Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski ? – Notre sélection

Que lire après « La Maison des feuilles » de Mark Z. Danielewski ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

La Maison des feuilles (House of Leaves) est le premier roman de l’écrivain américain Mark Z. Danielewski, paru en 2000 chez Pantheon Books et traduit en français par Claro. Il se présente comme un assemblage de récits imbriqués : un essai rédigé par un vieil homme aveugle nommé Zampanò au sujet d’un documentaire — Le Navidson Record — tourné par le photoreporter Will Navidson dans une maison de Virginie dont les dimensions intérieures excèdent les dimensions extérieures ; le tout annoté par un jeune tatoueur, Johnny, qui sombre peu à peu dans l’obsession. Faux appareil critique, notes de bas de page tentaculaires, jeux typographiques, pages qu’il faut retourner dans tous les sens pour déchiffrer : le roman transforme l’objet-livre en labyrinthe — et la lecture en épreuve de survie. En 2022, les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont publié une édition remasterisée en couleurs qui a remis le titre sous les projecteurs ; en 2025, Télérama l’a classé parmi les vingt-cinq meilleurs romans du XXIe siècle.

Si vous venez de refermer (ou de survivre à) La Maison des feuilles et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici d’autres livres qui, chacun à leur manière, refusent de se comporter comme des livres ordinaires.


1. Les Lettres de Pelafina (Mark Z. Danielewski, 2000)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

De l’Institut psychiatrique de Whalestoe, Pelafina H. Lièvre adresse à son fils Johnny une série de lettres écrites entre 1982 et 1989. D’abord lucides, tendres et traversées d’éclairs d’humour, ces missives se dégradent au fil des pages : la syntaxe se disloque, les langues étrangères envahissent le texte, les lignes se superposent jusqu’à devenir illisibles. L’amour maternel, pourtant, ne faiblit jamais — même quand la raison s’effrite. Parmi les trouvailles les plus saisissantes : une lettre dont les premières lettres de chaque mot, prises en enfilade, révèlent un récit caché d’une violence glaçante.

Publiées à l’origine dans les annexes de La Maison des feuilles, ces cinquante lettres (augmentées de onze inédites et d’une préface fictive) constituent un prolongement autonome du roman. Elles n’exigent pas d’avoir lu le livre principal pour fonctionner, mais elles éclairent la psychologie de Johnny d’une façon que le roman, à lui seul, ne permettait pas — et donnent à l’un de ses personnages les plus énigmatiques une voix à part entière.


2. Ô Révolutions (Mark Z. Danielewski, 2006)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Sam et Hailey ont seize ans. Ils auront toujours seize ans. Du modèle T à la Lincoln Continental, ils traversent les États-Unis d’un bout à l’autre, de la guerre de Sécession à la guerre froide, dans un road trip halluciné qui défie la chronologie. Le roman peut se lire « par les deux bouts » : l’histoire de Sam se déroule dans un sens, celle de Hailey dans l’autre, et il faut retourner physiquement le livre toutes les huit pages pour passer d’un récit à son miroir. La police de caractères rétrécit page après page, une chronologie historique réelle court dans la marge intérieure, et le texte s’enroule sur lui-même comme une spirale — le fameux « O » du titre, qui est à la fois un cercle, un zéro et un cri.

L’ensemble fait exactement 360 pages — comme les degrés d’un cercle complet. Sam et Hailey semblent exister depuis deux siècles, immortels et éternellement adolescents, mais leur énergie s’épuise à mesure que le livre avance (ou recule, selon le sens de lecture) : les caractères rapetissent, leurs voix se réduisent, le texte se comprime jusqu’à l’extinction. C’est un roman d’amour déguisé en expérience typographique — ou l’inverse —, nettement plus radical que La Maison des feuilles dans sa forme, et qui suppose d’accepter de ne pas tout comprendre pour en tirer quelque chose. Avis aux téméraires.


