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Que lire après « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan ?

Que lire après « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan ?

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Publié le 15 mars 1954 chez Julliard, Bonjour tristesse est le premier roman de Françoise Sagan, rédigé alors qu’elle n’a que dix-huit ans. Il raconte l’été de Cécile, lycéenne parisienne de dix-sept ans, dans une villa de la Côte d’Azur où elle passe des semaines oisives avec son père Raymond, séducteur impénitent, et Elsa, la maîtresse de ce dernier. L’arrivée d’Anne Larsen, femme cultivée et rigoureuse dont Raymond s’éprend, menace cette insouciance. Par jalousie et par peur de perdre sa liberté, Cécile orchestre un stratagème cruel pour séparer le couple — avec des conséquences irréparables. Récompensé par le prix des Critiques, vendu à plus d’un million d’exemplaires en France, le roman a fait scandale pour sa franchise sur la sexualité adolescente et sa morale ambiguë. Son titre est emprunté à un poème de Paul Éluard (À peine défigurée, dans La Vie immédiate, 1932).

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce court roman, voici quelques suggestions dans la même veine — des récits de jeunesse, d’amour mal ajusté, de remords précoces.


1. Un certain sourire (Françoise Sagan, 1956)

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Dominique, étudiante en droit à la Sorbonne, s’ennuie. Son amant Bertrand l’assomme gentiment, ses cours ne l’émeuvent guère, et Paris lui semble couvert d’une « petite couleur mauve de l’ennui ». Tout bascule le jour où Bertrand lui présente son oncle Luc, quadragénaire séduisant et marié à Françoise, une femme aimable qui se comporte presque en mère de substitution avec Dominique. Luc et Dominique se reconnaissent d’emblée, liés par le même ennui et le même cynisme. Ils s’offrent quinze jours à Cannes, avec la promesse mutuelle de ne pas tomber amoureux.

Promesse tenue d’un seul côté, évidemment. Dominique découvre qu’elle aime Luc au moment précis où celui-ci commence à se retirer. Ce deuxième roman de Sagan, publié deux ans après Bonjour tristesse, retrouve le même triangle amoureux, la même nonchalance mélancolique — mais la narratrice n’est plus une adolescente calculatrice : c’est une jeune femme vulnérable, livrée à elle-même, qui comprend un peu tard que l’ennui vaut parfois mieux que le chagrin. Un roman de 124 pages à peine, à lire dans la foulée de Bonjour tristesse comme on reprendrait un verre du même cru.


2. Aimez-vous Brahms… (Françoise Sagan, 1959)

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Avec son quatrième roman, Sagan change de terrain : son héroïne a trente-neuf ans. Paule, décoratrice d’intérieur divorcée, aime Roger, un homme d’affaires volage qui la retrouve entre deux aventures et deux coups de fil de dernière minute pour annuler un dîner. Elle s’en accommode avec lassitude — jusqu’à l’irruption de Simon, fils d’une riche cliente américaine, qui a vingt-cinq ans et toute l’ardeur que cela suppose. Il l’invite à un concert de Brahms à la salle Pleyel. Derrière cette question en apparence anodine — « Aimez-vous Brahms ? » — se cache une invitation à tout remettre en cause.

Paule oscille entre Roger, dont l’amour indolent lui est familier, et Simon, dont la jeunesse et l’adoration la bouleversent mais la renvoient à l’écart des années qui les sépare. Le roman, adapté au cinéma en 1961 avec Ingrid Bergman, Yves Montand et Anthony Perkins, affronte le vieillissement dans une société qui ne pardonne pas aux femmes ce qu’elle tolère aisément chez les hommes. Sagan écrit ici avec une tendresse inhabituelle, presque douloureuse — preuve que sa fameuse petite musique savait aussi changer de tonalité.


3. Chocolates for Breakfast (Pamela Moore, 1956)

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On a souvent surnommé Pamela Moore « la Françoise Sagan américaine » — et pour cause. En 1956, à dix-huit ans elle aussi, elle publie ce premier roman qui fait sensation outre-Atlantique. Courtney Farrell, quinze ans, partage son existence entre Manhattan, où son père travaille dans l’édition sans vraiment s’occuper d’elle, et Los Angeles, où sa mère, actrice sur le déclin, tente de prolonger une carrière qui s’effiloche. Passée par un pensionnat de la côte Est où un amour non réciproque pour une enseignante s’est soldé par un rejet humiliant, Courtney se jette dans la vie adulte avec la méthode des désespérés : martinis secs, soirées mondaines et liaison avec un homme bien plus âgé.

