Les douleurs fantômes est le quatrième roman de Mélissa Da Costa, publié en 2022 aux éditions Albin Michel. Il constitue la suite de Je revenais des autres et retrouve, cinq ans après, les anciens saisonniers d’Arvieux : Rosalie, Gabriel, Tim, Anton et Ambre. Lorsque le compagnon de Rosalie disparaît sans explication — un simple mot laissé derrière lui : « ne vous inquiétez pas » —, celle-ci appelle Ambre à l’aide. Le groupe se reforme alors pour les fêtes de Noël, mais les retrouvailles font remonter rancœurs, non-dits et sentiments jamais réglés : Tim vit toujours avec Anton sans être heureux, Ambre n’a jamais oublié Tim, et chacun se demande s’il mène la vie dont il rêvait. Le roman aborde le deuil, les violences conjugales, le handicap et les remises en question de l’âge adulte.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des romans qui partagent un même terrain : des personnages fracassés par la vie, des liens qui se nouent là où on ne les attendait pas, et l’idée que la guérison passe souvent par les autres.
1. Tout le bleu du ciel (Mélissa Da Costa, 2019)

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Émile a vingt-six ans et un diagnostic qui ne laisse pas de place au doute : un Alzheimer précoce. Durée de vie estimée : vingt-quatre mois. Il refuse l’hôpital, la compassion familiale et l’acharnement thérapeutique, et poste une annonce sur Internet pour trouver un·e compagnon·ne de voyage. Contre toute attente, une réponse arrive. Trois jours plus tard, devant un camping-car acheté en secret, une jeune femme coiffée d’un grand chapeau noir se présente : Joanne. Direction les Pyrénées. Pas de questions.
Devenu un phénomène éditorial (plus d’un million et demi d’exemplaires vendus, une adaptation en téléfilm sur TF1 en janvier 2025 avec Camille Lou et Hugo Becker), ce premier roman de Mélissa Da Costa tient sur un ressort simple : Émile, lui, sait pourquoi il fuit — il veut vivre ses derniers mois librement. Mais Joanne, mutique et secrète, ne donne aucune explication sur sa présence. Le roman dévoile leurs histoires respectives par couches successives, au fil des étapes du voyage, et les raisons de Joanne ne se révèlent que très tard — ce qui change rétrospectivement le sens de tout ce qui précède. Malgré ses 850 pages, le livre file sans longueur, porté par l’alternance entre les chapitres du présent et les retours en arrière sur la vie d’avant.
2. Trois (Valérie Perrin, 2021)

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1986. Adrien, Étienne et Nina se rencontrent en CM2. En quelques jours, ils deviennent inséparables et se font une promesse : quitter leur province, vivre à Paris, ne jamais se séparer. 2017. Une voiture est repêchée au fond d’un lac, dans le hameau même où ils ont grandi. Le véhicule avait été volé en 1994 — l’année où Clotilde, la petite amie d’Étienne, a mystérieusement disparu. Journaliste locale au passé trouble, Virginie couvre l’affaire. Mais elle n’est pas là par hasard : elle connaît Adrien, Étienne et Nina depuis l’enfance, et les observe de loin depuis des années. C’est elle qui, à force de tirer le fil de cette épave, va faire remonter trente ans d’amitié, de serments trahis et de secrets enfouis.
Valérie Perrin, à qui l’on doit aussi Changer l’eau des fleurs, construit son récit en allers-retours entre les années 1980 et le présent. On suit le trio de l’enfance à l’âge adulte, et l’on comprend progressivement comment la mort accidentelle du grand-père de Nina — le seul adulte qui veillait sur elle — a fait voler en éclats leur pacte d’adolescents. Chacun porte ses propres fractures : Nina subit un mari violent, Adrien peine à assumer son identité et sa sexualité, Étienne est rongé par la disparition de Clotilde et par un cancer. Le roman, qui avoisine les 700 pages, a la structure d’un puzzle dont les pièces s’emboîtent avec une précision redoutable — jusqu’à une dernière phrase qui oblige à reconsidérer l’ensemble.
3. Plus grand que le ciel (Virginie Grimaldi, 2024)

