Publié en 2018 aux éditions Albin Michel, Changer l’eau des fleurs est le deuxième roman de Valérie Perrin. On y suit Violette Toussaint, gardienne du cimetière d’une petite ville de Bourgogne, qui accueille dans sa loge les familles de passage, écoute leurs confidences et leur offre du café — parfois un peu plus que du café. L’arrivée d’un policier venu déposer les cendres de sa mère sur la tombe d’un inconnu va réveiller des secrets que Violette croyait bien enterrés — si l’on ose dire, vu le décor. Récompensé par le prix Maison de la Presse 2018, traduit dans une soixantaine de pays, le roman a fait de Valérie Perrin l’une des autrices françaises les plus lues au monde. Une adaptation cinématographique réalisée par Jean-Pierre Jeunet est prévue pour 2026.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce livre — probablement avec un léger pincement au cœur —, voici quelques suggestions dans la même veine.
1. Les Oubliés du dimanche (Valérie Perrin, 2015)

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C’est par là que tout a commencé. Justine, vingt et un ans, travaille comme aide-soignante à la maison de retraite des Hortensias, dans la petite ville de Milly, en Bourgogne. Orpheline depuis un accident de voiture jamais tout à fait élucidé, qui a coûté la vie à ses deux parents et à son oncle et sa tante, elle a grandi chez ses grands-parents avec son cousin Jules. Au quotidien, elle recueille les souvenirs des résidents — en particulier ceux d’Hélène, une nonagénaire dont l’histoire d’amour avec Lucien, brisée par la Seconde Guerre mondiale, la fascine au point de vouloir l’écrire.
Le titre désigne ces pensionnaires que personne ne vient voir le dimanche, jusqu’à ce qu’un mystérieux « corbeau » passe des appels aux familles pour leur annoncer, à tort, le décès de leurs proches. Le stratagème a le mérite de fonctionner : les « oubliés » voient soudain revenir des visages familiers. L’histoire se déploie sur deux lignes temporelles — le présent de Justine et le passé d’Hélène —, entre secrets de famille et non-dits, avec cette façon qu’a Valérie Perrin de construire ses romans d’amour comme des polars — sa formule, pas la mienne. Si Changer l’eau des fleurs vous a séduit·e, commencer par celui-ci relève du bon sens.
2. Trois (Valérie Perrin, 2021)

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1986 : Adrien, Étienne et Nina se rencontrent en CM2 dans un petit village de Bourgogne. Ils deviennent inséparables et se font une promesse : un jour, ils quitteront leur province pour Paris et ne se sépareront jamais. 2017 : une voiture est repêchée au fond d’un lac, non loin de l’endroit où ils ont grandi. Virginie, journaliste au passé énigmatique, couvre l’événement et remonte peu à peu le fil de cette amitié fusionnelle — et de ce qui l’a fait voler en éclats.
Sur plus de six cents pages, Valérie Perrin retrace trois décennies de vie, d’amitié et de trahisons. Chaque personnage traîne ses propres dégâts : Nina, élevée par son grand-père, tombera dans un mariage violent ; Étienne, policier qui se détruit à petit feu, devra affronter un cancer ; Adrien mène une quête d’identité silencieuse dont la révélation constitue l’un des ressorts du roman. Le récit est aussi une fresque de la France des années 1980 à nos jours, gorgée de références musicales et cinématographiques — de Candy à Francis Cabrel, de quoi réveiller pas mal de souvenirs chez les quadragénaires. Trois a été élu roman préféré du Parisien en 2022 et s’est hissé en tête des ventes en format poche la même année.
3. Ce que nous confions au vent (Laura Imai Messina, 2021)