Comme Bonjour tristesse, le roman a choqué par sa franchise sur la sexualité et l’errance adolescentes. Mais là où Cécile manipulait son entourage avec une intelligence froide, Courtney subit : elle cherche dans l’alcool, le sexe et l’agitation mondaine un remède à la solitude d’une enfant que personne n’a vraiment élevée. Le livre est un cousin américain de Sagan — même époque, même scandale, même lucidité précoce — avec en plus le vernis glamour et désabusé de la côte Est des années 1950. Pamela Moore s’est donné la mort en 1964, à vingt-six ans ; difficile, après coup, de relire son roman comme une simple fiction.


4. Le Diable au corps (Raymond Radiguet, 1923)

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Avant Sagan, il y a eu Radiguet. C’est d’ailleurs le souvenir du scandale provoqué par Le Diable au corps en 1923 qui a poussé l’éditeur René Julliard à insister sur l’âge de Sagan pour le lancement de Bonjour tristesse. L’histoire : un lycéen de quinze ans — le narrateur, dont le prénom n’apparaît pas dans le texte — entame une liaison avec Marthe, dix-huit ans, dont le mari Jacques se bat sur le front de la Première Guerre mondiale. L’adultère se nourrit de la guerre comme d’un terreau fertile : l’absence du soldat libère l’espace, relâche la surveillance, offre aux amants un appartement et du temps.

Le narrateur est un personnage peu aimable — égoïste, possessif, lunatique, d’une cruauté toute adolescente — et c’est justement ce qui rend le roman si percutant. Radiguet ne cherche ni à excuser ni à condamner son héros ; il décrit avec une froideur méthodique les rouages d’une passion qui dépasse ceux qui la vivent. La fin tragique — Marthe meurt en couches, le narrateur abandonne l’enfant — referme le piège. Radiguet, protégé de Jean Cocteau, meurt de la fièvre typhoïde quelques mois après la parution du livre, à vingt ans. Deux romans auront suffi (le second, Le Bal du comte d’Orgel, est publié à titre posthume) pour inscrire son nom dans l’histoire littéraire — et préparer le terrain à toute une lignée d’auteur·ices scandaleux·ses.


5. Le Blé en herbe (Colette, 1923)

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La même année que Le Diable au corps, Colette publie un autre roman d’initiation qui fera couler de l’encre. Phil, seize ans, et Vinca, quinze ans, se connaissent depuis l’enfance et passent chaque été en Bretagne, près de Saint-Malo, dans une villa louée par leurs deux familles. Cet été-là, quelque chose a changé. Phil noue une relation secrète avec Mme Dalleray, une femme bien plus âgée rencontrée par hasard devant sa maison de vacances — la mystérieuse « dame en blanc » qui l’initie à la sexualité. Vinca, plus jeune mais paradoxalement plus lucide, devine la trahison et encaisse en silence.

À la fin de l’été, Mme Dalleray disparaît aussi soudainement qu’elle était apparue. Phil et Vinca, transformés l’un et l’autre, comprennent que leur amitié d’enfance ne pourra plus jamais être ce qu’elle était. Le roman a choqué à l’époque, non seulement parce qu’il abordait l’éveil sexuel de deux adolescents, mais aussi parce que c’est une femme qui en parlait — et qui donnait à la jeune fille une profondeur et une dignité rares pour l’époque. Colette aurait tiré le roman d’une liaison qu’elle vécut avec le fils de son second mari, ce qui ajoute au texte un trouble biographique supplémentaire. Cent quatre-vingts pages où la fin de l’été coïncide, sans métaphore, avec la fin de l’enfance.


6. L’Amant (Marguerite Duras, 1984)

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Indochine française, années 1930. Sur un bac qui traverse un bras du Mékong, une adolescente de quinze ans et demi — chapeau d’homme en feutre mou, robe de soie usée — croise le regard d’un riche héritier chinois de vingt-huit ans, assis dans une limousine noire. Il tremble. Elle monte dans la voiture. Ce qui suit est une liaison que tout interdit — la race, la classe, la famille : elle est blanche et pauvre, il est asiatique et fortuné ; elle est mineure, il est adulte ; leur amour est réciproque mais condamné d’avance par les deux familles et par l’ordre colonial.

Publié en 1984 aux Éditions de Minuit, couronné du prix Goncourt la même année, L’Amant est un récit en partie autobiographique que Duras a d’abord conçu comme le commentaire d’un album photo de famille avant de le voir devenir un livre à part entière. Le texte ne suit aucune chronologie stricte : les souvenirs affleurent par fragments, se bousculent, se contredisent. L’histoire d’amour n’est pas seule : il y a aussi une mère épuisée et imprévisible, un frère aîné tyrannique, un petit frère fragile, et toute la violence feutrée d’une famille en ruine. Plus d’un million et demi d’exemplaires vendus, une traduction dans plus de quarante langues — pour un texte de cent pages, sans chapitres, dépouillé jusqu’à l’os.