Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après « L'Assassin royal » de Robin Hobb ?

Que lire après « L’Assassin royal » de Robin Hobb ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

L’Assassin royal est une série de romans de fantasy de l’écrivaine américaine Robin Hobb, dont le premier cycle (The Farseer Trilogy) a été publié entre 1995 et 1997. Racontée à la première personne, la saga suit FitzChevalerie Loinvoyant, bâtard de sang royal élevé dans la forteresse de Castelcerf, au cœur du royaume des Six-Duchés. Formé à l’art de l’assassinat par le maître-espion Umbre et lié par le Vif à son loup Œil-de-Nuit, Fitz navigue entre intrigues de cour, loyauté dynastique et pouvoirs interdits. La série s’est déployée sur trois cycles, soit seize romans au total, sans compter les trilogies et tétralogie connexes des Aventuriers de la mer et de La Cité des Anciens. Peu de sagas de fantasy ont fait autant souffrir leurs lecteur·ice·s — et peu leur ont donné aussi obstinément envie de revenir.

Si vous venez de refermer le dernier tome et que vous vous demandez quoi lire ensuite pour combler le vide (considérable) laissé par Fitz, le Fou et compagnie, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. Les Aventuriers de la mer – Tome 1 : Le Vaisseau magique (Robin Hobb, 1998)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Commencer par un autre livre de Robin Hobb, c’est un peu de la triche, mais c’est aussi le choix le plus logique. Le Vaisseau magique se situe dans le même univers que L’Assassin royal, loin des Six-Duchés, dans la cité marchande de Terrilville. On y découvre les vivenefs, des navires sculptés en bois-sorcier qui s’éveillent à la conscience lorsque trois générations de propriétaires sont mortes sur leur pont. La famille Vestrit possède l’une de ces vivenefs, la Vivacia — et le capitaine Ephron Vestrit est justement sur le point de mourir.

Sa fille cadette Althéa, qui a grandi en mer, se voit spolier de son héritage par Kyle, son beau-frère brutal et autoritaire. En parallèle, le pirate Kennit nourrit l’ambition de s’emparer d’une vivenef pour régner sur les îles Pirates. Là où L’Assassin royal ne proposait que le regard de Fitz, Le Vaisseau magique multiplie les points de vue (marchands ruinés, pirates, serpents de mer, vaisseaux doués de parole) et met en jeu l’esclavage, les querelles d’héritage et le sort des femmes dans un monde de marchands où les hommes décident de tout, y compris du destin des navires qui ne leur appartiennent pas vraiment.

Pour celles et ceux qui redoutent le manque de Fitz : un personnage bien connu se cache dans ces pages sous un autre nom. Les indices sont semés avec une discrétion toute hobbienne.


2. Le Royaume blessé – Tome 1 : L’Âge des assassins (R. J. Barker, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Le titre ne ment pas : il y a bien des assassins, et le royaume va effectivement assez mal. Girton Pied-bot, quinze ans, apprenti de la plus redoutée des criminelles des Terres lasses, maîtrise déjà honorablement l’art de tuer — ce qui ne lui sera, pour une fois, d’aucune utilité. Car sa mission du jour consiste non pas à ôter la vie, mais à la protéger. Quelqu’un veut assassiner l’héritier du trône, et Girton doit s’infiltrer à la cour du château de Maniyadoc, déguisé en simple écuyer, pour identifier le coupable.

Le résultat est un croisement rare entre fantasy et polar, dans un huis clos où chaque courtisan est suspect et où les alliances se font et se défont au gré des couloirs. L’univers a ses propres particularités : la magie, ici, n’a rien de bénéfique — les sorciers ont vidé les sols de leur énergie vitale, condamnés à être traqués et exécutés pour que leur sang nourrisse la terre qu’ils ont stérilisée. Un sous-texte écologique inattendu, qui ancre la persécution des mages dans une logique de survie plutôt que dans le simple fanatisme.

Comme Fitz, Girton est un adolescent formé à la violence, jeté dans des intrigues de cour qui le dépassent, et dont le lien avec sa maîtresse Merela rappelle la relation entre Fitz et Umbre — le secret en plus, la tendresse en moins. Mais R. J. Barker y ajoute une gouaille ironique et un goût prononcé pour l’enquête. La trilogie a aussi l’élégance de faire vieillir Girton de cinq ans entre chaque tome : à quinze, vingt puis vingt-cinq ans, le même personnage ne pose plus du tout les mêmes questions.


3. Le Cycle de Chalion – Tome 1 : Le Fléau de Chalion (Lois McMaster Bujold, 2001)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Cazaril a trente-cinq ans, un corps ravagé par des années d’esclavage sur les galères roknari, et une seule ambition : décrocher un poste subalterne dans les cuisines du château de Valenda, où il a jadis été page. La Douairière Provincara fait mieux que l’embaucher comme plongeur : elle le nomme secrétaire et précepteur de la royesse Iselle, sœur cadette de l’héritier du trône de Chalion.

