Blame! est un seinen manga de science-fiction créé par Tsutomu Nihei, prépublié entre 1998 et 2003 dans le magazine Monthly Afternoon de Kōdansha et compilé en dix tomes. On y suit Killy, un solitaire équipé d’une arme gravitationnelle, dans sa traversée d’une mégastructure titanesque à la recherche d’un humain doté d’un terminal génétique capable de restaurer l’ordre du réseau.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations dans la même veine.
1. NOiSE (Tsutomu Nihei, 2001)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Préquelle officielle de Blame!, NOiSE se déroule 3 000 ans avant les événements de la série principale. On y suit Musubi Susono, inspectrice de police, dont l’enquête sur des enlèvements d’enfants bascule quand son partenaire est assassiné par un culte fanatique. Ces adeptes utilisent le « chaos du net » pour transformer des humains en monstres.
En un seul volume, Nihei éclaire des questions laissées en suspens dans Blame! : les origines des Sauvegardes, de la Résosphère et des terminaux génétiques. L’intrigue policière rend le tout plus lisible que son aîné. Le volume inclut aussi le prototype de Blame!, primé en 1995 lors d’un concours de Kōdansha, témoignage direct de la genèse de l’univers de Nihei.
2. Biomega (Tsutomu Nihei, 2004)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
En l’an 3005, le virus N5S, ramené de Mars, transforme les humains en « drones » : des êtres défigurés, proches du zombie. L’androïde Zoichi Kanoe, agent de la TOA Heavy Industries, parcourt le monde à moto (dotée d’une IA nommée Fuyu) pour retrouver les rares individus immunisés contre l’infection.
Six tomes, publiés entre 2004 et 2009 : Biomega partage avec Blame! les mégastructures et la rareté des dialogues, mais s’en éloigne par un rythme effréné et des scènes d’action plus frontales. La TOA Heavy Industries, corporation déjà présente dans Blame!, tient ici un rôle central. Anime News Network l’a placé sur le podium des meilleurs mangas de zombies jamais publiés.
3. Abara (Tsutomu Nihei, 2005)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Certains humains, dans un futur sans date, mutent en « Gaunas » : des créatures dotées d’une armure osseuse et d’armes biologiques. Kudō Denji, un Gauna noir, affronte les Gaunas blancs qui menacent l’humanité. Deux tomes seulement, publiés entre 2005 et 2006 : c’est du body horror condensé à l’extrême, où les corps se disloquent et se recomposent sans cesse.
La mythologie gnostique irrigue la série, avec ses anges déchus et ses hiérarchies secrètes. Tatsuki Fujimoto, l’auteur de Chainsaw Man, a cité Abara comme une source d’inspiration directe. Ce diptyque représente la face la plus radicale du travail de Nihei : un objet court, brutal et presque expérimental, où chaque page pousse le dessin vers un point de rupture.
4. Knights of Sidonia (Tsutomu Nihei, 2009)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Mille ans après la destruction de la Terre par les Gaunas, les derniers humains survivent à bord du vaisseau-génération Sidonia. Nagate Tanikaze, élevé en secret dans les profondeurs du vaisseau, devient pilote de mecha « Sentinelle » pour repousser la menace extraterrestre.
Quinze tomes, publiés entre 2009 et 2015, et une adaptation animée sur Netflix. Knights of Sidonia est l’entrée la plus conventionnelle du catalogue de Nihei : romance et humour y côtoient la lutte pour la survie, et le dessin, plus clair que dans ses séries précédentes, ouvre le manga à un public plus large. L’intérêt réside surtout dans la biologie fictive : les humains de Sidonia pratiquent la photosynthèse, se reproduisent par clonage, et ont abandonné la différenciation sexuelle. Ce qui semblait être de la science-fiction dure devient une interrogation sur ce que l’espèce est prête à sacrifier pour durer.
5. Aposimz — La planète des marionnettes (Tsutomu Nihei, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Sur une planète artificielle de 200 000 km de diamètre, la surface gelée est hostile et les humains subsistent dans des poches souterraines. L’empire de Rébidor cherche à convertir les survivants en « marionnettes », des automates organiques. Etherow, un jeune habitant, reçoit un code mystérieux et des projectiles qui le lancent dans une guerre de résistance.
C’est la série la plus explicite de Nihei (neuf tomes, 2017–2021) : les enjeux sont posés d’emblée, les personnages ont des motivations claires, les dialogues sont plus nombreux. Certain·es y voient une porte d’entrée idéale vers l’univers du mangaka ; d’autres regrettent que le mystère — ce qui faisait la force de Blame! — ait été sacrifié au profit de la lisibilité. Le trait, plus épuré, conserve toutefois la patte de Nihei : architectures disproportionnées, silhouettes filiformes, espaces écrasés par leur propre immensité.
6. Dorohedoro (Q Hayashida, 2000)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Caïman, un homme à la tête de lézard frappé d’amnésie, traque les sorciers dans le quartier délabré de « Hole » avec l’aide de son amie Nikaido. Il cherche celui ou celle qui l’a métamorphosé. Une seconde tête, logée dans sa gorge, semble connaître la réponse. Les sorciers, eux, utilisent une « fumée » magique pour remodeler les êtres vivants à leur guise.
23 tomes entre 2000 et 2018 : Dorohedoro refuse toute hiérarchie entre l’horreur et l’humour. Les scènes de gore extrême côtoient des passages de comédie absurde, souvent autour de la nourriture (les gyōzas de Nikaido sont un motif récurrent). Q Hayashida a construit un univers crasseux et labyrinthique qui partage avec Blame! un même sens du vertige architectural, mais y ajoute une énergie chaotique bien à elle.
