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Que lire après Lolita de Vladimir Nabokov ? – Notre sélection

Que lire après « Lolita » de Vladimir Nabokov ?

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Publié en 1955 à Paris par la maison Olympia Press — après avoir été refusé par plusieurs éditeurs américains —, Lolita est un roman de l’écrivain russo-américain Vladimir Nabokov. Il prend la forme d’une longue confession rédigée en prison par Humbert Humbert, un professeur de littérature française d’âge mûr qui relate sa relation avec Dolorès Haze, une adolescente de douze ans qu’il surnomme « Lolita ». Devenu son beau-père à la suite d’un concours de circonstances, il l’entraîne dans un périple de deux ans à travers les États-Unis. D’abord jugé scandaleux et frappé de censure, le roman est aujourd’hui reconnu comme un chef-d’œuvre de la littérature du XXe siècle, et a été adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1962, puis par Adrian Lyne en 1997. Le tour de force de Nabokov réside dans le choix d’un narrateur à la première personne — manipulateur, érudit, pathétique — dont la voix oblige à se forger son propre jugement moral.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine : des livres où il est souvent impossible de dire avec certitude où finit l’amour et où commence la prédation.


1. Ada ou l’Ardeur (Vladimir Nabokov, 1969)

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Nabokov lui-même considérait Ada ou l’Ardeur comme le livre pour lequel il souhaitait qu’on se souvienne de lui. Sous-titré « Chronique familiale », ce roman-fleuve de près de huit cents pages relate les amours tumultueuses de Van Veen et de sa cousine Ada — qui se révèlent en réalité frère et sœur. Leur coup de foudre a lieu au manoir d’Ardis, alors qu’il a quatorze ans et elle douze, et leur passion les accompagnera jusqu’à la vieillesse. L’action se déroule sur Antiterra, un monde parallèle où la Russie et l’Amérique ne forment qu’un seul empire et où l’électricité n’existe pas — ce qui permet à Nabokov de réinventer la géographie, l’histoire et les noms de lieux à sa guise.

Là où Lolita avançait sous le masque d’une confession carcérale, Ada adopte la forme d’une autobiographie écrite à la troisième personne par Van lui-même, qui glisse parfois au « je » dans les passages les plus intimes. Ada, de son côté, annote le manuscrit de son frère — ce qui ajoute encore un degré de lecture au récit. Ce dispositif narratif, déjà poussé loin dans Feu pâle, atteint ici une complexité jubilatoire. Le roman est un défi : les jeux de mots en trois langues, les fausses pistes géographiques et les références cryptées foisonnent. Mais celles et ceux qui acceptent de s’y perdre y trouvent un roman d’amour d’une sensualité rare, doublé d’une réflexion sur le temps et la mémoire sans véritable équivalent chez Nabokov.


2. Feu pâle (Vladimir Nabokov, 1962)

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Feu pâle se présente comme un objet littéraire sans équivalent : un poème autobiographique de 999 vers composé par le fictif John Shade, professeur et poète américain, accompagné d’une préface, d’un commentaire et d’un index rédigés par son voisin et collègue Charles Kinbote. Le problème, c’est que les notes de Kinbote n’éclairent presque jamais le poème : elles dérivent systématiquement vers l’histoire rocambolesque du dernier roi de Zembla — un pays imaginaire dont Kinbote prétend être le souverain en exil —, traqué par un assassin nommé Gradus. Le poème de Shade, lui, parle de sa vie conjugale et de la mort de sa fille. Deux récits parallèles coexistent donc, sans jamais se rencontrer franchement.

Le titre est emprunté au Timon d’Athènes de Shakespeare : « La lune est une voleuse de grand chemin, / Sa pâle lumière, elle la fauche au soleil. » L’image colle parfaitement à Kinbote, qui s’empare du poème de Shade pour y projeter sa propre mythologie. Et la question qui ne vous lâchera pas : Kinbote est-il un roi déchu, un professeur paranoïaque, ou une pure invention de Shade lui-même ? Nabokov ne tranche jamais. Après Lolita et son narrateur non fiable, Feu pâle pousse le principe jusqu’à l’absurde : on ne sait même plus qui a écrit quoi, ni ce qui est « vrai » dans le roman. C’est drôle, vertigineux, et d’une ingéniosité qui récompense chaque relecture.