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Au Japon, sur les pentes du mont Kujira-yama, il existe une cabine téléphonique qui n’est reliée à aucune ligne. Chaque année, des milliers de personnes y décrochent le combiné pour adresser quelques mots à leurs proches disparus et confier leur message au vent. Ce lieu est réel — il a été installé par un paysagiste après la mort de son cousin —, et c’est là que Laura Imai Messina ancre son roman. Yui, animatrice radio, a perdu sa mère et sa fille dans le tsunami de mars 2011. Elle se rend à cette cabine, où elle croise Takeshi, qui élève seul sa petite fille Hana depuis la mort de sa femme. Hana, elle, ne parle plus.
Le roman suit ces deux êtres dans un rituel mensuel : le trajet en voiture vers la cabine, les mots qu’on tente de prononcer, et ceux qu’on ne trouve pas. Laura Imai Messina, écrivaine italienne installée au Japon depuis une quinzaine d’années, entrelace les chapitres narratifs avec de courts instantanés poétiques — une recette, l’adresse d’une librairie, le titre d’un album lu à une enfant le soir. On referme ce livre avec l’envie étrange de décrocher un téléphone qui ne sonne nulle part, juste pour dire à quelqu’un qu’on ne l’a pas oublié.
4. Je revenais des autres (Mélissa Da Costa, 2021)

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Ambre a vingt ans, une relation destructrice avec Philippe — quarante ans, marié, père de deux enfants — et plus rien d’autre. Ni famille, ni amis, ni projets. Quand elle tente de mettre fin à ses jours, Philippe l’envoie à Arvieux, un village perché dans les Alpes, pour travailler comme serveuse dans un hôtel le temps d’une saison. C’est là qu’elle rencontre une bande de saisonniers qui ont tous, à leur manière, déraillé : Tim, qui n’assume pas son homosexualité devant sa famille ; Rosalie, mère célibataire qui élève seule la petite Sophie ; Gabriel, qui compense en silence ce que les autres expriment trop fort ; et Anton, champion de ski local, pas aussi solide qu’il en a l’air.
Le roman raconte six mois de cohabitation au troisième étage de cet hôtel, entre soirées arrosées, journées de ski et confidences tardives. Il y est question d’emprise amoureuse, de liens qu’on devrait couper et de ceux qu’on n’osait pas nouer. Mélissa Da Costa a su peupler ce huis clos montagnard de personnages dont on ne veut plus se séparer — au point d’avoir écrit une suite, Les Douleurs fantômes (2022), pour les retrouver cinq ans plus tard. Si l’idée de refermer un livre et de regretter ses personnages comme on regrette des amis vous parle, vous êtes au bon endroit.
5. Il est grand temps de rallumer les étoiles (Virginie Grimaldi, 2018)

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Anna a trente-sept ans, des dettes qui s’accumulent, un emploi de serveuse qui l’épuise, et deux filles qu’elle ne fait plus que croiser au petit déjeuner. Chloé, dix-sept ans, a renoncé à ses rêves pour aider sa mère et cherche dans les bras des garçons une affection qui ne dure jamais. Lily, douze ans, préfère la compagnie de son rat — baptisé du prénom de son père, parce que lui aussi a quitté le navire. Le jour où Anna apprend à quel point ses filles vont mal, elle prend une décision aussi folle qu’irrévocable : les embarquer dans un camping-car, direction la Scandinavie.
Le récit alterne entre trois voix : celle d’Anna, qui narre à la première personne ; les « chroniques de Chloé », sorte de blog intime ; et le journal de Lily, adressé à un carnet qu’elle a prénommé Marcel — et dont l’humour involontaire est une bénédiction. Ce road trip à travers l’Europe du Nord ne règle pas tout — les casseroles voyagent aussi bien que les valises —, mais il permet à cette famille de se retrouver, et peut-être de se choisir à nouveau. Le roman a été élu livre préféré des Français par le classement France Télévisions en 2022. Et on comprend pourquoi.
6. Les gens heureux lisent et boivent du café (Agnès Martin-Lugand, 2013)