3. S. (J. J. Abrams et Doug Dorst, 2013)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

L’objet se présente sous la forme d’un vieux livre de bibliothèque intitulé Le Bateau de Thésée, censément écrit par un certain V.M. Straka, auteur fictif aussi prolifique qu’insaisissable, et publié à titre posthume en 1949. Jusque-là, rien d’anormal. Sauf que les marges du livre sont couvertes d’annotations manuscrites : deux étudiants, Eric et Jennifer, échangent des messages dans les blancs du texte, à coups de stylos de couleurs différentes, pour tenter de percer le mystère de l’identité de Straka. Entre les pages, on trouve des cartes postales, des coupures de journal, des photocopies, une serviette de café griffonnée — autant d’indices glissés là comme dans une enquête grandeur nature.

Pris isolément, le roman de Straka raconte l’errance d’un homme amnésique embarqué de force sur un navire à l’équipage sinistre. Mais S. ne se limite pas à cette couche : c’est un livre-objet conçu pour être manipulé, feuilleté, secoué. Les échanges entre Eric et Jennifer se superposent à plusieurs lectures successives (identifiables par la couleur de l’encre), et la relation entre eux deux évolue autant que leur compréhension du texte. L’idée a germé dans l’esprit de J. J. Abrams après avoir trouvé un livre abandonné sur un banc, avec cette inscription : « Pour celui qui trouvera ce livre, lisez-le et laissez-le quelque part pour quelqu’un d’autre. »


4. Feu pâle (Vladimir Nabokov, 1962)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Le dispositif est d’une simplicité trompeuse : un poème de 999 vers signé John Shade, professeur à l’université fictive de New Wye, suivi d’un avant-propos, d’un commentaire et d’un index, le tout rédigé par Charles Kinbote, collègue excentrique et voisin du poète. Le hic, c’est que Kinbote ne commente pas tant le poème qu’il ne le détourne : ses notes, censées éclairer tel ou tel vers, bifurquent systématiquement vers le récit rocambolesque d’un roi déchu du Zembla — un royaume nordique entièrement imaginaire — en fuite devant un assassin. Le poème de Shade parle de deuil, de mémoire et de mort ; le commentaire de Kinbote parle de Kinbote. C’est un cas d’école de ce qu’on appelle le « narrateur non fiable » : un personnage qui raconte l’histoire mais dont la version des faits est douteuse, déformée, voire délirante. Ici, Nabokov pousse le principe jusqu’à l’absurde.

Concrètement, on peut lire Feu pâle d’une traite, du poème au commentaire, ou bien naviguer entre les deux au gré des renvois de Kinbote, à la manière d’un hypertexte avant la lettre. D’une ironie féroce, l’humour affleure à chaque note de bas de page — Kinbote est à la fois pathétique et irrésistible de drôlerie. C’est l’un des ancêtres directs de La Maison des feuilles : un livre où l’appareil critique dévore le texte qu’il est censé servir.


5. Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde (Steven Hall, 2007)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Le titre vient d’un vers de Baudelaire (Le Léthé). Eric Sanderson se réveille un matin sans le moindre souvenir. Une psychiatre lui apprend qu’il a déjà perdu la mémoire à onze reprises depuis la mort accidentelle de sa fiancée, Clio Aames. Grâce à des lettres que le « précédent Eric Sanderson » lui a envoyées, il découvre qu’un requin conceptuel — une créature faite non de chair mais d’idées et de langage — le traque pour dévorer ce qu’il lui reste de souvenirs. Autrement dit : dans l’univers du roman, les concepts sont vivants, et certains sont des prédateurs. Seul Trey Fidourous, « docteur du langage » aussi imprévisible qu’évasif, pourrait l’aider.

Le roman ne se contente pas de raconter cette idée : il la met en scène dans sa typographie. Les mots forment des calligrammes en forme de poisson, des codes sont dissimulés dans le texte, des pages entières se couvrent de signes ou restent délibérément vierges. Quand le requin attaque, le texte se désintègre sous les yeux du lecteur — les lettres se dispersent, la mise en page vole en éclats. Steven Hall a bâti son récit sur le mythe d’Orphée et d’Eurydice — cette histoire grecque où un homme descend aux Enfers pour ramener la femme qu’il a perdue. Eric Sanderson, lui, est prêt à plonger dans un monde parallèle entièrement fait de langage pour retrouver Clio. Le parallèle donne au roman sa charge émotionnelle : sous les acrobaties typographiques, c’est d’amour, de deuil et de mémoire qu’il est question.