3. Ma sombre Vanessa (Kate Elizabeth Russell, 2020)

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En l’an 2000, dans un prestigieux pensionnat de Nouvelle-Angleterre, Vanessa Wye, quinze ans, tombe sous l’emprise de Jacob Strane, son professeur de littérature âgé de quarante-deux ans. Il la couvre de compliments, lui récite des vers de Nabokov — la référence à Lolita n’est pas un hasard, puisque le titre du roman est tiré d’un poème de Feu pâle — et l’isole peu à peu de ses camarades. Dix-sept ans plus tard, en pleine vague #MeToo, d’anciennes élèves accusent Strane d’abus sexuels et sollicitent le témoignage de Vanessa. Celle-ci, devenue réceptionniste dans un hôtel, alcoolique et instable, refuse de se reconnaître comme victime : admettre la vérité reviendrait à anéantir le récit qu’elle s’est construit pour survivre.

Le roman va et vient entre les deux époques sans jamais perdre le fil. Kate Elizabeth Russell restitue de l’intérieur les mécanismes de l’emprise : la façon dont un prédateur repère la faille (ici, une adolescente isolée, en mal de reconnaissance), la comble d’attention, puis referme le piège. Ce qui rend la lecture particulièrement éprouvante, c’est que Vanessa n’est pas un personnage passif — elle croit sincèrement aimer Strane, et le lecteur·ice est enfermé·e dans cette conviction avec elle. Premier roman de Russell, Ma sombre Vanessa est une réponse contemporaine et frontale à Lolita : non plus le récit du prédateur lettré, mais celui de la jeune fille devenue adulte, qui peine encore à nommer ce qu’elle a subi.


4. L’Obsédé (John Fowles, 1963)

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Frederick est un employé de bureau londonien, terne et taciturne, dont le seul passe-temps consiste à collectionner des papillons. Quand il gagne une somme considérable au jeu, il décide d’ajouter un spécimen d’un autre genre à sa collection : Miranda, une étudiante aux Beaux-Arts, qu’il observe depuis des mois. Il achète une maison isolée, aménage une cave, et l’enlève — convaincu que s’il lui offre tout le confort matériel possible, elle finira par l’aimer. Le roman est construit en deux parties : la première est racontée par Frederick, la seconde reprend les mêmes événements à travers le journal intime de Miranda. Ce double regard — celui du geôlier persuadé de bien faire et celui de la prisonnière qui se débat — produit un effet de malaise durable, parce qu’on comprend à quel point ces deux personnes vivent dans des réalités incompatibles.

Le titre original, The Collector, dit mieux que la traduction française la nature du personnage : Frederick ne désire pas Miranda au sens érotique du terme (il est même décrit comme asexuel), il veut la posséder comme on épingle un papillon sous verre. Cette froideur méthodique, cette incapacité totale à percevoir l’autre comme un être autonome, fait de lui un monstre bien plus glaçant que Humbert Humbert. Premier roman de John Fowles, L’Obsédé a connu un succès international immédiat et a été adapté au cinéma par William Wyler en 1965, avec Terence Stamp et Samantha Eggar, tous deux primés à Cannes. Signalons, pour finir, que le livre a tristement inspiré plusieurs criminels réels, dont le tueur en série Robert Berdella et le ravisseur Christopher Wilder.


5. Chronique d’un scandale (Zoë Heller, 2003)

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Bathsheba « Sheba » Hart, professeure de poterie de quarante-deux ans, mariée et mère de deux enfants, entame une liaison avec Steven Connolly, un élève de quinze ans. Voilà pour le scandale. Mais le véritable sujet du roman de Zoë Heller est ailleurs : le récit est entièrement filtré par Barbara Covett, professeure d’histoire sexagénaire, célibataire, aigrie, qui a recueilli Sheba chez elle après l’éclatement de l’affaire et qui prétend écrire le récit « objectif » de ce qui s’est passé. Or Barbara est tout sauf objective. Rongée par la solitude, elle s’est accrochée à Sheba avec une possessivité féroce, et sa narration suinte la jalousie, le ressentiment et une tendresse malsaine.

La réussite de Heller est d’avoir construit un roman à double fond : on croit lire l’histoire d’une enseignante qui a franchi la ligne, mais on lit en réalité le portrait d’une narratrice qui se trahit à chaque page. Le procédé rappelle évidemment Lolita — un·e narrateur·ice dont l’éloquence masque (mal) les intentions véritables. Finaliste du Man Booker Prize en 2003, le roman a été porté à l’écran en 2006 par Richard Eyre, avec Judi Dench et Cate Blanchett. Un roman noir et drôle — souvent dans la même phrase — où le vrai danger ne vient pas de la liaison illicite, mais de la femme qui prétend la raconter objectivement.