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Diane vit à Paris, dans le Marais, où elle tient un café littéraire. Elle est mariée à Colin, mère de la petite Clara, et sa vie ressemble à peu près à ce qu’elle avait espéré — jusqu’au jour où Colin et Clara meurent dans un accident de voiture. La jeune femme s’effondre. Pendant des mois, elle ne fait plus que fumer, boire du café et pleurer, incapable de remettre les pieds dans son propre établissement. Son meilleur ami Félix, à bout d’arguments, finit par la convaincre de partir. Diane choisit l’Irlande — le pays dont Colin rêvait — et s’installe dans un cottage à Mulranny, un village battu par la pluie et le vent.
C’est là qu’elle va croiser Edward, un photographe aux manières aussi rudes que les falaises du coin, et Judith, sa sœur, aussi chaleureuse que lui est revêche. Le roman raconte un lent dégel : apprendre à sortir de chez soi, à supporter la compagnie d’un inconnu agaçant, à admettre que l’absence ne condamne pas forcément à l’immobilité. D’abord autoédité sur Kindle en 2012, ce premier roman s’est vendu à une vitesse inattendue avant d’être repris par les éditions Michel Lafon en 2013 — et traduit depuis dans une vingtaine de langues. C’est le type de livre qu’on lit d’une traite, idéalement avec une tasse de café à portée de main — le titre n’est pas qu’un joli slogan.
7. Les Victorieuses (Laetitia Colombani, 2019)

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Solène, quarante ans, est avocate. Dossiers impeccables, agenda saturé, vie personnelle réduite à néant. Un jour, l’un de ses clients se jette du haut du Palais de Justice après sa condamnation. C’est le choc de trop : Solène s’effondre, victime d’un burn-out. Son médecin lui prescrit du bénévolat. Sceptique, elle répond à une petite annonce qui cherche un·e écrivain·e public et se retrouve au Palais de la Femme, un foyer situé rue de Charonne, dans le 11e arrondissement de Paris, où sont hébergées des femmes en grande précarité. Les résidentes — Binta, Cvetana, Salma, Cynthia, La Renée — viennent du monde entier et ne lui font aucun cadeau.
En parallèle, le roman nous transporte dans les années 1920 aux côtés de Blanche Peyron, cheffe de l’Armée du Salut en France. Avec son mari Albin, elle se lance dans un projet titanesque : racheter un hôtel de 743 chambres pour y loger les femmes exclues de la société. L’histoire de Blanche est authentique, et le Palais de la Femme existe toujours. Après La Tresse (2017), Laetitia Colombani continue de croiser des destins de femmes à des époques différentes, reliés par un même entêtement à ne pas se laisser effacer. Un roman court — 224 pages — qui va droit au but.
8. Vieux, râleur et suicidaire — La vie selon Ove (Fredrik Backman, 2012)

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Ove a cinquante-neuf ans, un lotissement suédois qu’il arpente chaque matin pour y relever les infractions au règlement, et une seule ambition : qu’on le laisse se suicider en paix. Depuis la mort de Sonja, sa femme, et son licenciement après trente ans de bons et loyaux services, il ne voit plus l’intérêt de continuer. Il achète une corde. Il la fixe au plafond. Il monte sur le tabouret… et la corde cède. On ne fait plus rien de solide, de nos jours.
Ses voisins — une famille iranienne particulièrement envahissante, un chat pelé qui s’incruste chez lui, un adolescent en skateboard — vont saboter méthodiquement chacune de ses tentatives, sans même s’en rendre compte. Derrière le personnage du vieux misanthrope acariâtre se cache un homme qui a aimé profondément, qui ne jure que par les Saab (ne lui parlez jamais de Volvo), et dont la générosité se manifeste toujours malgré lui — comme à contrecœur. Le roman fait constamment la navette entre le présent burlesque d’Ove et sa vie passée avec Sonja — et c’est dans ces retours en arrière que se révèlent les raisons de sa colère et de sa douleur.
Fredrik Backman a vendu plus de 500 000 exemplaires en un an en Suède avec ce premier roman, depuis adapté deux fois au cinéma — dont une version américaine avec Tom Hanks, Le Pire Voisin au monde (A Man Called Otto, 2022). On rit, on pleure, on finit par adopter Ove comme on adopte le chat pelé qu’il jure détester.