Un poste tranquille, en théorie. En pratique, la cour de Chalion grouille de conspirations, de meurtres politiques et de mariages forcés, et une malédiction ancestrale pèse sur la famille royale depuis des générations. Cazaril, qui ne demandait rien d’autre que la paix, va devoir mobiliser sa ruse, son courage et les faveurs capricieuses de cinq dieux pour protéger Iselle des manigances du chancelier dy Jironal.

Le roman a remporté le prix Mythopoeic et valu à sa suite, Paladin des âmes, le triplé Hugo-Nebula-Locus. L’invention la plus mémorable est la religion quintarienne, avec ses cinq divinités dont les interventions dans le monde mortel obéissent à des règles précises et surprenantes. Quant aux personnages féminins, Iselle et sa suivante Betriz en tête, ils ne font pas de la figuration : ce sont elles qui, à plusieurs reprises, forcent l’intrigue à changer de direction. Cazaril partage avec Fitz le profil de l’homme brisé qui refuse de se mettre à l’abri quand d’autres ont besoin de lui, même quand le prix à payer est exorbitant.


4. L’Arcane des épées – Tome 1 : Le Trône du dragon (Tad Williams, 1988)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Avant Le Trône de fer, il y a eu Le Trône du dragon. George R. R. Martin a d’ailleurs cité cette série parmi ses influences majeures, et ça se sent. Simon, orphelin de quatorze ans, n’a jamais quitté le château du Hayholt, où il végète comme marmiton dans les jupes des chambrières. Le vieux roi Jean Presbytère, vainqueur légendaire du dragon Shurakai, se meurt. Son fils aîné Élias s’apprête à monter sur le Trône du Dragon, mais un pacte funeste avec le Roi de l’Orage, seigneur mort-vivant du peuple des Sithis, menace de plonger la terre d’Osten Ard dans le chaos.

Simon se retrouve malgré lui au centre de ce conflit après avoir aidé le prince Josua Mainmorte à s’évader des geôles du Hayholt. Cette évasion coûte la vie à son mentor, le docteur Morgénès. Son compagnon de route, le troll Binabik (de son vrai nom Binbiniqegabenik, pour les intimes), trappeur monté sur un loup et amateur de proverbes de son peuple, apporte au récit une bouffée d’air frais bienvenue. Le cycle hérite ouvertement de Tolkien (quête, épées magiques, peuples anciens), mais la politique y est plus retorse, les motivations plus troubles, et l’on sent déjà poindre la fantasy désenchantée des années 1990.

Le rythme est lent, surtout dans la première moitié, et Simon met un certain temps à cesser d’être un gamin distrait pour devenir un protagoniste à la hauteur de l’enjeu. Mais le pari finit par fonctionner : la saga gagne en ampleur et en tension au fil des volumes, et la résolution de l’énigme des trois épées (Épine, Peine et Clou-Radieux) ne va pas du tout là où l’on croit.


5. Chronique du tueur de roi – Tome 1 : Le Nom du Vent (Patrick Rothfuss, 2007)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans une auberge oubliée du village de Newarre, un homme roux nommé Kote sert de la bière et essuie des verres. Mais Kote est en réalité Kvothe — magicien de génie, musicien d’exception, voleur accompli et, accessoirement, tueur de roi. Lorsqu’un scribe du nom de Chroniqueur le retrouve, Kvothe accepte de raconter sa véritable histoire en trois jours. Le Nom du Vent couvre le premier jour : l’enfance parmi les Edema Ruh, troupe de comédiens ambulants ; le massacre de sa famille par les Chandrians, créatures mythiques dont tout le monde nie l’existence ; les années de misère dans les rues de Tarbean ; et son entrée audacieuse à l’Université, où il apprendra la Sympathie (un système de magie fondé sur les liens entre objets) et se fera autant d’ennemis que d’amis.

Le dispositif narratif, où un héros déchu raconte sa propre légende à un chroniqueur, crée une tension permanente entre le Kvothe flamboyant du passé et le Kote éteint du présent. On sait dès le départ que tout finira mal ; le plaisir réside dans le comment et le pourquoi. La construction du mythe, l’écart entre la réalité et la chanson, la façon dont un génie un poil arrogant se forge une réputation qui le dépasse — c’est là que le livre se joue, bien plus que dans les péripéties elles-mêmes.

Un avertissement s’impose : le troisième tome (promis depuis 2011) n’est toujours pas paru. Si l’attente vous est insupportable, vous voilà prévenu·e. Si elle ne vous fait pas peur, foncez : les deux premiers volumes se suffisent largement à eux-mêmes.


6. Blood Song – Tome 1 : La Voix du sang (Anthony Ryan, 2011)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Vaelin Al Sorna, héros légendaire du Royaume Unifié, est sur un navire qui l’emmène vers sa condamnation à mort. En chemin, il raconte son histoire à un chroniqueur impérial de l’empire Alpiran. Fils du célèbre Seigneur de Guerre, Vaelin a été abandonné enfant aux portes du Sixième Ordre, une confrérie de combattants dévoués à la Foi. Entre maîtres impitoyables et épreuves initiatiques où l’échec se paie souvent de la vie, il noue avec ses frères d’armes des loyautés qui ne se briseront pas — et découvre qu’il possède un don interdit : la voix du sang, une forme d’intuition surnaturelle dans un monde où toute magie est proscrite sous le nom de Ténèbre.