6. Si par une nuit d’hiver un voyageur (Italo Calvino, 1979)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

« Tu vas commencer le nouveau roman d’Italo Calvino. Détends-toi. Concentre-toi. » Dès la première phrase, le principe est posé : le héros du livre, c’est vous — ou du moins un personnage nommé « le Lecteur ». Celui-ci achète un roman, commence à le lire… et découvre qu’une erreur d’impression a mélangé les cahiers. Il retourne en librairie, obtient un autre exemplaire, entame un tout autre récit — qui s’interrompt à son tour. Et ainsi de suite : dix incipits — dix débuts de romans — qui ne trouvent jamais leur suite, dix styles différents (roman d’espionnage, réalisme magique, journal d’exilé politique), enchâssés dans un récit-cadre où le Lecteur, flanqué d’une Lectrice dont il tombe amoureux, tente de reconstituer le fil.

Calvino a écrit ce roman, selon ses propres mots, par pur désir de lecture : il voulait fabriquer les livres qu’il rêvait de lire. Le résultat est à la fois un roman sur le roman, un éloge du plaisir de lire et une satire du monde de l’édition. Si La Maison des feuilles vous a donné le sentiment d’un texte qui se dérobe sous vos pieds, Si par une nuit d’hiver un voyageur produira le même effet — avec le sourire en prime.


7. Intérieur nuit (Marisha Pessl, 2013)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Par une nuit d’octobre, Ashley Cordova, vingt-quatre ans, est retrouvée morte dans un entrepôt désaffecté de Chinatown. Suicide, conclut la police. Scott McGrath, journaliste d’investigation en disgrâce, n’y croit pas. Ashley était la fille de Stanislas Cordova, réalisateur de films d’horreur cultes si violents qu’ils ne circulent que lors de projections clandestines, et dont personne n’a vu le visage depuis trente ans. Accompagné d’un jeune dealer paumé et d’une aspirante comédienne, McGrath entreprend de remonter la piste de la famille Cordova — un voyage qui le mènera de Manhattan aux confins d’un domaine forestier verrouillé comme une forteresse.

Le roman intègre dans son corps des captures d’écran, des coupures de presse, des articles de forum et des photographies — autant d’éléments qui brouillent la frontière entre fiction et document. Plus McGrath s’enfonce dans l’univers de Cordova, plus la limite entre la réalité de l’enquête et l’atmosphère des films du réalisateur se dissout. Le lecteur finit par se demander, comme le personnage, si ce qu’il vient de lire a « vraiment » eu lieu dans le cadre du récit — ou si Cordova n’a pas contaminé la fiction elle-même. Un passage d’une trentaine de pages, inséré entre deux pages entièrement noires, abandonne toute structure narrative pour plonger dans les décors du cinéaste : c’est l’un des moments les plus singuliers du livre.


8. Piranèse (Susanna Clarke, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

La maison où vit Piranèse n’est pas un bâtiment ordinaire. Ses pièces sont infinies, ses couloirs interminables, ses salles ornées de milliers de statues. Un océan prisonnier de l’architecture envahit périodiquement les étages inférieurs. Piranèse, seul habitant de ce palais avec un homme qu’il appelle « l’Autre », consigne dans un journal ses observations et ses errances. Il connaît chaque statue, chaque marée, chaque squelette égaré dans les vestibules. Le monde extérieur ? Il n’en a aucun souvenir. Jusqu’au jour où des indices lui révèlent qu’un troisième être s’est introduit dans le Palais — et que la vérité sur sa propre identité pourrait être bien différente de ce qu’il croit.