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Elsa et Vincent se croisent chaque mercredi dans la salle d’attente de leur psychiatre. Elle est conseillère funéraire, mordante, toujours en retard. Il est romancier à succès, rêveur, toujours en avance. Elle vient de perdre son père et ne parvient plus à fonctionner. Il traverse un blocage créatif doublé d’une dépression dont il tait la cause. Ils n’ont aucune envie de se parler — et c’est bien sûr ce qui va se produire.
Dixième roman de Virginie Grimaldi et sans doute le plus personnel — elle l’a écrit peu après la mort de son propre père. À travers Elsa, elle raconte la sidération du deuil : ces jours où l’on oublie pendant quelques secondes que la personne n’est plus là, avant que le réel s’impose de nouveau, brutal. À travers Vincent, écrivain populaire convaincu de ne pas mériter son succès (un sentiment que Grimaldi connaît manifestement bien), elle offre un portrait lucide et souvent très drôle du milieu de l’édition — ses salons, ses mondanités, son snobisme envers les auteurs « grand public ». Le livre parvient à faire rire sur des sujets graves sans jamais donner l’impression de les minimiser. Celles et ceux qui ont aimé Les douleurs fantômes pour son mélange de tendresse, d’humour discret et de vrais coups durs retrouveront ici la même tonalité — en plus resserré.
4. Juste avant le bonheur (Agnès Ledig, 2013)

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Julie a vingt ans, un fils de quatre ans prénommé Lulu — qui n’a encore jamais vu la mer —, un emploi de caissière, un patron qui lui fait des avances, et des fins de mois qui débutent le 5. Reniée par son père le jour où il a appris sa grossesse, elle n’a ni famille ni filet de sécurité. Un jour, Paul — client du supermarché, ingénieur fraîchement divorcé — est touché par sa détresse et propose, sur un coup de tête, de les emmener en Bretagne, Lulu et elle, dans sa maison en bord de mer. Son fils Jérôme, jeune médecin qui ne parvient pas à surmonter le suicide récent de sa femme, sera du voyage.
Lauréat du prix Maison de la Presse 2013, ce roman est indissociable de l’histoire personnelle d’Agnès Ledig : sage-femme de formation, elle a perdu son fils Nathanaël, atteint de leucémie, à l’âge de cinq ans. On sent ce vécu dans la façon dont le livre parle de la fragilité de l’enfance — et dans un tournant de l’intrigue, vers le dernier tiers, qui frappe d’autant plus fort qu’on ne l’a pas vu venir. Si l’on peut reprocher au récit un optimisme parfois appuyé (Paul débarque dans sa belle Audi grise un peu comme un prince charmant motorisé), la sincérité du propos l’emporte. Et puis il y a Lulu, quatre ans, qui découvre la mer pour la première fois et demande si on peut la rapporter à la maison dans un seau — le genre de personnage qu’on n’oublie pas de sitôt.
5. Et que quelqu’un vous tende la main (Carène Ponte, 2022)

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Le Jardin des Cybèles est une maison de repos destinée aux personnes que la vie a malmenées — un lieu où l’on vient se poser quand on n’a plus la force de remonter seul·e. Cet été-là, elle accueille deux nouvelles pensionnaires : Valérie, en burn-out, rongée par la culpabilité d’avoir un jour « pété les plombs » devant ses filles, et Anna, dévastée par la mort subite de son bébé. Très vite, elles prennent l’habitude de se retrouver dans la pâtisserie voisine, tenue par Charline — dont la bonne humeur apparente dissimule ses propres blessures. Quand Charline apprend à son tour une terrible nouvelle (une leucémie), Valérie et Anna décident de mettre leur propre souffrance entre parenthèses pour épauler leur amie. Les trois femmes partent alors pour une virée improvisée au bord de la mer.
Roman choral où chacune des trois protagonistes prend la parole à tour de rôle, ce livre aborde le deuil, la maternité (sa difficulté, ses injonctions, le tabou de ne pas se sentir à la hauteur), le burn-out et la maladie. L’intérêt du récit tient dans le mécanisme qui donne son titre au livre : c’est parce qu’elles aident Charline que Valérie et Anna retrouvent elles-mêmes une raison d’avancer. Tendre la main à quelqu’un, ici, n’est pas un geste à sens unique — c’est ce qui sauve aussi celle ou celui qui l’initie.
6. Entre ciel et Lou (Lorraine Fouchet, 2016)

