crunchyroll), même si la première moitié surpasse nettement la seconde, plus inégale, qui divise les lecteur·ice·s. La série vaut surtout pour son premier arc, où le huis clos de Grace Field House produit une tension que peu de shōnen ont égalée.
3. L’Enfant et le Maudit (Nagabe, 2015)

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Le monde est scindé en deux : l’Intérieur, refuge des humains, et l’Extérieur, territoire des êtres maudits. Quiconque serait touché par l’un d’eux subirait la malédiction à son tour. C’est pourtant dans cet espace hostile que la petite Sheeva, abandonnée par les siens, vit aux côtés du Professeur, une créature noire et cornue qui veille sur elle sans jamais la toucher — car un seul contact suffirait à la condamner.
Nagabe adopte un style graphique proche de la gravure, inspiré de Tove Jansson et des contes occidentaux, qui installe une atmosphère de fable sombre. Les dialogues sont rares ; l’émotion passe par les silences, les postures, le noir qui envahit les planches. En 11 volumes et un tome bonus (Komikku), la série pose une question simple et déchirante : comment protéger quelqu’un quand votre seule présence constitue un danger ?
4. Gloutons & Dragons (Ryōko Kui, 2014)

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Quand sa sœur Fayrinn se fait dévorer par un dragon au fond d’un donjon, Laïos n’a qu’un mois pour la retrouver avant que la digestion ne rende toute résurrection impossible. Problème : son groupe a perdu ses provisions et deux de ses membres. Sa solution : cuisiner les monstres du donjon pour se nourrir en chemin. Aux côtés de la magicienne Marcyle, du halfelain Tylchak et du nain Senshi, il s’enfonce dans les profondeurs.
Sous ses dehors de comédie culinaire, la série de Ryōko Kui prend son propre univers au sérieux. Chaque strate du donjon possède son écosystème ; chaque monstre occupe une niche précise dans la chaîne alimentaire — on est plus proche du traité d’écologie fantastique que du bestiaire décoratif, même si les repas improvisés restent l’occasion de scènes franchement comiques. L’histoire gagne en gravité au fil des 14 volumes (Casterman), jusqu’à aborder des questions de pouvoir et de coexistence entre les races.
5. To Your Eternity (Yoshitoki Ōima, 2016)

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Un être immortel, créé par une entité mystérieuse appelée l’Observateur, est déposé sur Terre sous la forme d’une sphère. À chaque rencontre — un loup, un garçon isolé dans la neige, une jeune fille promise au sacrifice — Imm acquiert une nouvelle apparence et de nouvelles émotions. La mort de ceux qu’il côtoie n’est pas un accident : c’est la condition même de son évolution.
Yoshitoki Ōima, déjà connue pour A Silent Voice, procède par arcs autonomes, chacun centré sur des personnages voués à disparaître. La série, publiée chez Pika, s’étend sur plusieurs siècles et interroge ce qui persiste d’une personne après sa mort — un souvenir, une forme, un geste appris. Les knockers, ennemis récurrents d’Imm, imposent une menace concrète qui empêche l’ensemble de verser dans la seule mélancolie.
6. Somali et l’esprit de la forêt (Yako Gureishi, 2015)

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Dans un monde où les humains, persécutés par les créatures non humaines, ont presque disparu, un Golem — gardien ancestral des forêts — découvre une petite fille nommée Somali. Dépourvu d’émotions, il décide pourtant de l’accompagner à la recherche d’autres survivants de son espèce — et de la protéger d’un monde qui la dévorerait s’il découvrait sa nature. Elle l’appelle « père ».
Leur périple traverse des contrées peuplées de fées, de démons et de magiciennes, dans un univers aux accents miyazakiens, saturé de couleurs et d’architectures improbables. Mais sous cette exubérance visuelle rôde un compte à rebours : le Golem sait que sa propre fin approche, et il n’en dit rien à Somali. La série, interrompue au 6e volume (Komikku) en raison de l’état de santé de l’auteur, s’arrête sur cette question en suspens — ce qui la rend d’autant plus difficile à refermer.
7. L’Ère des Cristaux (Haruko Ichikawa, 2012)

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L’humanité a disparu. Sur une île déserte, vingt-huit êtres minéraux — les gemmes — vivent sous la protection de maître Vajra. Ils affrontent les Séléniens, des créatures lunaires qui les enlèvent pour les transformer en parures. Phosphophyllite, dit Phos, est la gemme la plus fragile : inapte au combat, elle se voit confier la rédaction d’une histoire naturelle. Cette mission, en apparence anodine, va peu à peu mettre au jour les fondements mêmes de leur monde — et les fissurer.
Au fil des tomes, Phos perd et remplace des parties de son corps — chaque transformation est irréversible, et la gemme que l’on suivait au départ finit par devenir méconnaissable, physiquement et moralement. Ce qui commençait dans la légèreté vire à la tragédie, nourrie par des références au bouddhisme. Achevée en 13 volumes (Glénat), c’est une série qui ne ménage ni ses personnages ni ses lecteur·ice·s.
8. Les Enfants de la Baleine (Abi Umeda, 2013)

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Sur un océan de sable infini vogue la Baleine de Glaise, un vaisseau gigantesque qui abrite environ cinq cents personnes. Ses habitants se divisent en deux castes : les Marqués, capables de manier le saimia — un pouvoir tiré des émotions — mais condamnés à mourir jeunes, et les Non-marqués, qui dirigent la Baleine et vivent plus longtemps. Chakuro, un jeune scribe atteint d’hypergraphie, consigne le quotidien de cette société isolée — jusqu’au jour où, sur un vaisseau à la dérive, il découvre une jeune fille seule au milieu de cadavres.
Le dessin d’Abi Umeda, tout en dégradés et en traits fins hérités de l’aquarelle, suggère une douceur à laquelle on a tort de se fier : quand la violence surgit, elle est brutale. Car la série ne s’en tient pas au dépaysement : luttes politiques, massacres et secrets enfouis sur l’origine de la Baleine composent l’essentiel de la trame. En 23 volumes (Glénat), elle évoque Nausicaä par sa portée écologique, mais aussi par sa confiance dans des personnages jeunes, fragiles, et obstinément tournés vers l’avenir.