La première partie du roman, l’entraînement de Vaelin à la Loge, évoquera immédiatement les années de formation de Fitz à Castelcerf : même institution brutale, même jeune homme qui n’a pas choisi d’être là, mêmes loyautés contradictoires entre l’Ordre, la couronne et ses propres convictions. Mais là où Fitz était seul, Vaelin a cinq frères de combat, et Anthony Ryan prend le temps de construire cette fraternité — ce qui donne un poids réel aux pertes qui suivent.

La seconde moitié élargit considérablement le cadre : guerres de religion, géopolitique complexe, complots dont les ramifications ne se révèlent qu’au dénouement. Le roman fonctionne aussi bien comme récit d’apprentissage que comme fresque militaire — et le prologue, qui nous montre Vaelin en route vers l’échafaud, pose dès la première page la question qui porte tout le livre : comment un tel héros a-t-il pu tomber si bas ?


7. Terremer – Tome 1 : Le Sorcier de Terremer (Ursula K. Le Guin, 1968)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Ged, jeune gardien de chèvres sur l’île de Gont, découvre très tôt qu’il a le don — et, surtout, qu’il en veut davantage. Pris en apprentissage par Ogion le Silencieux, il s’impatiente vite du rythme contemplatif de son maître et obtient d’être envoyé à l’école de sorcellerie de l’île de Roke. Là-bas, son orgueil et sa rivalité avec un condisciple le poussent à tenter un sort qui le dépasse : il essaie de rappeler l’esprit d’une morte et libère à la place une créature d’ombre qui s’attache à ses pas et menace de le dévorer.

Le roman suit la quête de Ged pour affronter cette ombre, et la réponse, quand elle vient, est d’une simplicité désarmante : l’ombre porte son nom. Ged ne pourra la vaincre que le jour où il admettra qu’elle fait partie de lui. Le système de magie, fondé sur les noms véritables des choses (connaître le vrai nom d’un être ou d’un objet confère pouvoir sur lui), est l’un des plus imités de toute la fantasy. Sans Le Sorcier de Terremer, bon nombre d’écoles de magie littéraires n’existeraient tout simplement pas sous leur forme actuelle.

Le Guin a d’ailleurs fait un choix radical pour l’époque : la quasi-totalité des habitants de Terremer ont la peau sombre, et les personnages à la peau claire (les Kargues) sont la minorité, renversement délibéré des conventions du genre dans les années 1960. Le récit est bref, dense, dépourvu de toute graisse narrative. Si vous cherchez un antidote aux pavés de mille pages, Le Sorcier de Terremer vous réconciliera avec l’idée qu’un roman de fantasy peut aussi tenir en trois cents pages. Et vous hanter bien plus longtemps.


8. La Première Loi – Tome 1 : Premier sang (Joe Abercrombie, 2006)

Couverture du livre Premier Sang de Joe Abercrombie

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Après tant de héros torturés mais fondamentalement nobles, il est peut-être temps de fréquenter des personnages franchement antipathiques, et de les adorer quand même. Premier sang suit trois protagonistes aux trajectoires convergentes. Logen Neuf-Doigts, barbare du Nord surnommé le Sanguinaire, est un tueur légendaire qui aimerait sincèrement que les gens arrêtent d’essayer de le tuer. Le capitaine Jezal dan Luthar, jeune noble oisif et imbu de lui-même, n’aspire qu’à gagner le tournoi d’escrime annuel, boire sec et arnaquer ses amis aux cartes. Et l’inquisiteur Glokta, ancien champion d’escrime devenu tortionnaire boiteux après deux ans dans les geôles ennemies, applique la question avec méthode à quiconque croise sa route — parce qu’après tout, Glokta déteste tout le monde à parts égales.

Et puis il y a Bayaz, vieillard irascible qui prétend être le Premier des Mages (et qui l’est peut-être, ou peut-être pas). C’est lui le véritable moteur de l’intrigue : il débarque, recrute Logen, manipule Jezal, irrite Glokta, et semble en savoir beaucoup trop sur des querelles millénaires que tout le monde croyait oubliées. L’Union, vaste empire en déclin rongé par la corruption, est le terrain de jeu idéal pour ce genre de personnage.

Joe Abercrombie prend les codes de la fantasy épique et les tord jusqu’à ce qu’ils craquent. Pas de manichéisme, pas de héros irréprochables, mais des antihéros cabossés, un humour noir acéré (Glokta est à lui seul une raison de lire le livre) et une vision du pouvoir aussi cynique que lucide. Si L’Assassin royal montrait déjà que les héros paient le prix fort, Premier sang va un cran plus loin : ici, on n’est même pas sûr qu’il y ait des héros.