7. Girls’ Last Tour (Tsukumizu, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Chito et Yuuri, deux jeunes filles, parcourent les ruines d’une civilisation éteinte à bord d’un Kettenkrad, une motochenille de la Seconde Guerre mondiale. Pas d’ennemis, pas de quête : seulement la traversée silencieuse de strates urbaines abandonnées, ponctuée de conversations sur la guerre, la solitude et ce que signifie vivre quand il n’y a plus rien à préserver.
Prix Seiun 2019, six tomes publiés entre 2014 et 2018. Tsukumizu a confirmé l’influence de Blame! sur son travail, et cela se perçoit vite : les mêmes architectures vides, la même immensité indifférente. Mais là où Nihei opte pour la violence, Tsukumizu choisit le dépouillement. Le résultat est une histoire post-apocalyptique d’une douceur rare, plus proche de la méditation que de l’aventure.
8. Gunnm (Yukito Kishiro, 1990)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Dans une décharge située sous la cité flottante de Zalem, le docteur Ido découvre une cyborg amnésique qu’il baptise Gally. Dotée d’un corps reconstruit, elle redécouvre le Panzer Kunst, un art martial dévastateur, et tente de comprendre qui elle était avant de finir en pièces détachées. Le monde qu’elle arpente est coupé en deux : les privilégiés vivent en altitude, les autres survivent en contrebas dans la violence et la misère.
Publié entre 1990 et 1995 en neuf tomes, Gunnm a été l’un des premiers mangas cyberpunk diffusés en France (dès 1995 chez Glénat) et n’a rien perdu de sa force. Kishiro pose une question simple mais tenace : à partir de quel seuil de remplacement un corps cesse-t-il d’être le vôtre ? Le film Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez en est l’adaptation hollywoodienne. Deux suites, Gunnm: Last Order et Gunnm: Mars Chronicle, prolongent l’histoire.
9. The Ghost in the Shell (Masamune Shirow, 1989)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
En 2029, le major Motoko Kusanagi dirige la Section 9 de la Sécurité Publique, une unité spécialisée dans la lutte contre le cyber-terrorisme. La quasi-totalité des humains possèdent des implants cybernétiques, et le « ghost hacking », la prise de contrôle d’un esprit à distance, est le danger le plus redouté. Le doute est permanent : mon corps est-il encore le mien, et mes pensées me sont-elles propres ?
Le manga, publié entre 1989 et 1991, a inspiré le film d’animation de Mamoru Oshii (1995), lui-même cité par les Wachowski comme source directe de Matrix. Shirow accompagne ses planches de notes de bas de page abondantes (technologie, philosophie, géopolitique) qui font du manga un objet hybride, à mi-chemin entre la fiction et l’essai. L’ensemble est exigeant, mais son influence sur la science-fiction des trente dernières années est difficile à surestimer.
10. Eden: It’s an Endless World! (Hiroki Endo, 1998)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Le « virus Closure » a décimé 15 % de la population mondiale : il durcit la peau de ses victimes jusqu’à la pétrification. Dans le chaos qui s’ensuit, l’organisation paramilitaire Propater prend le pouvoir. On suit Elijah, un adolescent, à travers les guerres de factions, la corruption technologique et les manipulations génétiques.
Avec ses 18 tomes (1998–2008), ce seinen est l’un des plus ambitieux de sa décennie. Endo y intègre des références à la mythologie gnostique, à la géopolitique contemporaine et à la bioéthique. La brutalité est constante mais jamais complaisante. Wizard Magazine l’a classé parmi les meilleurs mangas de 2007. La lecture est longue, parfois éprouvante, mais chaque arc relance les enjeux plutôt que de les diluer.
11. No Guns Life (Tasuku Karasuma, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Après une guerre dont on ne sait presque rien, les anciens soldats cybernétiques, les « Extended », peinent à se réintégrer dans la société civile. Jūzō Inui, un Extended dont la tête a la forme d’un revolver, travaille comme « Resolver » : il règle les problèmes liés aux cyborgs. Amnésique, incapable de presser lui-même sa propre détente, il incarne un paradoxe ambulant.
Le manga (13 tomes, 2014–2021) emprunte au film noir et au hard-boiled américain : trenchcoat, monologues intérieurs, clientes en détresse. Le ton est plus classique que chez Nihei, mais le fond reste acéré. Inui est un homme-arme au sens littéral, et le manga tire toutes les conséquences de cette prémisse : juridiques, sociales, intimes. Karasuma ancre son cyberpunk dans le quotidien : la marginalité des vétérans augmentés, leur rejet par la société civile, leur instrumentalisation par les corporations.
12. Akira (Katsuhiro Otomo, 1982)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
En décembre 1982, une explosion nucléaire détruit Tokyo et déclenche la Troisième Guerre mondiale. En 2019, dans le Néo-Tokyo reconstruit, le jeune motard Kaneda voit son ami Tetsuo acquérir des pouvoirs psychiques incontrôlables après une collision avec un enfant cobaye du gouvernement. La quête du mystérieux « Akira », source de ces pouvoirs, précipite la ville vers une nouvelle apocalypse.
Six tomes, publiés entre 1982 et 1990, pour un total de plus de 2 200 pages. Akira a changé la perception du manga hors du Japon. Otomo y a imposé un sens du cadrage et du découpage emprunté au cinéma, et sa représentation de la destruction urbaine (bâtiments qui se tordent, routes qui se soulèvent, stades qui implosent) n’a pas pris une ride. Le film d’animation de 1988, réalisé par Otomo lui-même, a achevé de faire d’Akira une référence mondiale.