6. Le Consentement (Vanessa Springora, 2020)

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En 1986, Vanessa Springora a treize ans lorsqu’elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain français d’une cinquantaine d’années, lors d’un dîner mondain où sa mère l’a emmenée. Matzneff, qui n’a jamais dissimulé son attirance pour les mineur·es — il l’a même revendiquée dans ses livres pendant des décennies —, repère immédiatement l’adolescente et met en place une cour méthodique : lettres enflammées, déclarations littéraires, présence insistante dans son quartier. La relation qui s’ensuit durera environ un an, mais ses conséquences marqueront Vanessa Springora pour le reste de sa vie : crises d’angoisse, épisode psychotique, dépression, difficulté à nouer des liens de confiance.

Ce qui sépare Le Consentement d’un simple témoignage, c’est la rigueur avec laquelle Springora démonte les rouages de l’emprise : l’absence du père, le besoin de reconnaissance, le prestige de l’écrivain qui sert de paravent à la prédation, la complaisance d’un milieu littéraire parisien imprégné de l’esprit post-soixante-huitard, où la pédophilie passait pour de la transgression artistique (rappelons qu’en 1977, des intellectuels comme Sartre, Foucault et Beauvoir avaient signé une tribune pour réclamer la dépénalisation des rapports sexuels avec des mineurs). Le titre pose la question centrale : que vaut le « oui » d’une adolescente de quatorze ans face à un homme qui maîtrise tous les codes du pouvoir ? Publié en janvier 2020, le récit a fait voler en éclats la réputation de Matzneff et conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire à son encontre. Là où Lolita laissait au lecteur·ice la responsabilité du jugement moral, Le Consentement reprend la parole confisquée par le prédateur — et retourne la littérature contre celui qui s’en était servi comme alibi.


7. Un amour insensé (Junichirō Tanizaki, 1925)

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Dans le Japon des années 1920, Jōji Kawai, ingénieur de vingt-huit ans et modèle du « type bien », s’éprend de Naomi, une serveuse de quinze ans dont les traits lui évoquent l’actrice américaine Mary Pickford. Il la prend sous son aile, l’installe chez lui et entreprend de la transformer en femme à l’occidentale — cours de danse, de musique, d’anglais. Mais l’élève dépasse rapidement le maître : Naomi, loin de devenir l’épouse docile dont rêvait Jōji, se révèle manipulatrice, dépensière et volage. Le rapport de force s’inverse, et c’est bientôt l’ingénieur modèle qui rampe, littéralement, aux pieds de celle qu’il prétendait façonner.

Le parallèle avec Lolita saute aux yeux — un homme plus âgé qui croit pouvoir modeler une adolescente à sa guise et finit dévoré par son obsession — mais Tanizaki opère un renversement que Nabokov n’a pas tenté : chez lui, c’est la « créature » qui prend le pouvoir. Naomi incarne les moga (abréviation de modan gāru, « modern girl »), ces jeunes Japonaises des années 1920 qui adoptaient les vêtements, les loisirs et les mœurs de l’Occident, au grand dam de la société traditionnelle. Le roman fonctionne d’ailleurs aussi à un second niveau : la fascination autodestructrice de Jōji pour Naomi reflète celle du Japon pour un Occident qu’il imite sans jamais le comprendre tout à fait. Publié en feuilleton en 1924-1925, Un amour insensé se lit aussi vite qu’un roman contemporain — et sa peinture d’un homme qui consent à sa propre humiliation par incapacité de renoncer au désir reste d’une justesse redoutable.


8. La Mort à Venise (Thomas Mann, 1912)

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Gustav von Aschenbach, écrivain allemand quinquagénaire récemment anobli, a consacré sa vie entière à la discipline et au travail. Lors d’un séjour à Venise, au Grand Hôtel des Bains du Lido, il remarque Tadzio, un adolescent polonais d’une beauté qui lui évoque la statuaire grecque. Cette fascination, d’abord purement esthétique — Aschenbach se convainc qu’il admire en Tadzio la Beauté au sens où l’entendait Platon, c’est-à-dire une idée abstraite et pure incarnée dans un corps —, se transforme jour après jour en passion incontrôlable. L’écrivain, qui n’a jamais fait la moindre entorse à sa rigueur bourgeoise, se met à suivre le garçon dans les ruelles de Venise, à se teindre les cheveux, à maquiller son visage vieilli. Pendant ce temps, une épidémie de choléra se propage dans la ville — que les autorités s’efforcent de dissimuler.