Le roman tire son nom du graveur italien Giovanni Battista Piranesi (1720-1778), célèbre pour ses Prisons imaginaires, série d’estampes qui figurent d’immenses caves souterraines aux escaliers sans fin. Susanna Clarke (autrice de Jonathan Strange & Mr Norrell) transpose cette atmosphère en fiction. Ce qui rend le livre si efficace, c’est le contraste entre la candeur du narrateur et le malaise progressif du lecteur : Piranèse décrit son monde avec une joie sincère, presque enfantine, tandis que nous comprenons avant lui que quelque chose ne va pas du tout. Lauréat du Women’s Prize for Fiction 2021, Piranèse est court (environ 250 pages), lumineux dans son ton et redoutable dans sa construction — l’inverse, en un sens, de La Maison des feuilles, mais son parfait complément : ici aussi, un espace impossible finit par révéler ce qu’il a fait à ceux qui l’habitent.


9. Le Dictionnaire khazar (Milorad Pavić, 1984)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Ce « roman-lexique en 100 000 mots » se présente sous la forme d’un dictionnaire fictif — ou plutôt de trois dictionnaires réunis en un seul : un « Livre Rouge » (sources chrétiennes), un « Livre Vert » (sources musulmanes) et un « Livre Jaune » (sources juives). Les entrées — qui tiennent autant de la notice encyclopédique que du conte fantastique — retracent la naissance et la disparition des Khazars, peuple turcique semi-nomade établi entre la mer Noire et la mer Caspienne du VIIe au Xe siècle. L’événement central : le khagan (le souverain khazar) aurait convoqué un représentant de chaque religion monothéiste pour interpréter l’un de ses rêves, et se serait converti à la foi du vainqueur. Laquelle ? Personne ne s’est jamais accordé sur ce point — et Pavić n’a aucune intention de trancher. On croise au fil des articles des « chasseurs de rêves », membres d’une secte capable de pénétrer dans le sommeil d’autrui pour y traquer des fragments d’un être primordial, mais aussi des vampires, des saints, des érudits, des espions.

Le livre peut se lire dans n’importe quel ordre, de A à Z, au hasard, ou d’un renvoi interne à l’autre. Il a même été publié en deux éditions — l’une « masculine », l’autre « féminine » — qui diffèrent de quelques pages décisives. Historien de la littérature serbe et spécialiste de la poésie baroque, Milorad Pavić a conçu un hypertexte sur papier avant l’invention du Web. La critique a souvent rapproché le livre de l’univers de Jorge Luis Borges — pour sa structure labyrinthique, son goût des encyclopédies fictives et son mélange d’érudition et d’ironie. Une curiosité rééditée en France par Le Nouvel Attila en 2015.


10. La Cité des Saints et des Fous (Jeff VanderMeer, Ambergris, tome 1, 2001)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Il était une fois, sur les rives de la rivière Moth, une cité baptisée Ambregris. Bâtie sur les ruines d’une civilisation souterraine liée aux champignons — dont les habitants, les Champigniens, n’ont pas totalement disparu —, cette métropole tentaculaire abrite meurtriers, artistes fous, saints fanatiques vénérés de leur vivant, calmars géants doués d’intelligence et complots en tout genre. La Cité des Saints et des Fous n’est pas un roman au sens classique : c’est un recueil de récits, de faux essais historiographiques, de guides touristiques fictifs, de monographies sur le calmar royal, de correspondances et d’annexes, le tout relié par un seul fil conducteur : la ville d’Ambregris, qui est moins un décor qu’un personnage à part entière — volatile, dangereux et addictif.

Jeff VanderMeer, figure de proue du mouvement New Weird — un courant littéraire qui croise science-fiction, fantastique et horreur sans respecter les frontières de genre — et futur auteur de la trilogie du Rempart Sud (dont Annihilation, adapté au cinéma en 2018), a construit Ambregris sur près de dix ans, au fil d’éditions successives qui ont étoffé et remanié les textes. Le ton oscille entre l’érudition pince-sans-rire d’un faux traité universitaire et le grotesque carnavalesque d’un conte noir. L’un des textes met en scène un homme enfermé dans un hôpital psychiatrique qui affirme qu’Ambregris existe réellement — et que l’auteur du livre, un certain « Jeff VanderMeer », est un personnage de fiction. Un livre-monde grotesque, érudit, déconcertant, où il faut accepter de se perdre dans les ruelles — exactement comme dans un certain couloir de Virginie qui ne devrait pas exister.