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Cardiologue tout juste retraité, Jo enterre Lou, l’amour de sa vie, sur l’île de Groix — un petit caillou de huit kilomètres sur quatre posé au large de Lorient, en Bretagne. Il comptait vieillir à ses côtés. C’est raté. Lors de la lecture du testament, le notaire lui remet une lettre dans laquelle Lou — emportée par une maladie dégénérative qui lui faisait perdre la mémoire — confie à son « piroche » (surnom affectueux) une ultime mission : s’assurer que leurs enfants sont heureux. Deux mois pour y parvenir. Mais entre Cyrian, son fils, qui l’accuse de ne jamais avoir été présent, et Sarah, sa fille, piégée dans une relation amoureuse toxique, la tâche s’annonce rude — d’autant que Jo, absorbé par sa carrière pendant des décennies, connaît à peine ses propres enfants.
L’originalité du roman tient dans sa narration polyphonique : chaque personnage prend la parole à tour de rôle, dans des chapitres courts qui indiquent le lieu et le narrateur. Lou elle-même s’exprime depuis « là où on va après », ce qui donne au récit une tonalité singulière, à mi-chemin entre le roman familial et la lettre d’amour posthume. L’île de Groix, que Lorraine Fouchet (ancienne urgentiste) habite depuis des années, irrigue chaque page — ses tempêtes, sa solidarité de village, ses traditions. Le livre contient même, en fin de volume, la recette du tchumpôt, un gâteau breton local, et une liste de morceaux de musique qui accompagnent la lecture.
7. Grandir un peu (Julien Rampin, 2021)

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Une vieille bâtisse en pierre aux volets bleus, perchée sur une colline du Lauragais (la campagne entre Toulouse et Carcassonne), loin de tout. C’est là que Jeanne, trente-cinq ans, débarque un beau jour avec sa collection de vinyles sous le bras, après avoir quitté un mari indifférent et une existence qui ne lui ressemblait plus. Elle a répondu à une petite annonce : « Vieille dame un peu loufoque loue appartement meublé à dame de bonne compagnie. Loyer modéré contre menus services. » La vieille dame en question, c’est Raymonde, quatre-vingt-huit ans, fantasque et frondeuse, qui vit avec Lucas, son petit-fils d’une vingtaine d’années — un garçon lumineux, mais rejeté par son père depuis qu’il a révélé son homosexualité.
D’abord auto-édité en 2019 avant d’être repéré par les éditions Charleston, ce premier roman de Julien Rampin est découpé au rythme des saisons. Au fil des mois de cohabitation, les trois personnages se dévoilent : Jeanne reprend confiance en elle après des années d’effacement conjugal, Lucas apprend à faire le deuil d’un père qui ne l’acceptera pas, et Raymonde — derrière sa faconde et ses répliques cinglantes — cache elle aussi une blessure ancienne. Le roman fonctionne grâce à ce trio improbable, trois générations réunies sous le même toit, qui forme une famille de substitution d’autant plus précieuse qu’elle n’était pas prévue.
8. Ce que les étoiles doivent à la nuit (Anne-Gaëlle Huon, 2021)

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Liz est cheffe cuisinière, talentueuse et sur le point de décrocher une étoile au Guide Michelin. En une soirée, tout s’effondre : une intoxication alimentaire dans son restaurant et une plainte pour harcèlement déposée par sa commise (son assistante en cuisine) réduisent sa réputation à néant. Elle se réfugie au Pays basque, sur les traces de sa mère, et y rencontre M. Etchegoyen — homme d’affaires élégant et indéchiffrable qui lui confie les clés de son restaurant de village avec un défi : en faire une adresse gastronomique. Problème : il faut cohabiter avec Peyo. Bourru et territorial, le chef en place n’a aucune intention de partager ses fourneaux.
Ce roman se lit de façon indépendante, même s’il s’inscrit dans la continuité de Les Demoiselles (prix des Lecteurs Culture Presse), dont on retrouve certains personnages. Le récit alterne entre le présent de Liz et une intrigue située dans les années 1950, où l’on suit Balthazar, un jeune homme qui se fait passer pour journaliste afin d’interviewer une marquise excentrique et qui tombe amoureux de Romy, une femme au passé opaque. Les deux époques sont liées par des secrets de famille qui ne se révèlent que progressivement. Anne-Gaëlle Huon a écrit ce livre après la mort de sa grand-mère, en immersion dans les cuisines d’un restaurant étoilé de Bidart, et cette expérience se sent : les scènes de brigade (le bruit, la chaleur, les odeurs, la tension du service) ont une densité sensorielle rare dans un roman. Les étoiles du titre renvoient à la fois au ciel nocturne et à celles du Guide Michelin — et si vous terminez ce livre sans avoir faim, c’est que vous l’avez lu trop vite.