Cette longue nouvelle de Thomas Mann — à peine plus de cent pages — est construite en cinq chapitres qui rappellent les cinq actes d’une tragédie classique. Chaque détail semble annoncer la catastrophe finale : la gondole noire comme un cercueil, le souffle fétide du sirocco, le vieux beau maquillé croisé sur le bateau. Mann, prix Nobel de littérature en 1929, a reconnu la part autobiographique du récit : lors d’un voyage à Venise en 1911, il avait effectivement été troublé par la beauté d’un jeune Polonais prénommé Władysław Moes. Adaptée au cinéma par Luchino Visconti en 1971 — avec l’adagietto de la 5e symphonie de Mahler en bande sonore, devenu indissociable du texte — puis en opéra par Benjamin Britten en 1973, La Mort à Venise raconte ce qui arrive quand un homme construit sur la maîtrise de soi voit toutes ses digues céder face à un désir qu’il ne peut ni assouvir, ni nommer, ni fuir.


9. La Fin d’Alice (A. M. Homes, 1996)

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Le narrateur est un homme de cinquante-quatre ans qui purge depuis plus de vingt ans une peine de prison pour le viol et le meurtre d’Alice, une adolescente de douze ans. Depuis sa cellule, il entretient une correspondance avec une jeune femme d’à peine vingt ans, issue d’une banlieue aisée, qui nourrit une attirance inavouable pour un garçon de douze ans, son voisin. Tandis que la prédatrice se rapproche de sa proie, le prisonnier remonte le fil de sa propre histoire — une enfance saccagée par une mère déviante, la naissance d’un désir monstrueux pour les très jeunes filles — jusqu’à la nuit fatale où il a tué Alice.

Publié aux États-Unis en 1996 et traduit en français seulement en 2013 (chez Actes Sud), le roman d’A. M. Homes a provoqué une polémique féroce. La parenté avec Lolita est revendiquée — le narrateur est une sorte d’Humbert Humbert privé de toute virtuosité rhétorique, réduit à la crudité de ses pulsions — mais le projet est radicalement différent. Là où Nabokov séduisait par la langue, Homes dérange par la frontalité : aucune pirouette stylistique ne vient amortir l’horreur. Le pari du roman est de placer le lecteur·ice dans la position du complice, de le forcer à entendre une voix qu’il préférerait ne jamais écouter. Autant prévenir : c’est un livre qui met profondément mal à l’aise, par choix délibéré. Homes ne cherche ni à excuser ni à condamner — elle cherche à montrer ce que la plupart des romans sur le sujet ont la prudence d’escamoter.


10. L’Amant (Marguerite Duras, 1984)

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Dans l’Indochine française des années 1930, une jeune fille de quinze ans et demi, pensionnaire dans un lycée de Saïgon, traverse le Mékong sur un bac. Un homme d’une trentaine d’années, héritier d’une riche famille chinoise, l’aborde. Commence entre eux une liaison clandestine, nourrie de désir charnel et de rapports de pouvoir complexes : elle est blanche mais pauvre — issue d’une famille dysfonctionnelle, une mère à la dérive, un frère aîné tyrannique —, lui est riche mais chinois dans une société coloniale qui méprise les Asiatiques. Leur relation, interdite à la fois par les conventions raciales et par l’écart d’âge, se noue dans la garçonnière de Cholon — le quartier chinois de Saïgon —, derrière des persiennes closes.

L’Amant est un récit autobiographique — Marguerite Duras y transpose sa propre adolescence indochinoise — où la mémoire ne suit aucune chronologie : les souvenirs de la liaison avec le Chinois se heurtent à des images de la mère folle, du frère violent, de la lumière sur le fleuve, sans ordre ni transition. On passe d’une scène à l’autre comme dans un rêve dont la logique n’appartient qu’à celle qui le fait. Le livre a connu un succès phénoménal dès sa sortie : 250 000 exemplaires vendus avant même l’obtention du prix Goncourt en novembre 1984, puis plus de deux millions au total. Jean-Jacques Annaud l’a adapté au cinéma en 1992. Comme Lolita, L’Amant met en scène une adolescente prise dans une relation avec un homme plus âgé — mais ici, c’est la jeune fille, devenue vieille femme, qui tient la plume, et qui décide seule de ce qu’elle raconte, de ce qu’elle tait, et de ce qu’elle réinvente.